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morjane
27/03/2009, 17h34
A l'heure où la crise exacerbe la sensibilité des consommateurs sur les questions du pouvoir d'achat, l'enquête réalisée par le magazine 60 millions de consommateurs daté du mois d'avril et l'Institut national de la consommation (INC) pourrait crisper l'opinion publique sur les pratiques de la grande distribution.

Intitulé "Des formats éco qui ne le sont pas", l'article, fondé sur les témoignages de clients et une étude interne, liste une série de produits populaires - paquet de cornflakes, biscottes, café ou thé... - pour lesquels les grands formats sont vendus comparativement plus cher que les petits formats. La différence est visible sur le rapport du prix au kilo, dont la mention est désormais obligatoire dans les grandes surfaces.

"Dans mon hypermarché Auchan, je constate qu'il est moins cher d'acheter deux paquets de céréales Spécial K de 375 grammes (5,73 euros) qu'un paquet de 600 g (6,50 euros le kilo)", signale ainsi une lectrice du Val-d'Oise.

"Il ne s'agit pas d'un phénomène marginal, précise Marie-Jeanne Husset, rédactrice en chef du magazine. L'enquête s'est concentrée sur les produits du petit-déjeuner, mais nous avons reçu des témoignages sur tous les produits." A Paris comme en banlieue ou en province, le constat est le même.

La pratique n'a rien d'illégal. Les prix sont fixés librement. Mais pour le consommateur, la situation est d'autant plus choquante que les produits sont très souvent étiquetés "format économique".

D'où vient le problème ? Les industriels se défendent de pratiquer des prix incohérents. La faute reviendrait donc aux distributeurs. Cherchent-ils à préserver leurs marges en ne baissant que les prix des produits les plus en vue ?

Pour la profession, la polémique est malvenue. La plupart des distributeurs disent en effet se battre contre la vie chère. Lors des négociations tarifaires avec les industriels, qui viennent de se clôturer, ils ont accusé ces derniers d'avoir imposé des hausses de tarifs, les empêchant de faire baisser les prix.

"ERREURS HUMAINES"

Interrogés sur ces tarifs incohérents, tous les distributeurs font peu ou prou leur mea culpa. Pour Michel-Edouard Leclerc, patron de l'enseigne du même nom, qui a fait sien le combat contre la vie chère, de telles anomalies "peuvent arriver". "Et cela ne vient pas des fournisseurs", reconnaît-il.

Mais "ce débat n'a pas de sens, estime M. Leclerc. Même si un format économique est plus cher qu'un format standard au prix au kilo, la vraie question est de savoir si ce format économique est moins cher dans une enseigne que dans une autre", juge le patron. Et selon M. Leclerc, qui assure avoir vérifié 200 à 300 références de prix à la suite de cette étude, le phénomène est "isolé" et "éphémère".

Pour expliquer ces anomalies, la plupart des distributeurs évoquent des "erreurs humaines". "Au moment des modifications des prix de dizaines de milliers de références, oui, les responsables de rayons font peut-être parfois des erreurs", détaille ainsi le porte-parole de Système U. Mais "il ne peut s'agir d'une manoeuvre délibérée, défend ce dernier. Ce serait grotesque et suicidaire".

Auchan évoque, lui aussi, un problème d'"ajustement décalé" des prix. "Entre janvier et février, 12 000 références de produits, soit près d'un produit sur deux, ont vu leur prix baisser", détaille le porte-parole de l'enseigne. Selon lui, les années précédentes, les modifications de prix n'ont été ni aussi importantes ni aussi rapides. Et les prix des produits de format standard, les plus vendus, ont baissé en priorité, expliquant que ceux de gros formats rapportés au kilo ou au litre soient, un temps, plus élevés.

Mais l'erreur humaine sera-t-elle tolérée par les consommateurs de plus en plus circonspects sur les discours des industriels et des distributeurs ? Pour faire montre de sa bonne foi, Carrefour s'est engagé à rembourser les consommateurs ayant fait les frais de ce type d'anomalies. "Notre politique est basée sur la relation de confiance : plus les formats augmentent, plus le prix au kilo baisse, c'est notre principe fondamental et nous voulons le respecter", assure ainsi le porte-parole de l'enseigne.

Par le Monde

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