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08/04/2009, 19h19
MOLDAVIE • Simple révolte ou début de révolution ?

Protestant contre les résultats des élections remportées par les communistes, le 5 avril, plusieurs dizaines de milliers de jeunes s'en sont pris aux symboles de l'Etat dans la capitale moldave. Une poussée de fièvre qui suscite de nombreux commentaires.



Les manifestants devant le Parlement, Chisinau, 7 avril 2009
DR


"Plus de 100 blessés et 3 morts", rapporte le quotidien roumain Adevarul, citant le médecin chef des urgences de l'hôpital de Chisinau. Mais le bilan des manifestations qui ont débuté le 6 avril dans la capitale de la république de Moldavie reste à confirmer. Ces rassemblements ont commencé au lendemain des élections législatives, qui, pour la troisième fois d'affilée, ont donné la victoire au Parti communiste (PCRM), dont est issu le président Vladimir Voronine. Le 7 avril, plusieurs milliers de manifestants ont pris d'assaut le Parlement, mettant le feu au rez-de-chaussée, ainsi que le siège de la présidence, protestant à coups de pierres contre des élections qu'ils considèrent comme "truquées", explique le quotidien moldave Ziarul de Garda.

Pendant que les manifestants se heurtaient aux forces de l'ordre, le président Voronine s'est exprimé dans les médias officiels, qualifiant ces événements de "coup d'Etat fomenté par les partis d'opposition". Son discours est disponible sur le site du quotidien procommuniste Moldova Suverana, un des rares à fonctionner correctement. "Les sites d'information sont bloqués, comme si tous les fournisseurs d'accès avaient reçu le même ordre", affirme le rédacteur en chef du trimestriel moldave Contrafort, Vitalie Ciobanu, cité par le journal roumain Cotidianul. Ziarul de Garda a été un des seuls médias moldaves indépendant à avoir réussi à transmettre, par intermittence, des informations sous forme de flux RSS.

La presse roumaine a envoyé plusieurs reporters à Chisinau pour prendre le pouls des manifestations. Ils parlent tous d'une "nouvelle révolution", une révolution qui aurait mis "vingt ans à passer la frontière", en référence à la chute de Ceausescu, en 1989. "Mais la révolution à Chisinau aurait pu demeurer inaperçue si la génération Twitter n'avait pas existé", écrit Romania Libera. "Si la révolution roumaine a été la première à pouvoir être suivie en direct à la télé, les événements moldaves constituent la première révolte dont les images sont diffusées par Twitter, réseau social gratuit en ligne."

Grâce à ce réseau, aux vidéos diffusées sur YouTube et aux témoignages recueillis par les sites Internet des grands journaux internationaux, la fièvre qui a gagné Chisinau a pu être suivie en direct. Le 7 avril, en fin d'après-midi, le président Voronine est de nouveau intervenu à la télévision nationale pour dénoncer "une poignée de fascistes ivres de colère tentant de commettre un coup d'Etat". "Nous ne permettrons pas que ces provocateurs profanent les symboles de l'Etat. Nous allons leur montrer qu'il y a un pouvoir en Moldavie et qu'il défendra fermement l'intégrité de l'Etat", a-t-il ajouté.

Les événements moldaves ont suscité une "grande inquiétude" dans l'Union européenne (UE), qui a inclus la Moldavie dans son programme de "bon voisinage", considéré comme une étape préliminaire au processus de rapprochement avec l'UE. La Roumanie, qui a des liens historiques forts avec Chisinau, s'est particulièrement mobilisée sur la scène diplomatique ; des manifestations de soutien ont eu lieu dans plusieurs villes roumaines et un grand nombre de personnes ont franchi la frontière pour rejoindre les manifestants. La Russie, qui soutient les séparatistes de Transdniestrie, région russophone moldave théâtre d'un sanglant conflit en 1990-91, a également exprimé son inquiétude face aux événements de Chisinau. Le président Dmitri Medvedev a appelé, le 7 avril, à un "règlement pacifique rapide" de la crise lors d'un entretien téléphonique avec Vladimir Voronine. Peu avant, le chef du comité de la Douma chargé des affaires de la CEI [Communauté des Etats indépendants], Alexeï Ostrovski, a pointé du doigt "certaines forces politiques occidentales", les accusant de fomenter une fois de plus une "révolution de couleur", en référence aux révoltes de Kiev, Tbilissi et Bichkek. Pour le député, Bucarest pourrait bien être l'instigateur de ces événements, rapporte l'agence Interfax. Une position partagée par le président Voronine.

Le 8 avril, les forces de sécurité affirment avoir repris le contrôle des bâtiments officiels. De nouvelles manifestations ont débuté dans la matinée.




Alexandre Lévy avec Iulia Badea-Guerité et Piera Bassis
Courrier International

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