morjane
16/11/2005, 16h43
Au SMSI à Tunis, Nicholas Negroponte est très attendu. Dans le but de réduire la fracture numérique , il doit présenter le prototype de son "ordinateur portable à 100 dollars" destinés aux écoliers des pays en voie de développement. Plus de 4,5 millions de commandes ont déjà été enregistrées pour ce "MIT PC", alors qu'il ne devrait pas être commercialisé avant fin 2006.
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Nicholas Negroponte devrait être la star du Sommet mondial de la société de l'information organisé par l'Organisation des Nations unies (ONU), qui se tient à Tunis du mercredi 16 au vendredi 18 novembre.
Le directeur de laboratoire de l'université américaine Massachusetts Institute of Technology (MIT) va en effet y dévoiler le prototype de son "ordinateur portable à 100 dollars" (soit cinq fois moins cher qu'un modèle basique normal), destiné aux écoliers des pays en développement. Le projet a reçu le soutien financier de grands groupes tels AMD, Google et News Corp. Plus de 4,5 millions de commandes ont déjà été enregistrées pour ce "MIT PC", alors qu'il ne devrait pas être commercialisé avant fin 2006.
Cette initiative représente une première piste pour réduire la fracture numérique, c'est-à-dire l'écart d'accès et d'usage aux technologies de l'information et de la communication (TIC) entre le Nord et le Sud, enjeu majeur du Sommet de Tunis.
L'ordinateur imaginé par les chercheurs du MIT n'est pas pionnier sur le créneau des ordinateurs à bas prix destinés aux marchés émergents : l'américain SolarPC devrait ainsi sortir le SolarLite fin 2005 au même prix, mais sans écran ; AMD travaille sur un Personal Internet Communicator (PIC), boîtier Internet à 249 dollars (213 euros) ; le constructeur taïwanais VIA a lancé en juin Terra, un PC pour 250 dollars et l'indien Encore Software a présenté plusieurs prototypes aux alentours de 230 dollars.
NOKIA LEADER SUR CES MARCHÉS
La nouveauté vient de l'intérêt porté par les multinationales de l'informatique. Une stratégie "qui ne relève pas de la seule bonne volonté mais aussi basée sur les affaires", selon Roger Kay, analyste chez IDC. En effet, le marché de l'informatique, essoufflé dans les pays développés, profite de la montée en puissance de l'Inde, de la Chine, du Brésil... De 660 millions d'utilisateurs de PC en 2005, on passerait à 1 milliard en 2010, grâce à l'équipement de ces pays.
Tous les grands acteurs de l'informatique s'intéressent donc à ces nouveaux clients, tels Intel, Hewlett-Packard et même Microsoft, qui a remarqué que tous les ordinateurs à bas prix tournent avec le système d'exploitation libre Linux. Le groupe propose une version bridée de son système XP à prix cassé... sans que cela parvienne à enrayer le piratage.
Mais les défis techniques restent très difficiles. "Le problème n'est pas de passer le cap du premier milliard d'utilisateurs, mais de savoir comment atteindre le second milliard, indique M. Kay. L'écran coûte très cher, le disque dur aussi, et surtout, les difficultés d'accès à l'électricité et au réseau Internet sont des obstacles majeurs."
Pour pallier les problèmes d'électricité, le SolarLite peut se recharger avec une dynamo de bicyclette et le MIT PC avec une manivelle. Face à l'absence de câblage téléphonique fixe, les équipementiers d'infrastructures comme Alcatel travaillent à l'aide de la technologie Wimax, accès au haut débit sans fil grâce à des antennes arrosant une cinquantaine de kilomètres.
Au-delà, l'effet d'un plus large accès à l'Internet sur la croissance économique des pays sous-développés reste à démontrer. L'échec du Simputer est instructif : l'ordinateur de poche, lancé en Inde en 2001 à destination des ruraux, ne s'est vendu qu'à 4 000 exemplaires... aux classes moyennes. Les économistes croient plus dans le rôle de la téléphonie mobile, utilisable facilement, partout, ne nécessitant pas de savoir lire ou écrire, pour accélérer le développement dans le Sud. Ainsi, la London School of Economics a calculé que, quand le nombre de téléphones pour 100 habitants augmente de 10, la croissance du PIB s'accroît de 0,6 point.
Les difficultés techniques sont également moindres, alors que la technologie du GSM est éprouvée et que les téléphones mobiles ne nécessitent pas un accès permanent à l'électricité.
"Le désir de posséder un téléphone mobile est puissant, mais la question du prix est cruciale, estime Laurent Viviez, directeur chez Booz Allen Hamilton. Sur le marché marocain, par exemple, l'introduction de la concurrence avec l'arrivée de Telefonica en 2002, qui a baissé les prix, a fait passer le taux de pénétration d'environ 3 % à 10 % en un an. Mais pour consommer du téléphone, il faut d'abord s'équiper. A 40 euros, un combiné représente encore un quart du salaire de base mensuel marocain."
Pour faciliter l'accès des plus modestes à la téléphonie mobile, la GSM Association a lancé un appel d'offres pour un combiné à moins de 40 dollars (en sortie d'usine) remporté en février par l'américain Motorola. Ce téléphone sera lancé au printemps 2006, et il prévoit d'en vendre 6 millions d'unités entre avril et septembre.
Philips développe un ensemble de logiciels et composants à 5 dollars, permettant de produire des mobiles à 20 dollars. A l'heure actuelle, c'est cependant Nokia qui domine dans les nouveaux marchés comme la Chine, l'Inde, l'Indonésie, les Philippines, le Mexique grâce à sa maîtrise des coûts et sa puissance logistique. Ses premiers prix démarrent à 60 dollars.
Là encore, le but est moins philanthropique que financier : alors que le cap des 2 milliards de clients pourrait être atteint dès 2006, celui des 3 milliards pourrait l'être dès 2009, grâce aux croissances très fortes des pays émergents, alors que les marchés traditionnels sont saturés.
Source: Le monde
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Nicholas Negroponte devrait être la star du Sommet mondial de la société de l'information organisé par l'Organisation des Nations unies (ONU), qui se tient à Tunis du mercredi 16 au vendredi 18 novembre.
Le directeur de laboratoire de l'université américaine Massachusetts Institute of Technology (MIT) va en effet y dévoiler le prototype de son "ordinateur portable à 100 dollars" (soit cinq fois moins cher qu'un modèle basique normal), destiné aux écoliers des pays en développement. Le projet a reçu le soutien financier de grands groupes tels AMD, Google et News Corp. Plus de 4,5 millions de commandes ont déjà été enregistrées pour ce "MIT PC", alors qu'il ne devrait pas être commercialisé avant fin 2006.
Cette initiative représente une première piste pour réduire la fracture numérique, c'est-à-dire l'écart d'accès et d'usage aux technologies de l'information et de la communication (TIC) entre le Nord et le Sud, enjeu majeur du Sommet de Tunis.
L'ordinateur imaginé par les chercheurs du MIT n'est pas pionnier sur le créneau des ordinateurs à bas prix destinés aux marchés émergents : l'américain SolarPC devrait ainsi sortir le SolarLite fin 2005 au même prix, mais sans écran ; AMD travaille sur un Personal Internet Communicator (PIC), boîtier Internet à 249 dollars (213 euros) ; le constructeur taïwanais VIA a lancé en juin Terra, un PC pour 250 dollars et l'indien Encore Software a présenté plusieurs prototypes aux alentours de 230 dollars.
NOKIA LEADER SUR CES MARCHÉS
La nouveauté vient de l'intérêt porté par les multinationales de l'informatique. Une stratégie "qui ne relève pas de la seule bonne volonté mais aussi basée sur les affaires", selon Roger Kay, analyste chez IDC. En effet, le marché de l'informatique, essoufflé dans les pays développés, profite de la montée en puissance de l'Inde, de la Chine, du Brésil... De 660 millions d'utilisateurs de PC en 2005, on passerait à 1 milliard en 2010, grâce à l'équipement de ces pays.
Tous les grands acteurs de l'informatique s'intéressent donc à ces nouveaux clients, tels Intel, Hewlett-Packard et même Microsoft, qui a remarqué que tous les ordinateurs à bas prix tournent avec le système d'exploitation libre Linux. Le groupe propose une version bridée de son système XP à prix cassé... sans que cela parvienne à enrayer le piratage.
Mais les défis techniques restent très difficiles. "Le problème n'est pas de passer le cap du premier milliard d'utilisateurs, mais de savoir comment atteindre le second milliard, indique M. Kay. L'écran coûte très cher, le disque dur aussi, et surtout, les difficultés d'accès à l'électricité et au réseau Internet sont des obstacles majeurs."
Pour pallier les problèmes d'électricité, le SolarLite peut se recharger avec une dynamo de bicyclette et le MIT PC avec une manivelle. Face à l'absence de câblage téléphonique fixe, les équipementiers d'infrastructures comme Alcatel travaillent à l'aide de la technologie Wimax, accès au haut débit sans fil grâce à des antennes arrosant une cinquantaine de kilomètres.
Au-delà, l'effet d'un plus large accès à l'Internet sur la croissance économique des pays sous-développés reste à démontrer. L'échec du Simputer est instructif : l'ordinateur de poche, lancé en Inde en 2001 à destination des ruraux, ne s'est vendu qu'à 4 000 exemplaires... aux classes moyennes. Les économistes croient plus dans le rôle de la téléphonie mobile, utilisable facilement, partout, ne nécessitant pas de savoir lire ou écrire, pour accélérer le développement dans le Sud. Ainsi, la London School of Economics a calculé que, quand le nombre de téléphones pour 100 habitants augmente de 10, la croissance du PIB s'accroît de 0,6 point.
Les difficultés techniques sont également moindres, alors que la technologie du GSM est éprouvée et que les téléphones mobiles ne nécessitent pas un accès permanent à l'électricité.
"Le désir de posséder un téléphone mobile est puissant, mais la question du prix est cruciale, estime Laurent Viviez, directeur chez Booz Allen Hamilton. Sur le marché marocain, par exemple, l'introduction de la concurrence avec l'arrivée de Telefonica en 2002, qui a baissé les prix, a fait passer le taux de pénétration d'environ 3 % à 10 % en un an. Mais pour consommer du téléphone, il faut d'abord s'équiper. A 40 euros, un combiné représente encore un quart du salaire de base mensuel marocain."
Pour faciliter l'accès des plus modestes à la téléphonie mobile, la GSM Association a lancé un appel d'offres pour un combiné à moins de 40 dollars (en sortie d'usine) remporté en février par l'américain Motorola. Ce téléphone sera lancé au printemps 2006, et il prévoit d'en vendre 6 millions d'unités entre avril et septembre.
Philips développe un ensemble de logiciels et composants à 5 dollars, permettant de produire des mobiles à 20 dollars. A l'heure actuelle, c'est cependant Nokia qui domine dans les nouveaux marchés comme la Chine, l'Inde, l'Indonésie, les Philippines, le Mexique grâce à sa maîtrise des coûts et sa puissance logistique. Ses premiers prix démarrent à 60 dollars.
Là encore, le but est moins philanthropique que financier : alors que le cap des 2 milliards de clients pourrait être atteint dès 2006, celui des 3 milliards pourrait l'être dès 2009, grâce aux croissances très fortes des pays émergents, alors que les marchés traditionnels sont saturés.
Source: Le monde