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04/04/2009, 16h28
Par Nina Hubinet
Diplomatie. Le spectacle du chaos arabe




Le 21e sommet de la Ligue arabe, qui s’est tenu au Qatar lundi 30 mars, devait être celui de la réconciliation. Mais les dirigeants ont, une fois de plus, fait étalage de leurs querelles.


Dès la séance d’ouverture du sommet de Doha, le ton était donné. “Vous êtes la créature des Britanniques et le protégé des Américains !”, a lancé Mouammar Kadhafi, le dirigeant libyen, au roi Abdallah d’Arabie Saoudite. L’attaque faisait référence à un différend vieux de six ans entre les deux hommes, concernant les relations avec les Etats-Unis.

“Je suis le doyen des chefs arabes, le roi des rois d'Afrique et l'imam des musulmans”, a déclamé le colonel Kadhafi avant de quitter l’assemblée avec fracas, comme à son habitude. L’émir du Qatar, Cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani, a réussi à réunir les deux hommes dans la soirée pour une séance de réconciliation. Les coups d’éclat de Kadhafi ont le mérite de faire rire. L’éternelle division arabe, elle, est moins comique.

Doha vs Le Caire
La guerre de Gaza a accentué les divergences des deux camps : d’un côté l’Egypte et l’Arabie Saoudite, qui ont pris le parti du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, de l’autre, le Qatar et la Syrie affichent clairement leur soutien au Hamas, avec l’approbation de l’Iran. Depuis deux mois, trois mini-sommets organisés par le roi d’Arabie Saoudite n’ont pas suffi à rapprocher les deux parties. Plus que la réconciliation, ce sommet de Doha a consacré les divisions du monde arabe. Hosni Moubarak s’est déclaré très attaché à l’unité arabe, mais à partir du Caire. Son absence au sommet de Doha signale clairement que sa dispute avec le Qatar n’est pas close. Selon des sources arabes, Doha aurait accepté de mettre un terme à ce que Le Caire considère comme des “attaques médiatiques” contre le gouvernement égyptien, menées par la chaîne Al Jazeera. Mais le Qatar a catégoriquement refusé la demande égyptienne de renoncer à soutenir des opposants politiques égyptiens, tels que Ayman Nour et Saad Eddine Ibrahim. Le Qatar a également refusé de faire pression sur le Hamas pour qu'il accepte les propositions égyptiennes de réconciliation inter-palestinienne. Enfin, Doha aurait fait savoir qu’il ne comptait pas baisser le niveau de ses relations avec l'Iran, comme le réclamait l’Egypte. Le Qatar n’a besoin de la permission de personne pour établir des relations avec tel ou tel pays, aurait ainsi déclaré un diplomate qatari. Par ailleurs, Mohammed VI, les présidents algérien et irakien et le sultan d’Oman ne se sont pas, non plus, déplacés pour le sommet.

Unité pro- Béchir
Le seul point sur lequel tous les dirigeants arabes se sont accordés, c’est le soutien inconditionnel à Omar El Béchir, sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) depuis le 4 mars. La Ligue arabe s’est toujours opposée à la démarche de la CPI, arguant que l’arrestation d’El Béchir risquait d’entraîner des troubles internes au Soudan. Depuis qu’il est officiellement inculpé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour, le président soudanais a multiplié les voyages officiels, narguant la justice internationale. Après l’Erythrée, l’Ethiopie, la Libye et l’Egypte ces trois dernières semaines, El Béchir s’est invité au sommet de Doha. Il a été chaleureusement accueilli par l’émir du Qatar, et tous les dirigeants présents lui ont manifesté leur solidarité. “La décision de la CPI contre le président Omar El Béchir crée un dangereux précédent en s'en prenant à un président en exercice”, ont fait savoir les ministres arabes des Affaires étrangères, dans un projet de résolution demandant l’annulation du mandat d’arrêt. Les mauvaises langues diront que les autocrates arabes craignent d’être à leur tour visés. Aucun pays de la Ligue arabe, à part la Jordanie et les Comores, ne reconnaît de toute façon l’autorité de la Cour.

Face à cette unité pro-Béchir, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a dû se sentir bien seul. Venu malgré tout assister au sommet arabe, il a demandé au Soudan d’annuler l’expulsion de 13 ONG du pays, une décision prise par Khartoum en réaction au mandat d’arrêt de la CPI. Ce qui n’a pas ému Omar El Béchir. Lors de sa visite en Libye, il s’était simplement dit prêt à accueillir de “nouveaux partenaires” humanitaires pour remplacer les ONG internationales expulsées du Darfour. Le président soudanais ne s’est pas non plus inquiété de la présence de la Vème flotte américaine sur le territoire qatari. Le chef des services secrets égyptiens, Omar Suleiman, était intervenu auprès de Washington, la semaine dernière, pour éviter que l’armée américaine ne tente de mettre la main sur Omar El Béchir. Les Etats-Unis ont ainsi rappelé, peu avant le sommet, qu’ils n’avaient pas “l’obligation juridique” de l’arrêter, puisqu’ils n’étaient pas eux-même signataires du traité de Rome qui consacre l’autorité de la CPI. Tant qu’il ne se rend pas en Occident, le président soudanais semble pouvoir encore couler des jours heureux.

Israël-Palestine. L’initiative de paix remise en cause

Bien que l’attention se soit focalisée sur la venue de Omar El Béchir, ce 21ème sommet de la Ligue arabe était officiellement consacré au conflit israélo-palestinien. Il s’agissait notamment d’étudier la pertinence, trois mois après l’offensive israélienne dans la bande de Gaza, de l’initiative de paix lancée en 2002 par le roi Abdallah d’Arabie Saoudite. Ce texte prévoit une normalisation totale entre Israël et les pays arabes en échange d’un retrait des territoires conquis en 1967 par l’état hébreu (après le retrait de Gaza en 2005, il reste aujourd’hui la Cisjordanie palestinienne et le Golan syrien). “C'est Israël qui a tué l'initiative arabe, pas ce sommet de Doha”, a déclaré Bachar Al Assad, le chef de l'Etat syrien. “L'arrivée d'un gouvernement de droite et d’extrémistes ne change rien, la société israélienne n'est pas prête pour la paix”, a-t-il ajouté, en réaction à la formation du nouveau gouvernement de Benyamin Netanyahou. Les arabes n’ont “pas de vrai partenaire dans le processus de paix”, a conclu le président syrien, qui a mis un terme aux négociations de paix de son pays avec Israël suite à l’offensive sur Gaza. De son côté, l’Arabie Saoudite ne veut pas remettre en cause le plan de paix de 2002. Mais elle a toutefois souligné qu'il ne serait pas éternellement sur la table.

© 2009 TelQuel Magazine. Maroc.

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