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Voir la version complète : Mouloud Zedek: La kabylité est mon unique credo


morjane
15/06/2009, 15h40
Mouloud Zedek à la trajectoire artistique connue et reconnue ne peut guère être autrement que cela. Lui, qui a pu et su comment envelopper le verbe dans un air du terroir, a réussi à porter la poésie kabyle à des cimes difficilement accessibles.

Mouloud Zedek est le digne successeur contemporain des vers, des maximes, des mots tendant au sens concentré, de nos illustres maîtres cheikh Mohand Oulhoucine et Si Mohand Ou M’hand. C’est en ce sens qu’il occupe une place d’honneur dans la bourse de la chanson kabyle, il est non seulement adulé par ceux dont le regard est plongé dans le passé, mais il capte aussi les générations montantes qui trouvent dans ses produits une satisfaction de besoin, d’équilibre, d’un fonds ancestral des valeurs, qui font la résurgence de l’identité amazighe et kabyle en particulier.

C’est avec une modestie exceptionnelle que l’artiste Mouloud Zedek, enfant de Ath Douala, d’où ont émergé des étoiles artistiques à l’instar de Matoub Lounès, nous a accordé cet entretien exclusif à la veille de son concert-événement qu’il animera aujourd’hui à la Maison de la culture de Tizi Ouzou à partir de 14h.

C’est sans hésitation que Mouloud Zedek a répondu à nos questions afin, dit-il, d’éclairer ses fans et tous les lecteurs de la Dépêche de Kabylie. A l’occasion, Mouloud Zedek annonce la prochaine sortie de son nouvel album prévue pour le début de l’année 2010.

La Dépêche de Kabylie : Après une absence de plusieurs années, Mouloud Zedek est de retour sur la scène de Tizi Ouzou, d’abord à travers un gala organisé à Larbaâ N’Ath Irathen puis un concert-événement prévu aujourd’hui à la Maison de la culture Mouloud Mammeri, comment vivez-vous ces moments de retrouvailles ?

Mouloud Zedek : C’est pour moi une grande joie que de retrouver mon public. Ce sont vraiment des moments exceptionnels pour l’artiste qui n’attend que ces occasions pour satisfaire au mieux ces fans. Effectivement, cela fait longtemps que je n’ai pas chanté sur scène à Tizi. J’ai récemment animé un gala artistique au stade de Larbaâ N’Ath Irathen en présence de plusieurs milliers de personnes. Je profite justement de l’opportunité que vous m’offrez pour remercier les citoyens de cette localité qui nous ont réservé un accueil exceptionnel. Ce lundi, je me produirai à la salle de spectacles de la Maison de la culture à partir de 14 h.

A quoi est due cette longue absence ?

En réalité, je n’ai jamais été absent puisque j’ai continué à produire du nouveau. Cependant, je dois dire que ces dernières années je suis partagé entre ma vie en France et celle d’ici. Vous savez, quand on est père de famille, il faut assumer. Il est dommage que dans notre pays les artistes ne puissent pas vivre de leur art. Des talents se perdent dans la nature sans que les gens en profitent en raison de la vie dure qui pousse parfois l’artiste à quitter définitivement le milieu. Il y a aussi la difficulté d’organiser des spectacles.

Aujourd’hui, ce n’est plus comme avant où en une semaine on peut préparer tout. Je travaille actuellement avec un grand orchestre, ce n’est guère facile de se préparer, cela nous prend beaucoup de temps.

Il y aura donc, ce lundi pour votre retour sur scène, un programme spécial ?

Il y aura surtout une synthèse de mes précédents produits, un cocktail qui sera, je l’espère, à la hauteur du public qui viendra nous écouter.

De nombreux jeunes de la nouvelle génération ignorent que vous avez débuté votre carrière durant les années 1980, pouvez-vous revenir sur vos premiers pas dans la chanson ?

Cela remonte à plus de vingt-sept ans. C’est en 1983 que j’ai enregistré mes premières chansons. C’était surtout au temps de mon service militaire. Au début, j’écrivais surtout des poèmes. Par la suite, j’ai appris à jouer la guitare à l’âge de 20-21 ans pour justement pouvoir chanter mes textes. J’ai commencé vraiment avec le minimum, j’ai toujours tenté d’améliorer mon travail, corriger mes erreurs et aller de l’avant.

Et vous avez optez dès le départ pour la chanson engagée ?

Absolument. C’était le contexte de l’époque qui nous l’imposait. Durant les événements qui ont marqué cette période j’étais, comme la majorité des jeunes de l’époque, émeutier. La chanson engagée a été donc pour moi une manière de continuer le combat, un choix réfléchi… C’est un passage obligé pour chaque artiste engagé pour le combat identitaire.

…Et vous avez certainement eu des difficultés pour vous imposer dans le milieu artistique de l’époque…

Au début oui, car je ne connaissais pas le milieu. J’étais jeune, timide, un villageois pur et dur. Ce n’était pas évident de s’imposer. Ecoutez, même à l’heure actuelle, ces difficultés subsistent encore, l’enregistrement, les éditeurs, la promotion, tout cela continue à poser problème à la majorité des artistes.

A quel moment de votre carrière vous vous êtes dit que vous pouviez envisager une grande carrière artistique ?

Dès le départ. C’est durant mon service militaire. A l’époque, il n’y avait pas de studio encore moins les moyens d’enregistrement d’aujourd’hui. J’ai dû emprunter 3000 DA pour payer le voyage en France où j’ai enregistré mes premiers albums. C’était vraiment difficile. Là j’ai tout de même trouvé des gens qui m’ont donné un coup de pouce comme on dit.

On constate que Mouloud Zedek est très attaché à son village, à thaddart comme tu le dis à chacune de tes sorties publiques …

Thaddarthiw fait partie de moi comme je fais partie d’elle. C’est très important pour moi de retrouver à chaque fois mon village, c’est une source d’inspiration indéniable. Quand je compose, les tableaux pittoresques de cette belle Kabylie défilent dans mon esprit. Mon village, j’y ai vécu et j’y tiens plus que tout.

Que pensez-vous de la famille artistique kabyle, peut-elle un jour s’unir autour d’un idéal, d’une cause commune ?

Elle est à l’image de notre société. Celui qui vous dit que la famille artistique est unie se trompe. Sinon qui empêcherait les artistes de s’unir, de s’organiser dans le cadre d’une association qui défendra nos droits qui sont aujourd’hui spoliés. Il y a un tas de problèmes qui peuvent trouver une issue dans cet espace, l’ONDA, les éditeurs, les médias... Déjà c’est un exploit que de rassembler les chanteurs kabyles dans un même lieu, que dire alors de plus !

Si on revient à la chanson, en plus de l’engagement dans le combat identitaire revendicatif, vous avez aussi chanté l’amour …

L’amour est très important dans notre vie de tous les jours. J’ai chanté effectivement Thayri. Chanter l’amour à 20 ou à 40 ans, ce sont deux regards différents qui se croisent. À 20 ans, il y a tout ce manque, l’inexpérience, une certaine naïveté et innocence. Avec l’âge, les choses évoluent de même que le regard que nous portons à la chose. Le regard du jeune et du vieux n’est naturellement pas identique.

Peut-on dire que ce que vous chantez est votre vécu ; reflétez-vous réellement dans vos chansons votre vie, votre quotidien ?

Absolument ! A 90% j’ai chanté ce que j’ai vécu, j’ai partagé avec mon public toutes les expériences, les histoires qui m’ont marqué.

Zerkane ikhthdhem thayri, c’est ce que l’amour vous a fait endurer ?

Eh bien oui ! (Rire). Aujourd’hui, mon amour est mon foyer. Vous savez thayri est quelque chose de vaste, sans limite. C’est très important et c’est sacré. L’amour doit rester sincère car à partir du moment où il y a trop de calculs, ça devient complètement autre chose.

Lors de votre point de presse de ce samedi, vous avez évoqué Lounès Matoub, l’enfant des Ath Douala. Allez-vous dédier à sa mémoire une partie de votre spectacle ?

Tout a fait. J’ai connu Lounès qui est aussi un enfant de ma région, donc comme tous les gens du quartier, on se rencontrait pour discuter de tout. Nous sommes issus d’une région qui a enfanté plusieurs artistes à l’image de Lounès et Cherif (Hamani, Ndlr). J’ai connu en Lounès l’homme, l’artiste et le révolutionnaire. Pour le spectacle d’aujourd’hui, j’ai prévu, effectivement un hommage qui sera dédié à sa mémoire à quelques jours de la date fatidique de son assassinat. Au-delà des hommage, je pense que le plus important est de continuer son chemin, le combat pour lequel il s’est sacrifié.

Parmi vos seize albums, il y en a certainement un, qui est plus proche de vous...

Sans hésitation je dirais que c’est le dernier, Lihala tmurt. Même si tous mes albums ont été produits presque de la même manière, le dernier est un peu spécial. J’y ai fait tout ce que j’ai voulu faire et sur tous les plans. Mélodies, mais surtout programmation et sortie du produit.

En évoquant Lihala tmurt, la chanson Thakendourth est apparemment un cri contre une dislocation des valeurs déguisées en élan de modernisme…

Sincèrement, ça fait vraiment mal de constater que certains mariages sont fêtés en Kabylie dans une ambiance digne des boîtes de nuit. C’est triste et désolant à la fois. On ne doit pas fermer l’œil sur ce fait. Thakendourth dénonce cette amère réalité. Je pense que nous avons des traditions et une spécificité kabyles que nous devons conserver. Je ne suis pas contre l’émancipation de la femme kabyle, mais cela doit se faire dans le respect des traditions et autres valeurs léguées par les générations passées… Chez nous, l’artiste souffre aussi de l’absence d’une véritable industrie du disque et surtout du piratage.. C’est indéniablement le nœud gordien du problème. Le piratage fait énormément de mal aux artistes. C’est ce qui fait qu’ils ne peuvent vivre de leut art. Ceux qui sont là font beaucoup plus de résistance, ce n’est pas du tout évident.

A quand un nouvel album de Mouloud Zedek ?

Cela ne saurait tarder. Nous sommes aux derniers réglages et en principe le nouveau produit sortira début 2010. Il contiendra une douzaine chansons. Nous avons travaillé avec la même équipe et j’espère qu’il plaira au public.

Une carrière aussi riche que la vôtre suppose de bons mais aussi de mauvais souvenirs…

Oui, c’est normal ; je dirais que j’ai connu, grâce à la chanson, des moments magiques et extraordinaires. Mon plus beau souvenir reste tout de même la sortie de mon dernier album, Lihala tmurt dans lequel j’ai pu faire tout ce que je voulais produire.

Des regrets peut-être ...

Je ne regrette rien de ma carrière. Si c’était à refaire, je tenterais peut-être de corriger certaines erreurs, mais je referais le chemin.

Un dernier mot pour nos lecteurs et vos nombreux fans…

Je leur dis Mazal Lxir Arezdath.

Par la Dépêche de Kabylie

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