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Voir la version complète : Pour vendre le Rafale aux Émirats, Paris contraint de financer une nouvelle version


gdesmon
26/05/2009, 08h46
Par Jean Guisnel Le point

Il y aura bientôt un an, en juin 2008, les Émirats arabes unis annonçaient leur intention d'acquérir 63 avions français de combat Rafale F3. Rapidement, le chiffre de 6 milliards d'euros (hors armement) était évoqué. Aussitôt, un communiqué de l'Élysée se félicitait de cette annonce très politique, et les négociations commençaient avec les coriaces Emiratis. Qui veulent bien mettre le paquet pour ces avions, mais à condition qu'ils soient livrés avec des options hors de prix qui n'existent pas encore.

Dans un premier temps, on avait appris que les Emiratis exigeaient une reprise des avions français dont ils disposent déjà depuis une dizaine d'années, à savoir une soixantaine de Mirage 2000-9, la version la plus élaborée du dernier chasseur monoréacteur fabriqué par Dassault Aviation. Mais Nicolas Sarkozy en personne a rejeté, en conseil de défense, une hypothèse que nous évoquions ici , à savoir le rachat de ces appareils par l'armée de l'air française. Cette éventualité n'étant plus d'actualité, le gouvernement a créé une structure de "défaisance" qui achètera les avions, et les revendra ensuite à des clients étrangers. À qui ? C'est un peu le problème. En tout cas, le constructeur Dassault Aviation se dit non concerné par cette opération, qui intéresse l'État seul. Lequel n'apprécie que modérément ce refus de l'avionneur de participer à la revente de ces appareils, et n'a pas encore finalisé l'accord avec les Émirats sur leur reprise. Pour quel prix ? Entre 1,5 et 2,3 milliards d'euros, selon des sources proches de la négociation. Si l'on rapporte cette somme aux six milliards d'euros évoqués pour la vente des soixante-trois Rafale F3, la reprise représentera au moins le quart du prix de vente. Ce qui ne constitue qu'un petit problème, à côté des autres...

Moteur et radar en questions

Les autres difficultés que pose cette vente aux Emiratis portent sur deux des composants majeurs de l'avion. Son moteur, et son radar. Le moteur, d'abord : le Rafale F3 est équipé de deux réacteurs M88-2 fabriqués par le motoriste SNECMA, dont la caractéristique principal est leur poussée de 7,5 tonnes. Les Emiratis exigent quant à eux une version plus puissante d'une poussée de 9 tonnes, qui rapprocherait alors les performances du M88 de celles des moteurs du F/A-18 E/F Super Hornet de Boeing, les F414-GE-400 de General Electric, de 10 tonnes de poussée. De longue date, SNECMA souhaitait faire financer par l'État une version de 9 tonnes du M88, le M88-3, destinée à satisfaire les clients export souhaitant accentuer les capacités anti-aériennes du Rafale.

Mais ce projet avait été refusé, et dès lors que Paris ne veut toujours pas le financer pour sa propre armée de l'air, il faudra que les Emiratis mettent la main à la poche. Facture : 800 millions d'euros. Cette exigence a ses raisons : pour Abou-Dhabi, qui défend un territoire minuscule, et se prépare à affronter un jour l'Iran, le Rafale doit être avant tout un appareil de supériorité aérienne. Une source proche du GIE Rafale, qui rassemble Dassault (cellule), Thales (radar et électronique de bord) et SNECMA (réacteurs), tord un peu le nez et souligne que, "dans l'idéal", Paris aurait dû prendre en charge ce développement, et soutenir ainsi l'exportation d'un avion qui a du mal à se vendre. Mais de source bien informée sur ce dossier, on confirme la volonté de Nicolas Sarkozy de "ne pas mettre en péril la future loi de programmation militaire".

L'une des exigences des Emiratis a toutefois été acceptée par les Français : il s'agit de l'adaptation du Rafale au futur missile air-air européen Meteor en cours de développement par MBDA. Son financement de 250 millions d'euros, consacré pour une large part à des développement sur le radar à antenne active RBE2-AESA de Thales, est actuellement prévu à la fin de la loi de programmation militaire, vers 2012. De très bonne source, on a indiqué au Point que ce financement serait vraisemblablement avancé. Afin de favoriser le contrat avec les Émirats, les Rafale de l'armée de l'air française seront donc dotés plus tôt que prévu de la capacité d'emport du Meteor. Conclusion : avec les Emiratis qui ont oublié d'être mauvais en affaires, un contrat n'est pas gagné d'avance. Paris avait annoncé l'an dernier être en mesure de livrer le premier Rafale à Abou-Dhabi en 2012. Ce défi sera très difficile à relever. Raison de plus pour que les acteurs de ce dossier, convoqués à l'Élysée début avril, préparent leurs arguments sur le bout des doigts...

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