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Joe Guilliam
13/04/2003, 01h33
Ces deux passages sont issues des premiers chapitres traitant de l'histoire de l'Afrique du Nord...


Les Arabes:

Les Byzantins n'ont pas eut le temps de s'organiser qu'apparaissent déjà de nouveaux conquérants: les Arabes, venu de l'Est répandre l'Islam. Après avoir annexé l'Égypte en 640, ces derniers tentèrent une première percée au Maghreb en 647. Mais il faudra attendre 670 pour qu'ils envoient leur chef, Okba Ibn Nafi, à la tête d'une armée de 150 000 soldats et fonde Kairouan. Les Arabes se heurtent instantanément à l'opposition des Berbères et des byzantins. Les autochtones vont subir la brutalité de ce chef arabe et de ses troupes qui appliquent à la lettre la devise: "la conversion ou la mort", pour les païens.
L'histoire retient deux noms de chefs berbères qui ont dirigé cette résistance. Le premier, un chrétiens nommés Koçayla (aksill), qui se convertira à l'Islam après sa défaite face au successeur d'Okba ibn Nafi entré en disgrâce. Mais dés la levé de sa disgrâce en 681, Okba Ibn Nafi revient pour se venger de son remplaçant et humilier kuçayla en le traînant enchaîné au cours de sa chevauchée vers l'Ouest. Écœurés par ce comportement méprisable, les Berbères ripostent. Kuçayla s'évade, abjure l'Islam et organise de nouveau la resingle contre les Arabes. Il arrache Kairouan à ses fondateurs, tue Okba Ibn Nafi et construit les cinq années suivantes un État autour duquel il parvient à unir plusieurs tribus. Mais les Arabes ne s'avouent pas vaincus. Le lieutenant de Oba Ibn Nafi revient avec des renforts d'Égypte reprend Kairouan et tue Kuçayla.
Le second chef rebelle à reprendre la lutte contre les Arabes est une femme nommée Dihya, princesse de confession juive, que les Arabes surnomment la Kahina (devineresse). Malgré son age avancé, sa résistance héroïque oblige ses adversaires, dirigé par le général Al Hassan, à se replier sur leur base. Mais de nouveau, les Arabes renforcés par des troupes venues de Damas reprennent l'offensive en 702 pour venir à bout des berbères et causer la mort de la Kahina.
Moussa Inb Noussaïr, successeur d'Al Hassan, entreprend la conquête du Maroc. Arrivé à Tanger, ce chef arabe confie la conquête de l'Espagne à Tarik Ben Zyad, un Berbère converti à l'Islam. Celui-ci bat l'empire wisigoth en 711, et permit aux musulmans de s'installer pour longtemps dans la péninsule ibérique. Un siècle plus tard, la majorité des Nord africains se convertissent à l'Islam, bien que jusqu'à la fin du XIIe s le christianisme continue à subsister dans certaines communautés.


Des missionnaires biens particuliers.

Les chefs et autres subalternes venus d'Orient pour répandre l'Islam étaient loin d'être tous des enfants de chœur. En fait, nombre de Berbères ne se sont converti à l'Islam que pour éviter entre autres soucis de payer l'impôt que cette religion exigeait des "gens du Livre" (chrétiens et juifs) qui refusaient de changer de religion. Les conquérants arabes n'éprouvaient que dédains envers les peuples Nord africains, qu'ils traitaient d'infidèle. Certains poussaient même leur cupidité jusqu'à considérer les populations conquises comme un butin de guerre servant à acheminer toutes sortes de richesses vers le Proche Orient. N'ayant pas de politique clair d'islamisation et d'arabisation linguistique, ils s'adonnent à la rapine. Ces comportements nous éclairent sur la foie tiède qui les animent. Pour illustrer leur cupidité et mépris envers les Berbères, citons ce message qu'envoie le chef Berbère Maysara au calife de Damas sur le comportement des conquérants:
"Informe le Prince des Croyants que notre émir nous mène en expédition avec sin jund et qu'il distribue à celui ci le butin que nous avons fait, disant que nous avons plus que de mérite. S'il y a une ville assiégé, c'est nous qu'il met au premier rang, disant que notre mérité au ciel ne sera que plus appréciable. Et pourtant les gens comme nous valent bien ses frères! […] Tout cela, nous l'avons supporté, mais quand ensuite, ils ont enlevé les plus belles de nos filles, nous leur avions dit qu'en tant que musulmans, nous ne trouvons pareil fait autorisé ni par la Livre, ni par la pratique du prophète."
La réponse du Calife de Damas fut l'imposition d'un impôt, faisant des Berbères des esclaves ennemis de l'Islam.


Les Fatimides (Chiites)

Ne parvenant pas à imposer leur religion à l'ensemble des Berbères, ils fondent leur royaume en Égypte, avec Le Caire comme capitale. D'autres royaumes Berbères, pratiquant un islam orthodoxe vont naître, tels les Hammadides. Pour punir ces derniers d'avoir renoué avec l'orthodoxe, le calife fatimide d'Égypte lance vers le Maghreb au milieu du Xie s des tribus nomades arabes estimés à 200 000 hommes. Ces bédouins venus d'Arabie étaient jusqu'alors internés en Haute Égypte pour leurs méfaits. Composé de véritables pillards, ces tribus vont complètement dévaster le pays. Le calife d'Égypte s'est du même coup débarrassé de ces indésirables. C'est l'ère des Banu Hillal, qu'Ibn Khaldun, grand homme d'État, historien et juriste maghrébin du XIV siècle, décrit comme "semblable à une armée de sauterelles ravageant tout sur leur passage". Ils entament la désertification d'une région agricole riche, véritable grenier à blé des Romains. Ce véritable désastre écologique entraînera progressivement l'anarchie et le déclin politique du pays.
Seules restent en place les féodalités Berbères tribales retirées dans la ville et indépendantes les unes des autres. Ces citadins vivent néanmoins sous la constante pression des nomades hillaliens dont ils subissent le bon vouloir et les excès. Pour voyager à travers le pays, les Berbères sédentaires ont besoin de la "protection" des Banu Hillal qui exigent en échange la moitié de leurs récoltes et bénéfices. Les habitants des plaines zones désertiques restent à leur merci. Mais la Kabylie et l'Aurès grâce à leur paysages accidentés et montagneux sont épargnés.

Mohamed Ben Rabah
"langues et pouvoir en Algérie histoire d'un traumatisme linguistique".

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