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Voir la version complète : Comment évaluer le programme du gouvernement en Algérie ?


morjane
25/05/2009, 18h22
Ouyahia est devant le Parlement, depuis mardi passé. Il y est pour débattre du programme présidentiel quinquennal. Son équipe gouvernementale aussi. C’est une obligation constitutionnelle. Une formalité que le gouvernement et les députés, chacun en ce qui le concerne, se doivent de satisfaire.

Il s’agit de la présentation du plan d’action pour les cinq années à venir devant couvrir le mandat de Bouteflika. Et probablement pas celui d’Ouyahia. Ce dernier consacre des objectifs économiques ne pouvant pas s’accomplir, du fait des contradictions articulées.

Ouyahia et son équipe voudraient maîtriser l’inflation, tout en promettant d’augmenter les salaires. Ils insistent sur l’encouragement de la production nationale hors hydrocarbures, tout en encourageant l’importation et l’investissement étranger.

Dans le secteur de l’agriculture, 1000 milliards de dinars y seront injectés, sans pour autant en faire un bilan des précédents programmes qu’a connus ledit secteur. Idem pour l’industrie. Il est prévu également la création de 3 millions de postes d’emploi, sans pour autant clarifier leur statut. Par statut, est-il entendu que ça sera des postes permanents ou non permanents ? Ces postes vont-ils être créés dans le secteur industriel, ou au sein de la Fonction publique ?

En somme, le plan d’action du gouvernement Ouyahia repose essentiellement sur les recettes amassées des hydrocarbures.

Une autre partie sera réunie grâce à l’impôt, constitué essentiellement des prélèvements sur les salaires des travailleurs, car amputés à la source. Donc, les recettes, toutes les recettes sont constituées des fonds de l’Etat. Ces recettes vont être employées, entre autres, dans la réalisation de logements et la création de postes d’emploi. Autrement dit, c’est la relance économique qui est recherchée.

Compte tenu des objectifs énoncés, il est à constater que cette relance économique est hautement dépensière. Toutes les dépenses, ou presque sont puisées des caisses de l’Etat. Comment peut-on dès lors escompter une quelconque croissance économique ? Même l’inflation, peut-elle être maîtrisée, pour autant ? Véritables défis auxquels doivent faire face Ouyahia et ses ministres pour concilier les objectifs qu’ils se sont assignés.

Cependant, il sera aisé pour les observateurs économiques et politiques de cerner ces contradictions. Si Ouyahia a aligné un nombre d’objectifs à atteindre, il n’en a pas, par contre, fixé les moyens d’évaluation ainsi que les méthodes. Difficile exercice auquel doivent s’adonner les parlementaires pour y parvenir, s’ils ne sont pas rompus aux questions de l’économie.

En revanche, les spécialistes et autres observateurs économiques du pays manifestent un scepticisme quant à la faisabilité, tel que présenté, dudit plan d’action. Dans tous les cas, une évaluation à court terme est possible. Cette possibilité se traduira par une appréciation macroéconomique systématiquement.

Constitutionnellement, cette éventualité est envisageable, puisque le gouvernement est tenu de présenter une déclaration de politique générale annuellement devant l’APN. Partant, il sera aisé d’établir si la politique économique projetée a accompli ses fonctions, en atteignant les taux de croissance qui lui ont été attribués.

Reste à savoir maintenant si l’APN et les députés qui la composent, imposeront au gouvernement de présenter un bilan annuel. Jusqu’ à présent, rares ont été les fois où le gouvernement s’est astreint à cet exercice.

Parallèlement, le Cnes (conseil national économique et social) n’est plus perçu comme un outil d’expertise, comme il le fut sous l’ère Mentouri, puisqu’il fonctionne beaucoup plus comme une administration qu’un espace de débat socio-économique. Tout comme, d’ailleurs, l’est l’UGTA, prescrite comme étant le seul représentant des travailleurs.

En conclusion, il apparaît clairement que ni l’APN, encore moins le syndicat, ne pourra censurer le gouvernement, si ce dernier ne réalise pas ses objectifs. Aucune partie n’aura une lisibilité claire pour évaluer objectivement l’action du gouvernement, dans pareil cas. La difficulté est accentuée d’autant plus que le gouvernement détient toutes les clefs pouvant renseigner sur sa démarche.

Par Azzedine Aggoune , Le soir

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