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Voir la version complète : S'endetter aujourd'hui pour mieux régner demain?


gdesmon
17/06/2009, 10h07
Par Laurent Pinsolle - Blogueur Marianne 2 | Lundi 15 Juin 2009 à 13:40 |

La dette publique des Etats ne peut pas se comprendre in abstracto. C'est une valeur à mettre en relation avec le niveau des recettes, l'Investissement et la situation économique afin de mieux comprendre les enjeux implicites. Mais alors, jusqu'où est-il possible de s'endetter ?

C’est un débat qui va beaucoup nous occuper dans les années à venir avec l’augmentation des déficits publics pour relancer l’économie avec la crise : l’endettement des Etats. À première vue, comment ne pas donner raison à ceux qui dénoncent l’augmentation de la dette ? À moins que…

Une situation exceptionnelle

Il faut dire que le niveau des déficits et de l’endettement est au plus haut depuis… 1945. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les déficits publics devraient ainsi atteindre environ 13% du PIB en 2009. Pour le coup, l’Etat injecte une quantité incroyable d’argent pour amortir les conséquences de la crise économique. La France devrait se contenter de 6%, quand l’Allemagne, la vertueuse, se contentera de 4%.


À la fin de la crise, Etats-Unis, Grande-Bretagne, France et Allemagne devraient voir leur endettement passer à 80% du PIB, sachant que l’Italie ou le Japon resteront au-delà de 100%. Ces chiffres poussent à des réactions contradictoires. Ainsi, The Economist cette semaine défend le niveau de plan de relance (et donc les déficits) mais lance également un avertissement très sévère aux Etats, leur demandant de réduire très rapidement les déficits une fois la parenthèse 2009-10 passée.


Le ton est très autoritaire et The Economist suggère des mesures qui réduiraient la capacité d’action des hommes politiques, avec par exemple des limites constitutionnelles pour les déficits. Bref, les néolibéraux veulent saisir l’occasion pour mettre des limites aux rôles des Etats et éviter que l’augmentation de son intervention pendant la crise ne demeure…

Le niveau de la dette est-il insoutenable ?

Le niveau des déficits et de la dette sont-ils si intenables ? Il y a un précédent historique puisqu’au sortir de la Grande Dépression et de la Seconde Guerre Mondiale, la dette publique Américaine dépassait 110% du PIB (contre environ 20% en 1929 et 40% en 1939). En niveau d’endettement, la situation se rapproche donc de l’après-guerre, même si en progression, nous restons inférieur à la Grande Dépression.


Néanmoins, il faut prendre en compte un facteur tout simple : si le niveau du PIB fournit une indication intéressante, la comparaison avec le niveau des recettes publiques l’est sans doute beaucoup plus. L’importance de l’endettement d’un acteur économique se mesure aussi par rapport à sa capacité à générer des recettes. Et cette analyse fournit un regard très différent.


Les dépenses fédérales étaient de 2% du PIB aux Etats-Unis juste avant la guerre et de 5% après. La dette publique de l’Etat fédéral représentait donc environ 20 fois les recettes fiscales avant comme après la guerre. Et aujourd’hui, on peut estimer que ce chiffre sera de seulement 4 fois en 2011 (environ 80% de dette pour 20% de recettes), ce qui permet de relativiser la hausse actuelle au regard de l’histoire.


Bien sûr, les niveaux actuels de déficits et d’endettement imposent une attention importante des gouvernements, mais les cassandres de tout poil devraient se pencher sur l’histoire avant de prononcer des phrases aussi dures qu’exagérées.

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