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Voir la version complète : Les Libanais au Mexique - Une force économique qui gère 8,37 % du PIB


zek
17/06/2009, 11h17
Le Mexique, pays d’Amérique latine au passé amérindien, a été entre le XIIe siècle avant J-C et la conquête espagnole en 1521 le berceau de plusieurs civilisations développées, comme les Mayas et les Aztèques, qui ont laissé des vestiges archéologiques importants tels que les pyramides de Chichén Itza et Nichos, entre autres.

Avec les « conquistadores » (conquérants), le Mexique est entré dans une nouvelle phase, passant par l’indépendance, en 1821, suivie de la révolution. Actuellement, le Mexique est le plus peuplé des pays d’expression espagnole, avec plus de 107 millions d’habitants dont 20 millions dans la capitale Mexico, pour une superficie totale de 1 972 550 kilomètres carrés.

Les Libanais, dans leur expansion migratoire, sont arrivés dans le pays del Sol Azteca (du Soleil aztèque), le Mexique, il y a plus de cent ans. Selon certaines sources, le premier émigré au Mexique était le père Boutros Raffoul, qui avait débarqué au port de Veracruz en 1878. D’autres indiquent qu’il s’agissait de Yacoub Sauma Aouad, originaire de Hasroun, arrivé en 1882 et établi à Mérida où il est décédé en 1931. Des études plus précises sur l’émigration libanaise ont commencé après 1990, avec l’ouverture des Archives générales de la nation aux chercheurs académiques.

La majorité des Libanais sont entrés au Mexique par les ports de Veracruz, Tampico et Progreso, au XIXe siècle. D’autres sont arrivés par la frontière terrestre à partir des États-Unis. Selon les registres de 1895, 371 Libanais étaient déjà établis à cette époque au Yucatán, région où se concentre aujourd’hui la grande colonie libanaise du pays. L’émigration a augmenté considérablement vers le Mexique dans les années 1920. Les premiers émigrés venaient de toutes les régions du Liban, comme le Liban-Sud (Jezzine, Nabatiyé…), la Békaa (Zahlé, Karaoun…), le Liban-Nord (Hasroun, Batroun, Zghorta, Akkar, Beit-Mallat, Koubbé, Kobayate, Tripoli…), le Mont-Liban (Deir el-Qamar, Choueifate, Mazraat el-Chouf, Mazraat, Bickfaya…) ainsi que Beyrouth.

Il y a actuellement plus de 600 000 personnes d’origine libanaise au Mexique, et des noms comme Azar, Barud, Bichir, Chalita, Domit, Goraib, Jalil, Hayek, Helú, Kahwagi, Karam, Macari, Macluf, Miseelem, Muza, Nader, Nassar, Rahme, Sabines, Sarquis, Sauma, Kuri, Zacarias, Zahoul, Slim et Yazbek sont très courants dans la société mexicaine.

Selon l’anthropologue Patrícia Jacob Barquet, 75 % des émigrants libanais arrivés au Mexique se sont installés définitivement dans le pays. Ces émigrés ont travaillé au début dans le commerce ambulant, comme colporteurs. Plusieurs connaissaient le travail de la soie et ont acheté des machines aux Français, passant ainsi à l’industrie textile. D’autres ont réussi dans le domaine financier, ouvrant des banques, comme la Banque Aboumrad SA, fondée en 1937 par Abdelnour Aboumrad, et nationalisée en 1982.

Commerce, politique et culture

Certains Libanais ont même participé à la révolution mexicaine aux côtés de Emiliano Zapata Salazar en 1910, d’autres sont devenus généraux dans l’armée régulière ou sont entrés dans la politique. Les premiers émigrés ont témoigné de l’accueil touchant du peuple mexicain favorisant la coexistence sociale et religieuse dans le pays. Le président Adolfo Lópes Mateos n’a-t-il pas dit en 1958 : « Quien no tenga un amigo libanés, que lo busque ? » (Qui n’a pas un ami libanais, qu’il le cherche ?).

Les Libanais se sont distingués, au début du XXe siècle, non seulement dans le commerce et la politique, mais également dans la culture, ce qui a facilité leur intégration. On peut identifier leurs noms dans les domaines des lettres, des arts, de la gastronomie et aussi de la médecine. L’ambassadeur du Mexique au Liban, M. Jorge Alvarez Fuentes, dit que les Mexicains sont touchés dans tout le pays par la culture libanaise, toujours vivante. Il indique que lui-même, dès son enfance, a senti cette présence et estime que les Libanais, qui sont de nouveau à la recherche de leurs origines, sont fiers de leur culture, tout en étant profondément mexicains.

Le premier journal arabe publié au Mexique était ash Shark (L’Orient), fondé en 1905 par Youssef Karam. Il a été suivi par d’autres comme al-Jawater (Les idées) de Jose S. Helu et al-Hauades (Les événements) du père Chekrala Juri. Dans les années 1930, plusieurs clubs, associations et lieux de culte ont été fondés dans un but socioculturel et religieux. Le Centro Libanés (1962) a chargé en 1979 l’artiste mexicain d’origine libanaise, Ramis Barquet, de réaliser un monument en hommage aux émigrés libanais.

Ainsi a vu le jour la statue de l’Émigré, en deux exemplaires, qui ont été érigés le 8 décembre 2007 simultanément face à la mer, aux ports de Veracruz et de Beyrouth. Appelant au développement de la coopération entre le Liban et le Mexique, l’ambassadeur Alvarez Fuentes a conclu lors de la cérémonie se déroulant dans la capitale libanaise : « Cette statue est une marque de la générosité libanaise. Le Mexique sait reconnaître ce que le Liban lui a donné. Là où il y a des épis de blé, des maisons, des fleurs, sous la pluie ou sous le soleil, il y a des Libanais. »

Aujourd’hui, les émigrés libanais au Mexique gèrent 8,37 % du PIB national.

Cette force économique des Libanais n’est pas nouvelle et date des années 1930. Ils étaient en effet arrivés au Mexique comme dans d’autres pays d’Amérique latine sans presque rien dans leurs poches (« con una mano delante y otra detrás », une main par-devant et une main par-derrière), mais avec l’idéal de vaincre dans la vie pour subvenir aux besoins de leurs familles restées au Liban.

Ils ont travaillé dur et se sont intégrés dans le pays, leurs enfants ont étudié et sont devenus des Mexicains d’origine libanaise. Quelques-uns ont progressé économiquement et sont devenus des personnalités comme Carlos Slim Helú Aglamaz, l’homme le plus riche de la planète en 2007, qui possède une fortune estimée à plus de 60 milliards de dollars.

Par Roberto KHATLAB
L´Orient le Jour

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