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DZone
23/05/2009, 23h08
Emmanuel Noutary, directeur de projet au réseau Anima, à propos des nouvelles mesures sur les investissements :

«Les grands opérateurs étrangers viendront quand même en Algérie»

Directeur du programme Invest in Med depuis cette année, Emmanuel Noutary, a rejoint l’équipe Anima Investment Network en août 2006 où il occupe le poste de directeur de projet dans le domaine de l’innovation, du financement des PME et de l’investissement. Titulaire d’un mastère en gestion et économie appliquée et d’un DESS en gestion des TIC et des nouveaux médias, M. Noutary a passé les 12 dernières années dans le secteur des TIC et de la communication, travaillant notamment comme consultant télécoms à Paris et directeur d’études dans le secteur des TIC. Rencontré en marge du Salon Med It, qui s’est tenu du 18 au 20 mai à Alger, M. Noutary a bien voulu nous livrer ses impressions sur les récents changements opérés dans l’environnement des affaires en Algérie, ainsi que sur la place de cette dernière dans le programme Invest in Med destiné au développement de l’investissement dans la région sud-méditerranéenne.

Le jeune Indépendant : L’Algérie a récemment pris des mesures, destinées à recadrer l’investissement étranger, qui ont été mal perçues par nos partenaires économiques. Qu’en pensez-vous ?

Emmanuel Noutary : Nous, nous regrettons les annonces qu’il y a eu parce que nous faisons un travail de promotion de l’Algérie au même titre que les autres pays et nous préférons donc des messages plus ouverts. Cependant, je pense que pour les grands opérateurs, ce genre d’annonces ne va rien changer car ils sont déjà là, ou ils ont l’intention d’arriver, donc ils viendront quand même. Par contre, les petites entreprises qui ne connaissent pas l’Algérie sont découragées par ce genre de nouvelles. Pour celles intéressées par le marché algérien, et qui connaissent déjà l’Algérie, je ne suis pas sûr que ce genre de décisions changera quelque chose et puis, les autorités nous ont demandé d’organiser un grand forum Invest In Algeria en octobre prochain, donc il y a aussi de bons messages qui passent.

Avez-vous à votre niveau eu vent d’entreprises étrangères qui souhaitaient venir en Algérie et qui ont changé d’avis suite à ces décisions ?

Non, nous n’avons eu aucune information de ce genre.

Le réseau Anima publie annuellement un bilan des IDE notamment en Algérie mais les chiffres sont en décalage avec ceux publiés par l’ANDI, comment l’expliquez-vous ?

L’observatoire Anima regarde en temps réel les projets d’investissement qui sont annoncés dans les pays, Or, quand une entreprise déclare qu’elle va réaliser un investissement, dans la réalité le montant investi est parfois différent de celui annoncé au départ. Nous, nous observons au départ le type de projets, les montants et les emplois annoncés. Il y a effectivement une différence avec les chiffres qui concernent les transferts bancaires réels depuis l’étranger vers l’Algérie puisque ce sont des flux réels et tangibles et qui interviennent au bout d’un an ou un an et demi après l’annonce du projet.

De plus, nos chiffres, il faut les considérer par rapport aux types de projets et aux secteurs qui sont en train de se développer. Il ne faut pas prendre ces chiffres à la lettre. Il y a un indicateur, mais un indicateur d’annonce qui se rapporte à un moment T où un nombre d’entreprises ont annoncé qu’elles allaient investir en Algérie et là il y a des projets qui ne se font pas toujours et d’autres qui se font, mais que nous n’avons pas vus dans cet observatoire.

Vous êtes de ceux qui pensent que les pays de l’Afrique du Nord ont une belle carte à jouer en matière d’utilisation des TIC dans le développement de l’économie. Pourquoi ?

Il est connu que les pays du Maghreb produisent beaucoup de bons ingénieurs, en particulier dans les nouvelles technologies. C’est une réputation qui est bien passée en Europe et c’est pour cela que nous avons vu monter l’offshoring (délocalisation d’entreprises et d’emplois) dans plusieurs pays, depuis les centres d’appels vers le développement de logiciels aujourd’hui. Pour l’avoir étudiée, je peux dire également que c’est une région qui produit beaucoup de start-up et de jeunes entreprises dans le secteur des nouvelles technologies et dans les secteurs innovants et c’est important pour des opérateurs de savoir qu’ils sont dans un tissu économique dynamisant et avec des sous-traitants et des partenaires possibles dans la petite entreprise. Et si on parle du e-commerce en particulier, c’est une région qui se trouve au cœur des routes mondiales maritimes avec 30 % du trafic international qui passe entre Port Saïd et Gibraltar avec de grands ports structurés et devenus de niveau international.
Cette région a de bons atouts à la fois pour servir de base arrière à des opérateurs de e-commerce qui voudraient cibler l’Europe et puis également rayonner à l’intérieur et à l’extérieur des pays grâce à cet environnement logistique qui se structure et qui est en train de gagner en qualité. Il y a donc une logique à venir investir dans ces pays.

Vous êtes aussi responsable du programme Invest in Med qui cible les pays sud- méditerranéens. Quelle est la part de l’Algérie dans ce programme ?

La part de l’Algérie est celle qu’elle veut bien prendre. C’est un programme qui est décentralisé et qui associe toutes les agences de développement économique et de promotion des investissements comme l’ANDI en Algérie.
Il associe aussi toutes les chambres de commerces d’Europe et du sud de la Méditerranée via les réseaux Eurochambre, Ascame et les confédérations générales d’entreprise comme la CGEA. Tous les six mois, le programme agit comme un petit fonds d’amorçage où on demande à ces réseaux de travailler ensemble et de monter des partenariats ensemble pour proposer des initiatives visant à développer un secteur, une niche, une filière. A titre d’exemple, la franchise pour les femmes entrepreneurs, le traitement des eaux usées dans l’industrie mécanique ou agro-alimentaire. Aujourd’hui, nous avons pas mal de projets qui associent les Algériens mais aussi des Italiens, des Espagnols, Marocains, Tunisiens ou Egyptiens. Le forum Invest in Algeria qui sera organisé avec le ministère des Affaires étrangères et l’ANDI, sera un grand forum des investissements pour faire le point sur l’environnement des affaires en Algérie et les opportunités d’investissement.

Mais si vous deviez comparer l’Algérie à ses voisins, comment jugez-vous sa réceptivité par rapport à ce programme ?

Je ne dirais pas que l’Algérie est moins réceptive que les autres pays par rapport aux appels que nous lançons. Cela reste un programme très jeune avec seulement un an d’existence. Les partenariats commencent à se mettre en place. Ce système de délégation des opérations n’est pas évident à comprendre et à assimiler Aujourd’hui, chacun fait son apprentissage et l’Algérie y participe autant que les autres pays avec la finalité de développer les investissements et les partenariats d’affaires des deux rives de la Méditerranée.

Entretien réalisé par Safia Berkouk
Jeune Indépendant

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