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Zacmako
05/05/2009, 07h47
Le sens des mots


Les Etats-Unis, de façon désormais systématique, désignent l’Algérie comme l’un des pays où la contrefaçon industrielle et le piratage informatique se pratiquent à une vaste échelle. A telle enseigne que c’est une bien maigre consolation de la voir associée sur la liste noire d’autres pays réputés contrevenants, aux côtés de la Russie et de la Chine. Les Etats-Unis défendent les intérêts de leurs firmes qui dominent un marché colossal et n’entendent rien céder sur le monopole de fait qu’ils exercent. Il n’est pas gratifiant pour un pays, en tant qu’entité, d’être classifié aussi rapidement comme pays pirate. Cela supposerait que le pays en question a défini la piraterie comme une voie de développement et d’accumulation de richesses. Cela pourrait relever de l’amalgame simpliste et réducteur. Ce qui ne peut pas être nié, c’est que le phénomène existe. Même aux Etats-Unis, la contrefaçon et le piratage informatique sont à l’œuvre. Cela ne peut pas faire l’objet d’une globalisation pour autant. Figurer sur une liste noire suscite des préjugés et des raccourcis dont le plus commun consisterait à assimiler tous les Algériens à des pirates. La propriété intellectuelle, le copyright, ne peut pas faire l’objet de transgression, mais le meilleur moyen de l’éviter et de le combattre est d’inscrire les initiatives dans un partenariat institutionnel du constat, au-delà duquel rien de significatif n’est entrepris. Il reste le problème de l’accès aux nouvelles technologies que leurs concepteurs vendent au prix le plus coûtant.
La piraterie informatique ne peut pas être justifiée, mais elle est dans ce cas de figure suscitée par les producteurs mêmes qui prétendent la dénoncer. Il suffit pour cela de voir à quelle hauteur, pour un utilisateur non institutionnel, se situe le prix d’un logiciel. Les rapports à des prix aussi élevés ne sont pas les mêmes selon qu’il s’agisse de pays en voie de développement ou occidentaux. Il en va de même pour le téléchargement qui a pu défrayer la chronique politique et diviser les opinions dans nombre de pays européens. Cela rappelle aussi, toutes proportions gardées, le débat sur le médicament générique. Les Etats-Unis pourraient être fondés à estimer qu’il existe en Algérie, ou dans tout autre pays, des réseaux dédiés à la contrefaçon industrielle ou au piratage informatique. Ils ne peuvent pas affirmer de façon lapidaire que c’est le pays tout entier qui est pirate et de l’inscrire pour cela sur une liste noire maléfique. C’est un manque de respect pour ce pays, ses citoyens et ses autorités disqualifiées comme inaptes à assurer la défense de la propriété intellectuelle. Dans ce genre de situation, aussi complexe pour les uns et les autres, il est important de savoir ce que l’on dit, car les mots doivent avoir un vrai sens même lorsqu’ils viennent des Etats-Unis. A plus forte raison lorsque le mot liste noire renvoie à un épisode de sinistre mémoire, celui de la chasse aux sorcières.
El Watan

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