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Voir la version complète : Au diable, les varices


yakouza
12/07/2009, 13h07
Concerts, sorties nocturnes, musique, théâtre, danse et cinéma, la vie à Alger a repris un peu de ses droits élémentaires, replaçant le plaisir et le loisir au centre de l'existence. Il faut bien l'avouer, le festival panafricain a réussi à redonner un peu de vie à Alger, ville triste qui dort tôt et se réveille tard en se plaignant de n'avoir rien à faire. Oui bien sûr, 80 millions d'euros pour sortir les gens de leur léthargie, c'est un peu cher, d'autant que si l'on veut vraiment en sortir, il faut organiser des festivals régulièrement. 80 millions d'euros par mois pour mettre de la joie à Alger ? Pourquoi pas ? Puisque un peuple qui s'amuse bien est un peuple qui travaille bien. Au Brésil, il y a un ministère qui s'appelle ministère de la bonne ambiance ou quelque chose comme ça, chargé sérieusement de mettre de l'ambiance dans le pays, à coups de décisions, fêtes et budgets. Nous n'irons pas jusque-là, « un ministère de la joie » serait mal vu par les cercles conservateurs qui ne cessent de s'agrandir et qui demanderaient du coup la mise en place d'un « ministère du rester à la maison et du pas bouger » pour équilibrer les forces en présence.

Mais puisque l'on a un « ministre délégué auprès du ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement chargé de la ville » et un « ministre délégué auprès du ministre de la santé, de la population et de la réforme hospitalière, chargée de la famille et de la condition féminine », pourquoi pas un ministre chargé des loisirs et des sorties ? Car s'il faut attendre 40 ans pour avoir un prochain festival, comme le précédent en 1969, j'aurais 80 ans en 2049 et il me semble que même si je tiens d'ici là, je ne pourrais pas aller aux concerts. D'ailleurs, j'ai déjà des varices et rester debout 2 heures n'est pas facile. Mais je fais semblant, je danse sur une jambe et je passe à l'autre. Personne n'a rien vu, même pas les jeunes qui étaient avec moi.

Au concert de je ne sais plus qui -la programmation change à la dernière minute et avec des horaires farfelus- j'ai rencontré Samy, mon ami médecin qui déteste les malades et qui m'a dit exactement la même chose. Pas au sujet des varices puisque il dit que depuis Zeroual et son concept de « ridjal ouaqifoune » (les « hommes debout », chargés de lutter contre le terrorisme), tout le monde a des varices. Non, Samy est d'accord, il faut que les gens sortent, et les gens sont sortis, surtout les femmes. D'ailleurs c'est connu à Alger, quand les femmes sortent, tout le monde sort, par effet d'entraînement. Pourtant dans le lot, les seuls qui ont tout compris sont ceux de la cité Diar El Mahçoul, à côté de Riadh El Feth. Ils ont réalisé qu'il y avait de l'argent, résultat, ils se sont improvisés gardiens de parking, avec une guerre interne assez violente, chacun défendant ses places avec gourdins, cannes ou barres de fer. Une rude concurrence, à 100 dinars la place, 2 ou 3000 spectateurs représentent une somme de 200 000 à 300.000 dinars à se partager chaque soir. D'où la guerre. En plus, de là où ils sont, ils écoutent le concert, tout est bon. Etre jeune, gagner de l'argent tout en écoutant de la musique, que demander de mieux ?

J'ai emmené Nedjma voir un concert à l'esplanade de Riadh El Feth et elle a apprécié, elle était contente et moi aussi. J'étais derrière elle, faisant semblant de la protéger de la menace masculine trop visible, elle devant, se dandinant délicieusement, avec ses hanches à faire rêver un général à la retraite. Sauf que quand je lui ai développé l'idée du prochain festival dans 40 ans, date à laquelle j'en aurais 80, elle a réalisé que j'étais presque en voie de péremption, elle qui est si jeune et si fraiche. Je ne lui ais pas parlé de mes varices mais j'en ai profité pour lui demander de m'épouser juste à la fin du festival, tant que je fonctionne encore. Elle a répondu que finalement, elle aimait bien la musique africaine.



« ministère du rester à la maison et du pas bouger » :lol::lol::lol:

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