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Voir la version complète : Les premiers Libanais aux Philippines, arrivée accidentelle due aux pannes de bateaux


zek
17/06/2009, 12h38
Dans le lointain océan Pacifique se trouve un archipel de 7 107 îles constituant la Républi*que des Philippines, offrant un mélange unique d’Orient et d’Occident, colonisé jadis par l’Espagne et les États-Unis. Ce pays où vivent 90 millions de personnes sur une superficie de 300 000 km2 a comme langues officielles le filipino (Tagalog) et l’anglais, auxquelles s’ajoutent l’espagnol et, au sud, l’arabe, sans compter 180 autres langues et dialectes.

Les premiers Arabes sont ar*rivés aux Philippines, plus précisément à Jolo, en 1380. Les Libanais, pour leur part, ont com*mencé à s’y installer au début du XIXe siècle. Plusieurs avaient quitté le Liban pour aller en Aus*tralie et, après un long voyage, s’étaient arrêtés aux Philippines en raison de pannes de bateaux. Ils décidèrent alors de s’y installer, travaillant dans le commerce et participant aux réseaux d’échan*ges entre les îles. À cette époque, les Philippines connaissaient un grand mouvement de libération, organisé par le poète et écrivain José Rizal (1861-1896), qui s’était inspiré des idées révolutionnaires de Don Quichotte.

La majorité des émigrés li*banais étaient des chrétiens, de confession grecque-orthodoxe, et l’archevêché d’Australie, de Nou*velle-Zélande et des Philippines dépend aujourd’hui du patriarcat d’Antioche. Ces émigrés se sont mélangés à la société philippine, épousant souvent des autochtones. Les musulmans d’entre eux ont construit pour leur part des mos*quées, la plus connue étant « Mas*jid al-dahab » (La Mosquée d’or - en philippin : Mosking Ginto - en raison de son dôme doré), bâtie en 1976. Parmi la colonie libanaise se trouvent également des druzes.
Aujourd’hui, avec la faible croissance économique et la dé*mographie galopante, les Philip*pines se développent essentielle*ment grâce aux investissements étrangers et la contribution des travailleurs émigrés installés dans de nombreux pays. Ainsi 40 000 ressortissants philippins, en majorité des femmes, vivent au Liban, et certaines d’entre el*les sont mariées à des Libanais et ont des enfants ayant acquis la double nationalité.

Yasmien Kurdi, une star
Libano-philippine de 19 ans

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Yasmien Kurdi est née à Greenhills, San Juan, Metro Ma*nila (Manille métropolitaine), aux Philippines, en 1989. Elle est de mère philippino-chinoise, Miriam Ong-Yuson, et de père franco-libanais, Mike Kurdi, venu au pays lors de la guerre de 1975-1990 au Liban. Elle a vécu quelques années au Moyen-Orient, suivant le travail de son père, puis est rentrée s’installer aux Philippines. Elle fait partie de la nouvelle génération de Li*bano-Philippins se distinguant dans les arts et la culture, et a déjà entamé une carrière promet*teuse de chanteuse et d’actrice de télévision et de cinéma.
Végétarienne, Yasmien milite également pour la défense des animaux et fait partie du groupe « People for Ethical Treatment of Animals (PETA) Asia-Pa*cific’s ». Notons que lors de sa naissance, sa mère a enregistré à l’hôpital son prénom « Yas*mine », par erreur, sous la forme de « Yasmien », qu’elle porte toujours. Dès son enfance, elle commença, à l’âge de trois ans, à participer à des concours de chant. À l’âge de sept ans, elle joua au Koweït un monologue, le rôle de Maria Clara dans une zarzuela adaptée de Noli Me Tangere, à l’occasion de la fête de l’Indépendance des Philip*pines célébrée par la commu*nauté philippino-koweïtienne. Elle commença à poser comme modèle en 2003, année durant laquelle elle participa au GMA Network’s StarStruck et rem*porta la deuxième place dans la catégorie femme. Ses débuts au cinéma furent alors couronnés de succès. Une nouvelle star était née.

Saïd Takieddine, dramaturge
et économiste

Parmi les Libanais arrivés aux Philippines au début du XXe siècle figure Saïd Takieddine, homme de lettres faisant partie du mouvement de la Renaissance arabe - Nahda - qui a débuté au XIXe siècle. Né à Baakline dans la montagne libanaise du Chouf en 1904, Saïd a été élevé dans la tradition druze et a commencé ses études dans son village à l’école de Sitt Hala, pour les poursuivre chez les pères antonins à Baabda puis à l’Université américaine de Bey*routh. À l’âge de 12 ans, en 1916, il supporta mal de voir son père, Mahmoud Takieddine, éminent magistrat, exilé par les Ottomans en Anatolie orientale. Mais il resta en contact avec son oncle Amine Takieddine (1884-1937), avocat, poète et journaliste, et fréquenta les grands hommes de lettres liba*nais de l’époque. Il débuta à l’âge de 20 ans sa carrière d’écrivain avec une pièce de théâtre drama*tique, Si ce n’était l’avocat, basée sur les réalités sociales du pays et racontant la famine qui venait de frapper le Liban (1914-1918).
Aussitôt après, en 1925, Saïd prit malgré lui le chemin de l’émi*gration, en raison des mauvaises conditions de vie au Liban, et se rendit à Manille, la capitale des Philippines, où ses oncles vivaient déjà depuis de nombreuses années et travaillaient dans le commerce. Il s’adapta ainsi à ce pays au peu*ple et aux coutumes bien différents et épousa en 1931 une musicienne de confession catholique, Béa*trice Joseph, qui lui donna une fille, Diana, devenue pianiste de renommée internationale, souvent présente sur la scène culturelle li*banaise.

la Première Guerre mondiale au Liban, se retrouva face à une situation non moins dramatique aux Philippines, avec l’invasion de ce pays durant la Seconde Guerre mondiale par l’empire japonais, qui provoqua des massacres de dizaines de milliers de personnes à Manille, de 1942 à 1945. Un an plus tard, avec la victoire des Al*liés, les Américains s’installèrent aux Philippines qui devint un pays indépendant. Saïd, toujours pré*sent dans la société philippine et auprès de la colonie libanaise, fut alors nommé consul honoraire du Liban à Manille (1946-1949).

Le retour au pays

En 1949, Saïd retourna au Li*ban et s’engagea directement dans le monde des lettres, écrivant plu*sieurs oeuvres historiques, cultu*relles, politiques et économiques. Il fut durant huit ans président de l’amicale des anciens de l’Uni*versité américaine de Beyrouth, contribuant à la revue littéraire mensuelle de l’université avec des noms aussi célèbres que Mikhaïl Naaimeh, Amine Nakhlé et Saïd Akl. Toujours animé par l’esprit des voyages, Saïd quitta le Liban en 1958 pour le Mexique, puis se dirigea vers la Colombie, où il travailla dans le commerce, pour*suivant ses oeuvres très réalistes et engagées. Il tomba malade en Co*lombie après une déficience car*diaque et mourut en 1960 dans ce pays, où son corps repose depuis.
Saïd Takieddine nous laisse un grand nombre de pièces de théâ*tre, comédies dramatiques, contes et autres articles émouvants sur son expérience dans la vie et dans les voyages. Un de ses premiers romans est Les injustices de la vie dans lequel il raconte les misères et les famines provoquées par les guerres au Liban et en Extrême-Orient.

Mais ce dramaturge a su aussi décrire les beautés du Liban, des îles du Pacifique et d’autres pays. Ses écrits comportent souvent un cachet satirique s’ajoutant à son lyrisme et à son patriotisme. Fier des qualités et des défauts de son pays natal, il dit : « La traversée de l’océan nous fait sentir notre fra*gilité devant tant de grandeur qui nous entoure. Avec la mer, on reste toujours jeune car il y a toujours du nouveau à découvrir. »

Roberto KHATLAB
L'Orient le Jour

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