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nacer-eddine06
21/04/2009, 09h03
La crise financière n’est pas une banale crise économique, mais elle s’est inscrite au contraire ces derniers mois dans une stratégie planifiée par les banquiers et dirigeants financiers pour impliquer les états et resolder leur insolvabilité ou dettes dues aux excès de la spéculation bancaire virtuelle, suite aux dernières initiatives politiques de « remoralisation » de la finance internationale énoncées par quelques dirigeants d’états européens, puis mondiaux lors de la récente réunion du G20, qui a permis notamment aux organismes financiers internationaux de renflouer leur caisse avec la légitimité politique des gouvernements des pays les plus industrialisés.
Les cinq milliards d’euros partis en fumée de la Société Générale par un trader appelé Jérome Kerviel (http://*****************/article.php3?id_article=41183) ne sont pas un banal fait divers isolé. La plupart des grandes banques mondiales jouent avec les limites acceptables de la virtualité de la finance bancaire pour asseoir leur profit et maximiser la spéculation. Les déclarations de Nicolas Sarkozy sur la moralisation de la finance (http://*****************/article.php3?id_article=45113) internationale ou encore concernant "l’ère révolue du secret bancaire", ressemblent pourtant à de bien pieux vœux devant l’énormité de la dispersion et de l’accumulation fiscale par une maigre fraction de la population mondiale qui se déroule chaque jour "au nez et à la barbe" des simples citoyens, qu’ils soient travailleurs, chômeurs, ou dans une situation de précarité. Aussi, les déclarations énoncées lors du G20 articulées autour de mesurettes bureaucratiques ne peuvent tromper les professionnels du secteur ainsi que les citoyens avertis :

La création d’une liste blanche, grise et noire des zones financières dérégulées ("paradis fiscaux"), basée sur le modèle de la punition et de la récompense, s’avère être totalement anachronique, les listes et documentations concernant ces zones existant déjà depuis de nombreuses années et faisant l’objet des travaux d’investigation et d’information de nombreuses associations de réflexion autour du développement de la finance internationale.
La révision des modes de rénumération et de surveillance des traders apparaît également comme un faux-problème : la crise n’est pas due aux traders qui ne font que se conformer à un système de compétition déséquilibré, mais bien au comportement des sociétés financières elles-mêmes dont l’unique objectif est l’accumulation de bénéfices, que celles-ci soient des industries des secteurs primaires, secondaire ou tertiaires.
Enfin, la création d’un organisme de supervision bancaire international et de nouvelles normes comptables apparaissent également comme fort superficielles, tant les directions politiques actuelles dans le cadre des transferts financiers internationaux s’inscrivent au contraire dans l’optique d’une liquidité et d’une efficience maximale des marchés, impliquant une traçabilité toujours plus difficile des transferts d’argent, principalement relayé par les chambres de compensation internationales et autres réseaux interbancaires. En octobre 2000, la filiale de Francfort de la chambre de compensation Clearstream a été victime d’une importante erreur comptable de près de 1 000 milliards d’euros intervenue dans les dépôts. Une seconde erreur dans la comptabilité (près de 650 milliards d’euros) est intervenue en janvier 2001, soit un total 1650 milliards d’euros... A la suite de la crise des subprimes, la vente de "seulement" 6 milliards de dollars d’actifs par la banque Lehman Brothers entraîna sa faillite, à l’origine de la panique économique généralisée de l’automne dernier. Comment se fait-il alors qu’en 2000 et 2001 n’eut lieu aucun écho dans la presse, aucune répercussion dans le monde de la finance, aucun avis d’alerte, aucun soubresaut de la bourse, ni des politiciens concernant les erreurs comptables proprement faramineuses de la chambre de compensation internationale... ? Ces dernières entités semble effectivement ne jamais connaître la crise, de par leur fonctionnement même, car le marché des transferts financiers est inusable : tant qu’il y a des bourses, des traders, des mouvements bancaires, les transferts financiers sont là, et donc les revenus et les profits, pour les entreprises comme Clearstream, Euroclear ou la Depository Trust and Clearing Corporation (DTC) de New-York.

Mais étonnamment, malgré leur importance essentielle, ces multinationales du routage financier ne sont pas du tout interrogées en temps de crise économique, comme si ce n’était pas leurs problèmes. Et pourtant, ces organismes ne semblent pas des plus transparents, comme le témoignent les chefs d’accusation retenus contre la multinationale luxembourgeoise et reprochés à l’ancien dirigeant de Clearstream et ses associés : « escroquerie fiscale », « faux et usage de faux », « fabrication de faux-bilans », « non-dénonciation de délit financier » et « blanchiment d’argent ». Pourtant, les suites de cette affaire judiciaire ont été stoppées par l’état luxembourgeois (http://*****************/article.php3?id_article=45168) lui-même, par ordonnance du 30 novembre 2004 de la Chambre du Conseil du Tribunal d’arrondissement de Luxembourg, et sur réquisitoire du Parquet et rapport du Juge d’instruction conformes, déclarant qu’il n’y a pas lieu à suivre.

D’autre part, bien que connu, le fonctionnement des chambres de compensation internationales n’en reste pour le moins jamais interrogé ni remis en question en profondeur par les spécialistes de l’économie, qu’ils soient journalistes financiers ou autres. Le problème de liquidités des banques actuelles n’est pourtant que la partie émergée de l’affaire dite "Clearstream" et de la spéculation bancaire via les réseaux des chambre de compensation internationales au travers des zones fiscalement dérégulées (http://*****************/article.php3?id_article=40360) de la planète. Aussi, ces entreprises sont directement concernées et responsables de la crise, même si bien évidemment elles se dédouanent de toute proximité avec les difficultés économiques que peuvent rencontrer les banques et les bourses de la planète, en adoptant des positions communicatives toujours plus évasives les unes que les autres depuis quelques années.

Et effectivement, les banquiers siégeant au Conseil d’Administration de ces chambres de compensation internationales sont loin d’être des moralisateurs de la finance internationale. Bien au contraire, ils œuvrent depuis plusieurs décennies pour le contrôle total du système financier mondial par le sommet, notamment en cherchant à se dédouaner de toute restriction ou régulation politique liées à leurs activités. C’est ainsi qu’en créant les perturbations récentes ayant plongé le monde des médias et de la finance dans la panique, les opérateurs de la finance ont poussé les dirigeants politiques des états, les uns après les autres, à intervenir en faveur des banques par des plans de sauvetage financier, comme le plan Paulson (http://*****************/article.php3?id_article=44676) aux Etats-Unis, ou en demandant directement aux gouvernements de subvenir à leur besoin comme en Grande-Bretagne où le Trésor Public débloquait en automne dernier 200 milliards de livres sterling pour les huit grandes banques du pays, tandis qu’en France un plan de 360 milliards d’euros (http://www.lesechos.fr/info/france/4784613.htm) en faveur des banques était présenté par le gouvernement.

En l’espace de quelques semaines, le secteur bancaire a d’une pierre trois coups réussi à affaiblir encore plus la position des états en renforçant la dette des gouvernements, à se positionner en victimes dans l’opinion publique d’un système devenu tout d’un coup déréglé, et jusqu’à réussir à obtenir des principales banques centrales une baisse historique du taux directeur de ces dernières permettant à leurs entreprises clientes du CAC40 d’éviter de trop souffrir à court terme des dégâts collatéraux immédiats de la crise. La réaction politique ne s’est pas fait attendre avec la création du G20, et 1000 milliards d’euros furent attribués au FMI et à la Banque Mondiale, relançant le partenariat entre politiques gouvernementales libérales et un secteur bancaire fraîchement relancé. Plutôt qu’une "refondation du capitalisme" tant plébiscitée par les médias, le G20 a finalement défini les moyens d’une consolidation encore plus forte du même vieux système économique qui a déjà montré ses limites et son incapacité à régler les problèmes matériels et économiques urgents d’un monde en proie à la division parcellaire des nations et regroupées en zones d’intéressement et de coopération économique limitée, dans un système compétitif destructeur et conflictuel à l’échelle globale.

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