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Voir la version complète : La malédiction de "Mademoiselle Julie"


Al-Fares
26/11/2005, 23h29
Bizare, j'espere que la malédiction ne tombe pas sur moi, pour avoir rapporté sur FA, l'histoire.
Est ce de la superstition, ou vraiment un phénomene réel.
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Mademoiselle Julie, la célèbre pièce du dramaturge suédois August Strindberg (1849-1912), bat tous les records d'affluence à Dramaten, le Théâtre royal de Stockholm. Présentée depuis début octobre sur la petite scène de l'établissement, elle se joue à guichets fermés et, fait rare, la direction du théâtre a décidé de la déménager à partir de janvier sur la grande scène, où elle restera jusqu'à l'été.

La pièce de Strindberg raconte comment Julie, jeune aristocrate, s'éprend de Jean, domestique sans scrupules, qui la poussera, une fois l'acte consommé, à voler son père. Acculée, avilie, Julie finira par se suicider. Lors de l'annonce, il y a un mois, de la mise en vente des billets pour la grande scène, les 10 000 billets des représentations de janvier et février se sont arrachés en moins de quatre heures. Des places se vendent au marché noir, phénomène inédit pour cette vénérable maison, longtemps dirigée par Ingmar Bergman, qui a lui-même monté quatre fois Mademoiselle Julie sans connaître un tel afflux.

"Ingmar (Bergman), qui m'a donné des conseils, m'a confié que le Dramaten n'avait jamais connu un tel succès", a expliqué au Monde le metteur en scène Thommy Berggren, comédien fétiche des années 1960 et 1970 (Le Quartier du corbeau, Elvira Madigan, etc.). Le succès de la pièce s'explique en grande partie par la personnalité des acteurs, Mikael Persbrandt (Jean), comédien très présent à la télé, et Maria Bonnevie (Julie). Mais les deux acteurs formaient surtout dans la vie un vrai couple jusqu'à ce qu'ils se déchirent publiquement, il y a peu.

"Je savais que cela n'allait pas très bien entre eux lorsque nous avions commencé les répétitions, mais ils étaient venus me voir ensemble pour me dire que les rôles les intéressaient", indique Thommy Berggren. Récemment, la presse populaire suédoise a fait sa "une" plusieurs jours de suite sur le couple maudit, après avoir révélé que Mikael Persbrandt allait être père avec une autre femme. "Maria a été très secouée par toutes ces histoires, précise le metteur en scène. Je lui ai alors raconté qu'Isabelle Adjani avait joué Mademoiselle Julie à Paris, en 1983, et qu'elle avait dû être remplacée à cause de ses relations avec l'acteur qui jouait Jean."

La malédiction de Mademoiselle Julie bat son plein, rejoignant ainsi la genèse même de cette pièce, qui fut controversée dès son écriture, en 1888. "Il a fallu attendre 1906 pour que la pièce soit jouée pour la première fois en Suède, tant elle avait été jugée scandaleuse à l'époque", raconte Rune Rangström, directeur d'Intima Teater, le théâtre stockholmois fondé par Strindberg en 1902.

La malédiction avait alors frappé le dramaturge lui-même, qui s'était inspiré de sa propre histoire (une liaison avec Martha, une jeune bonne) et du suicide de Victoria Benedictsson, une collègue écrivain, pour écrire la pièce en moins de deux semaines. Lorsqu'elle devait être jouée pour la première fois, à Copenhague, où le dramaturge était en exil volontaire, August Strindberg avait laissé le rôle de Julie à sa femme Siri von Essen, avec qui ses relations étaient des plus chaotiques. "Lors de l'ultime répétition avant la première, August Strindberg avait assisté en coulisse, fou de jalousie, à la romance vraie qui, sous couvert des rôles de Jean et Julie, s'étalait entre son épouse et l'acteur danois Viggo Schiwe", rappelle Rune Rangström. C'est en partant de cette supposée malédiction qu'un autre vrai couple à la ville a tourné un faux docu-réalité sorti en mai sur les écrans suédois.

Complètement fou raconte l'histoire de Rafael Edholm et Görel Crona, couple qui décide de monter Mademoiselle Julie pour un festival Strindberg. Elle est metteuse en scène, il va jouer un Jean qui va s'amouracher de Julie, provoquant la jalousie de sa femme. Elle se vengera grâce à un chanteur de flamenco, qui provoquera à son tour la jalousie de Rafael. L'auteur du documentaire prétend que Strindberg aurait mis en garde les couples mariés de ne jamais jouer ensemble cette pièce.

Si elle en rit aujourd'hui, Görel Crona avoue avoir été elle-même victime de cette malédiction : "J'ai joué Mademoiselle Julie en 1984, et mon mariage a explosé. Je suis partie avec l'acteur qui jouait Jean. Ça n'a d'ailleurs pas marché." Elle constate aussi que l'"affaire Persbrandt-Bonnevie" montre combien "la tendance docu-réalité a infiltré le monde du théâtre". "N'est-ce pas la vraie malédiction de Mademoiselle Julie ?", s'interroge Ture Rangström.

Le Monde

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