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Voir la version complète : Crise économique : Appel à la création d'une cellule de crise en Algérie


DZone
19/04/2009, 21h59
De Paris, Fayçal Anseur

Le directeur général du FMI, Dominique Strauss Khan, est optimiste. Il a salué, dernièrement, le «succès» du dernier G20 qui, selon lui, «contribue à restaurer la confiance» et sera «décisif pour que l'économie reparte» au premier semestre, à partir des Etats-Unis.

Or, d'autres économistes, moins enthousiastes, pensent que ces déclarations ne sont rien d'autre qu'un recours à la méthode Coué: un vœu pieux que la réalité sur le terrain contredit absolument. En effet, selon eux, la crise est là et est bien ancrée dans le système actuel. Pis encore, elle va durer plus longtemps que prévu, avec des conséquences fâcheuses sur l'économie mondiale qui risque d'accentuer davantage la fronde sociale qui commence, d'ailleurs, à se faire sentir dans les pays développés, notamment aux Etats-Unis où un américain sur dix reçoit une aide en bons d'alimentation, selon Reuters.

Pour Gilles Bonafi, un économiste français opérant sur la place boursière de Paris, les 1.000 milliards de dollars du G20 sont déjà dépensés pour tenir à flot «les mises en chantier qui ont chuté de 10,8% (510.000 au mois de mars) aux USA» à cause «d'un recul de permis de construire de 9% (513.000)». Il estime, in fine, que le système financier actuel est cassé. Il s'agit, selon lui, d'une crise systémique engendrée par la suprématie du dollar, lequel connait une dégringolade sans précédent.

Dans une tribune envoyée à «Le Financier», Gilles Bonafi abonde dans le sens des analyses de l'économiste algérien Dr Abderrahmane Mebtoul, et appelle, à son tour, à la formation, en Algérie, d'une cellule de crise, afin de «faire face aux catastrophes à venir». Comme il préconise une moralisation du système financier planétaire qui doit commencer par la fin de la suprématie du dollar.

Le Financier

DZone
19/04/2009, 22h11
Crise mondiale actuelle, une crise systémique impliquant de dépasser la suprématie du dollar

Par Gilles Bonafi

I- Une crise mondiale durable d’une ampleur planétaire inégalée

On peut lire actuellement, dans l’ensemble de la presse, que l’économie mondiale redémarre, que la crise est sur le point de s’achever. C’est faux et voici pourquoi.

Abderrahmane Mebtoul, expert international et surtout un des plus grands économistes d’Algérie a déclaré: «de l’avis de tous, la crise actuelle est la pire que le monde ait connue depuis la grande dépression avec une perte en sous-capitalisation, évaluée par le FMI, fin février 2009, à 52.000 milliards de dollars».

Face aux catastrophes à venir, le docteur Mebtoul a d’ailleurs lancé, il y a de cela plusieurs mois, un appel que je juge important pour d’autres pays, afin de mettre en place une cellule de crise en Algérie. Selon l’agence Bloomberg, l’ensemble des dépenses, prêts et garanties offerts par l’Etat américain, atteignent désormais les 12.800 milliards de dollars (PIB des USA: 14.000 milliards). L’OCC (Office of the Comptroller of the Currency), l’agence de tutelle des banques US a publié un rapport explosif (avril 2009).

On apprend ainsi que la situation des prêts immobiliers est devenue incontrôlable avec 10% de défaillances et surtout 694.056 procédures de saisies en cours au 4ème trimestre 2008 (voir le résumé de ces chiffres en consultant le tableau page 13 du rapport dont voici le lien:
http://www.occ.treas.gov/ftp/release/2009-37a.pdf ).

Le département du Commerce a signalé que les mises en chantier ont chuté de 10,8% (510.000 au mois de mars) aux USA et que le nombre de permis de construire a reculé de 9% (513.000). Les 1.000 milliards de dollars du G20 ont donc déjà été dépensés et je ne parle même pas de la faillite probable de General Motors. Robert Reich, ancien ministre du Travail de Bill Clinton, le 3 avril 2009, a indiqué, sur son blog, que la crise actuelle est comme celle de 1929 «une dépression».

Bernard Lietaer (qui a mis en place l’euro et spécialiste des questions monétaires) avait donné une image exacte de l’ampleur de la crise aux USA, dans son livre blanc en novembre 2008: «L’opération de sauvetage américaine coûtera plus que la somme de toutes les activités historiques suivantes du gouvernement américain, ajustée pour l’inflation: prix de l’achat de la Louisiane, le New Deal et le Plan Marshall, les guerres de Corée, du Vietnam, la débâcle de S&L, la Nasa et la course à la Lune réunis».

II- Une crise systémique

Face à cette pyramide de problèmes, nos gouvernements mettent en place des solutions provisoires qui n’auront pour effet que d’aggraver encore plus la situation. Comme cela a été fait le 02 avril 2009, où les USA ont changé leurs normes comptables, ce qui va permettre, d’après Robert Willens, un ancien directeur de Lehman Brothers Holdings, d’améliorer le bilan des banques de 20%. Un «miracle» a donc eu lieu qui permet désormais aux entreprises financières de fixer elles-mêmes le prix de leurs produits ce qui ne fera qu’accélérer la crise. En ce qui concerne les prêts immobiliers US nous assistons au même phénomène. Je l’ai indiqué ci-dessus, 10% des prêts immobiliers US ne sont pas remboursés.

On renégocie, donc, à tour de bras et on retarde l’échéance qui sera fatale car la majeure partie de ces emprunteurs sont insolvables et la situation s’aggrave de jour en jour avec le chômage.

D’ailleurs, un Américain sur dix reçoit une aide en bons d’alimentation (Reuters du vendredi 3 avril) et 5,1 millions d’emplois ont été détruits depuis le début de la récession, selon le journal Le Monde du vendredi 3 avril 2009.

Ainsi, la crise est profonde et systémique. Cependant, lorsque je lis certaines études sur la crise systémique actuelle, je suis stupéfait du manque de profondeur de certaines analyses. Ainsi, étudier le krach actuel en se focalisant sur les «dysfonctionnements» de la finance revient à donner une vision parcellaire du problème. En effet, il faut l’analyser dans sa globalité et, notamment, sur le plan monétaire. La destruction du dollar en cours pose un problème fondamental au monde. En effet, quelle sera la monnaie de référence des échanges mondiaux? Car, sur le plan strictement économique, nous assistons à la faillite de notre système monétaire. De nombreux économistes ont une vision étroite du krach actuel et désignent la finance comme seule responsable de nos malheurs.

Or, certains spécialistes commencent à aborder le problème structurel que pose notre système monétaire. C’est dans ce cadre qu’il est utile de faire un petit rappel historique.

III- Le fondement de la crise actuelle réside en la suprématie du dollar

En juillet 1944, les USA imposaient au monde le dollar comme monnaie de référence. C’était la mise en place de la charte monétaire dite de Bretton Woods. Or, il faut le rappeler, le dollar était à l’époque convertible en or (35 dollars l’once). Jacques Rueff, économiste et surtout clairvoyant, avait alors déclaré que c’était pour le monde «le secret d’un déficit sans larmes».

Puis, par étapes successives, le dollar a cessé d’être convertible en or (1971). Pire encore, il est devenu «flottant» (1973), c’est-à-dire déconnecté de toute réalité économique.

D’ailleurs, John Connally, secrétaire au Trésor, déclarait en 1971: «Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème». Georges Pompidou, président français qui a travaillé à la banque Rothschild de 1954 à 1962 (donc un spécialiste des questions monétaires), avait, à l’époque, donné un bon aperçu de la situation: Je cite «il n’y a pas de système monétaire international valable sans parités fixes». Nous nous sommes donc peu à peu acheminés vers un «non-système monétaire».

Une étude récente de la Banque mondiale a ainsi démontré que nous avons eu 176 crises monétaires depuis 1971. Comment les USA ont-ils pu maintenir ce système si longtemps? Thomas Friedman, conseiller spécial de la secrétaire d’État Madeleine Albright sous l’administration Clinton, avait été très explicite: «La main cachée qui tire les ficelles du marché a besoin d’un poing caché pour être efficace». C’est, d’ailleurs, lui qui a promu les taux de change flottants en 1953 dans son article «The Case for Flexible Exchange Rates». Il affirmait, à l’époque, qu’il fallait laisser les marchés déterminer la valeur des monnaies nationales. Cette vision anarcho-capitaliste de l’économie s’est diffusée partout dans le monde grâce à l’école de Chicago mais surtout au travers de la Société du Mont-Pèlerin. Pascal Salin, ancien président de cette société, économiste et philosophe, écrivait à l’époque: «Dans une période où le marxisme et l’interventionnisme étatique dominaient les esprits, Friedman a joué, à contre-courant, un rôle absolument irremplaçable».

Nous connaissons la suite, une montagne de dettes pour soutenir les USA, ce qui s’apparente à une taxe impériale, et nous avons laissé «circuler 1.000 fois plus d’argent qu’il n’existe d’actifs sous-jacents» comme l’affirme Pierre Pascalon dans son étude pour l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques: Il faut donc un véritable Bretton Woods II. Or, le 18 mars 2009 («le jour où le dollar est mort», pour reprendre la célèbre phrase des analystes de la banque Standard Chartered), la Fed (banque centrale US) a décidé de racheter des bons du Trésor, ce qui revient à monétiser la dette. Nous le voyons, notre système monétaire, basé sur le dollar, n’est plus viable. Le problème de la monnaie, et donc de la suprématie du dollar, est donc au cœur de cette crise.

J’ai expliqué dans mes quatre précédents articles que les monnaies nationales étaient en phase avancée de destruction (dollar, livre sterling par exemple) et que de nouvelles monnaies continentales (dollar nord-américain, Acu pour l’Asie, Sucre pour l’Amérique du sud, l’Arabo lancé par le Conseil de Coopération du Golfe), virtuelles dans un premier temps, étaient en train de naître.

Ainsi, nous assistons à la destruction des Nations écartelées entre de grands pôles continentaux d’une part, et des régions d’autre part. Des monnaies complémentaires apparaissent car le cœur économique du monde s’est déplacé vers l’Asie (Chine et Inde). Le 19 février, le Quotidien du Peuple (People’s Daily) annonçait que «la Chine autorisait les pays en déficit commercial avec elle à produire des obligations en yuans (et non en dollars)». Elle a de plus signé un accord avec l’Argentine lui permettant de payer en yuan et «a conclu des accords d’échange de devises d’une valeur totale de 95 milliards de dollars, avec la Malaisie, la Corée du Sud, Hong Kong, la Biélorussie, l’Indonésie, et maintenant l’Argentine»*.

DZone
19/04/2009, 22h18
L’AFP, le 26 mars 2009, a affirmé «qu’un groupe d’experts de l’ONU, dirigé par l’économiste américain Joseph Stiglitz, a préconisé un nouveau système monétaire international pour remplacer l’actuel, basé sur le dollar.

Un nouveau système monétaire international, ressemblant à des droits de tirage spéciaux (DTS) très élargis».

La Chine a enfoncé le clou en proposant que les droits de tirage spéciaux (DTS ou SDR en anglais) puissent jouer le rôle «de monnaie de réserve supra-souveraine».

Georges Soros, selon Reuters du 06 avril 2009, a confirmé: «la monnaie américaine pourrait finalement être remplacée comme devise mondiale de réserve, éventuellement par les Droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international».

IV- Les DTS comme alternative au dollar ?

Les DTS ont été créés en 1966 par le FMI en complément des réserves officielles des pays membres. C’est un droit qui permet de «tirer» des devises. Les DTS sont déterminés en fonction d’un panier de valeurs de 4 monnaies: le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling. Il manque donc le yuan et le rouble.

Or, le 28 mars 2009, l’agence Reuters nous apprend que «la Russie est favorable à une extension du droit de tirage spécial (DTS) du Fonds monétaire international afin qu’il inclue le rouble, le yuan et l’or».

Ceci est dans le droit fil des propositions chinoises et confirmé par le Quotidien du Peuple du samedi 11 avril 2009. Certains parlent même d’élargir le système à d’autres monnaies, comme Arkadi Dvorkovitch, conseiller économique au Kremlin. Il faut cependant rappeler que le fonctionnement des droits de tirage spéciaux pose problème car il va falloir fixer de nouvelles quantités des monnaies qui constituent un DTS.

Les quantités dépendent des quotes-parts des membres, les USA étant actuellement majoritaires avec 16,77% des voix. Que va-t-il se passer lorsque la Russie et la Chine entreront dans le système?

Il faut rappeler que de par son fonctionnement, le droit de tirage spécial favorise celui qui fournit les liquidités. La Chine devrait donc logiquement devenir un acteur majeur de cet instrument monétaire. De plus, il s’agit d’un crédit et il faudra donc payer des intérêts.

D’ailleurs, face aux besoins croissants de liquidités et la défaillance prochaine de nombreux Etats, il est à craindre que le FMI ne laisse se développer les droits de tirage de manière anarchique. De nouveaux emprunts obligataires libellés en DTS apparaîtront, du crédit pour résoudre la crise du crédit.

Ce système est appelé à être provisoire et comme l’Ecu, monnaie virtuelle qui s’est transformée en euro, nous aurons dans un premier temps des monnaies continentales (Sucre, Acu…) qui deviendront réelles pour, au final, être regroupées au sein d’une monnaie unique mondiale dont plusieurs noms circulent (Global, Phoenix, Terra).

En conclusion J’ai été très surpris de ce qui a été écrit concernant l’arrestation de Bernard Madoff. Il a d’ailleurs été très étonné lui-même des accusations de monstre lancées contre lui. Sa ligne de défense est simple et elle devrait vous en dire long sur notre système économique. Il a ainsi déclaré que l’économie mondiale était une vaste pyramide de Ponzi et qu’il ne comprenait pas pourquoi il devenait le bouc émissaire d’un système alors qu’il en était le révélateur.

Ce système qui fonctionne sur la dette et la captation par quelques-uns de l’essentiel des intérêts impose, au fil des ans, d’élargir la base de crédit. Et, lorsque l’on commence à prêter à des gens qui ne peuvent rembourser (les pauvres), le système s’écroule. Voilà, c’est aussi simple et stupide que cela.

Avec la crise actuelle, l’extension du chômage, de la pauvreté dans la zone Sud dite du «Tiers-Monde», la solution classique ne consiste-t-elle pas à provoquer un gros conflit mondial, en attisant l’ultranationalisme et les haines? Le sentiment diffus que quelque chose de très grave est en préparation est omniprésent. Il reste cependant un petit espoir. Il y a urgence donc de réfléchir à l’élaboration d’une constitution pour l’économie en impliquant de plus en plus la société civile (une citoyenneté mondiale loin du racisme et la xénophobie) afin de changer ce monde injuste car il est temps de nous prendre en charge.

Je terminerai par cette citation de Jean Guéhenno: «Nous rêvons une vie, nous en vivons une autre ; mais celle que nous rêvons est la vraie».

Gilles Bonafi est Universitaire et Economiste financier à Paris, France

* Source: China Economic Review du 31 Mars 2009

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