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gdesmon
05/05/2009, 19h32
05/05/2009 Ana Lutzky l'Expansion

Le pétrolier Total va prendre part aux côtés de GDF-Suez à la construction du réacteur de troisième génération (EPR) de Penly en obtenant un quart du bloc initialement attribué à GDF-Suez (33,33%).
Total s'invite dans le nucléaire Christophe de Margerie voulait 10% de l'EPR de Penly, il aura 8,3%. Le directeur général de Total s'est néanmoins déclaré «très satisfait que Total puisse contribuer aux côtés de GDF Suez et EDF à cette réalisation qui constituera une nouvelle référence pour le groupe».
Car c'est une première pour la compagnie pétrolière qui n'a pour l'instant jamais participé à un projet nucléaire.

Quel coût ?

Le projet d'EPR de Penly, de l'ordre de 3,5 milliards d'euros, devrait être lancé en 2012 pour un réacteur opérationnel en 2017. Reste que les coûts des deux précédents exemplaires dérapent : le réacteur nucléaire en construction à Flamanville dans la Manche coûtera au moins 4 milliards d'euros, contre 3,3 milliards prévus initialement. En Finlande, à force de retards - près de trois ans - et de problèmes techniques, l'EPR en construction sous la houlette d'Areva est aujourd'hui évalué à 4,5 milliards d'euros. En Angleterre ou aux États-Unis, on évoque désormais les chiffres de 5 à 6 milliards d'euros la pièce. Ce qui doublerait la mise de chacune des parties prenantes.
La répartition entre EDF et GDF Suez pour l'EPR de Penly avait déjà été décidée la semaine dernière : François Fillon a reçu ce 29 avril Pierre Gadonneix et Gérard Mestrallet, leurs PDG respectifs. Vendredi 30 avril, la feuille de route était annoncée par Matignon : le communiqué précisait que l' EPR serait réalisé par EDF, dans le cadre d'une société de projet. EDF détiendrait en propre 50% plus une action du capital, et GDF Suez en détiendrait 33,33%. La part que GDF Suez a accordé à Total sur son propre bloc de 33,33% s'est quant à elle décidée le week-end dernier : un quart pour Total, trois quarts pour GDF Suez.

Reste pour EDF à décider de la participation d'autres électriciens au projet, via notamment la fraction résiduelle de 16,66% du capital. Si les 12,5% de l'italien Enel, déjà présent à hauteur de 12,5 % dans l'EPR de Flamanville, sont confirmés, cela laisse un petit 4,16% à un cinquième participant. "Des discussions sont en cours avec de grands opérateurs européens qui pourraient s'associer en qualité de partenaire industriel à ce projet", a précisé une porte-parole d'EDF. En ligne de mire, les allemands E.on et RWE, avec qui EDF confirme être en contact.



Un schéma franco-italo-germain qui pourrait correspondre aux désidératas de Pierre Gadonneix, le patron d'EdF : il avait annoncé qu'il construirait le deuxième EPR français à Penly avec pas plus de quatre grands partenaires. Au-delà, cela lui semblait « ingérable ».
La forme juridique de la structure commune au sein de laquelle Total et GDF Suez agiront n'est néanmoins pas encore définie. S'agira-t-il d'une co-entreprise ? La joint-venture semble pour l'instant exclue.

Cette alliance inédite, une fois mise en place, permettra en tout cas constituer un front commun pour préparer l'appel d'offre en vue de la construction de deux réacteurs EPR à Abu Dhabi. Areva, GDF Suez et Total comptent s'y porter conjointement candidats. Une stratégie conforme à celle de mutualisation voulue par Pierre Gadonneix : le patron d'EdF tient surtout à constituer, à travers le monde, un « club des utilisateurs d'EPR ». L'objectif est de standardiser l'industrialisation du réacteur d'Areva pour en baisser le coût et capitaliser sur le retour d'expérience.

Total, passeport pour l'exportation de l'EPR. En ce sens, Total sait qu'avec son réseau mondial et son excellente connaissance des différentes régions du globe, il apporte un gage de crédibilité à l'étranger auprès de potentiels clients de l'EPR. « Les pays producteurs d'hydrocarbures, qui réservent leur production domestique pour l'exportation, souhaitent consommer sur leur propre sol une énergie nucléaire » confirme une porte-parole de Total. « Nous les connaissons bien, nous sommes par exemple implantés à Abou Dhabi depuis une dizaine d'années. Nous avons l'habitude de travailler avec eux sur d'autres secteurs. »

En général, Total apportera au projet d'EPR son savoir-faire en termes de « gestion des grands projets ». Mais il jouera surtout les bons élèves : « EDF reste l'opérateur. On est là pour apprendre » souligne la porte-parole.

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