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zek
01/06/2009, 22h12
Les "égarés" de retour au bercail. La prochaine remise en liberté de centaines de détenus du camp américain de Guantanamo, que Barack Obama compte fermer, amène les pays occidentaux à se poser de nouveau la question. Que faire de tous ces ex prisonniers, qui sans être des terroristes, en ont fréquenté d’autres, à un moment donné de leur existence ? Les laisser dans la nature ? Les accompagner dans leur retour à une vie normale ? Mais comment ? Et qui peut se faire entendre de ces marginaux, que les mauvais traitements voire la torture ont rendu méfiants vis-à-vis du discours officiel ?

Au début de la décennie 2000, après les attentats du 11 Septembre, certains pays, comme le Yémen, l’Arabie saoudite et la Malaisie, ont mis sur pied des programmes dits de réhabilitation des ex-terroristes.

Aujourd’hui, l’Union européenne s’intéresse de près à ces formations, qu’elle préfère appeler « programme de dé radicalisation ». En effet, certains de ses pays membres - la France et la Grande-Bretagne notamment - ont déjà accueilli des ex détenus, libérés de Guantanamo.

Par ailleurs, de nombreux jeunes britanniques, français ou allemands se rendent chaque année dans les universités d’Arabie, du Yémen, d’Egypte ou du Pakistan, pour apprendre l’arabe ou se familiariser avec le Coran. La plupart d’entre eux ne sont pas des « apprentis terroristes », mais certains ont pu nouer là-bas des fréquentations douteuses.

Ce n’est pas un hasard si la DCRI française (l’ancienne DST) vient d’ouvrir un bureau à Riyad en Arabie saoudite.

En matière de « rééducation des esprits déviants», les Saoudiens sont les plus avancés. Leur pays a toujours été un terreau pour le djihad : souvenons-nous des dizaines de milliers de Saoudiens qui furent envoyés très officiellement en Afghanistan « casser du coco soviétique » dans les années 80, derrière Oussama Ben Laden !

Leur centre d’Al Thoumama que j’ai visité fin 2007 (Le Figaro du 9 janvier 2008) se veut un modèle du genre. Sans être parfaite, la recette saoudienne repose sur quelques principes simples.

A leur retour au pays, les ex djhihadistes d’Irak ou les ex-détenus de Guantanamo, que l’on appelle pudiquement « les égarés », sont d’abord choyés. C’est le prince Mohamed Bin Nayef, fils du ministre de l’Intérieur et principal artisan de la lutte antiterroriste dans le royaume wahabite, qui les accueille à leur descente d’avion. Il ne s’agit pas d’en faire, d'entrée de jeu, des pestiférés. Leur famille est là pour célébrer des retrouvailles, qui vont se prolonger une semaine à l’hôtel – tous frais payés par le prince !

Ce n’est qu’ensuite que les choses sérieuses commencent. Les « égarés » sont placés dans le centre de réhabilitation d’Al-Thoumama, au sud de Riyad. Ils ne sont pas libres de leurs mouvements. Mais ils ne sont pas en prison. Ils reçoivent des cours sur l’islam, des origines à nos jours, mais surtout sur le « bon djihad », la « guerre sainte », telle qu’elle est permise dans la religion musulmane.

C’est là où les choses parfois "se corsent". Dans des pays, où l’on professe très officiellement que « djihad n’égale pas terrorisme », la différenciation, soudainement, n’est pas simple à opérer. Et surtout qui peut les convaincre de ne pas aller « défendre une terre musulmane occupée par l’étranger », comme c’est le cas en Irak ou en Afghanistan.

Mourad Zafer, un expert yéménite, nous livre une des clés du succès de ces programmes de réhabilitation: « Pour être efficace, le recadrage doit être conduit par les mêmes personnes qui ont endoctriné les djihadistes. Ce doit être un cheikh à l’autorité morale et religieuse indiscutables, et il ne doit, surtout, pas être lié au pouvoir local, ni aux forces de sécurité ; sinon, les soi-disant égarés le considéreront comme un espion à la solde de la police secrète. L’idéal, ajoute Mourad Zafer, c’est de pouvoir recruter une autorité religieuse à l’intérieur de la mouvance djihadiste, mais qui a pris ses distances avec la guerre sainte armée». Pas facile de trouver l’oiseau rare !

Dans ce combat, les autorités saoudiennes ont un avantage : elles disposent de beaucoup d’argent. A la sortie du centre, elles peuvent offrir « au réhabilité » un appartement, une voiture, un travail, et souvent, en accord avec sa famille, lui trouver une épouse.

La reconstitution d’un tissu social est un élément important du succès de la réhabilitation. Elle doit l’éloigner de ses anciennes connaissances, qui sauront se rappeler à lui, s’il reste livré à lui-même, sans travail et sans argent. Enfin, la famille se porte garante des agissements du rejeton. Et les Saoudiens ne rechignent pas à exercer de très fortes pressions sur elle, en cas de rupture du contrat.

Les résultats ? Au Yémen, le programme de réhabilitation, mis en place en 2002 mais abandonné depuis, affiche environ 85% de réussite. En Arabie saoudite, également. Mais en février, Riyad a dû reconnaître que sur ses « 85 terroristes les plus recherchés » hors de ses frontières, onze avaient suivi le programme de réhabilitation.

Juger de l’efficacité de tels programmes, c’est comme parler du verre à moitié plein ou à moitié vide. Pour Washington, le taux de « rechute » est trop élevé. A ces critiques, les responsables saoudiens ou yéménites répondent qu’il est de toute façon impossible de garantir 100% de réussite, surtout quand certaines des racines du fléau ne sont toujours pas traitées (occupation des territoires palestiniens, présence de soldats américains en Irak).

De ce débat, les spécialistes de la lutte antiterroriste retirent plusieurs certitudes. D’abord que « les petites frappes sont recyclables, mais les gros poissons en revanche beaucoup moins », selon l’expression d’un policier français dans le Golfe. D’autre part, ce type d’action doit impérativement s’accompagner d’une politique d’éducation de la jeunesse et de contrôle du discours religieux, issu des mosquées. « Quand un jeune sort de ce recadrage, l’appel au djihad se fait entendre encore partout dans les mosquées du Yémen», regrette ainsi un diplomate occidental à Sanaa.

Par Georges Malbrunot
Le Figaro

noubat
01/06/2009, 22h59
Peut-on réhabiliter les terroristes ?

oui; le processus sera long derrière les barreaux pour accompagnement au cimetière!

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