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Voir la version complète : AU LECTEUR


ben
22/05/2004, 06h20
:smile:

La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches,
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaîment dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent!
Aux objets répugnants nous trouvons des appas;
Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
N'ont pas encore brodé de leurs plaisants desseins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est que notre âme, hélas! n'est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde!
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde;

C'est l'Ennui!--L'œil chargé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
--Hypocrite lecteur,--mon semblable,--mon frère!



LES FLEURS DU MAL
par
CHARLES BAUDELAIRE

ben
22/05/2004, 06h36
:22:

« O cerveaux enfantins!
Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l'avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l'échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l'immortel péché:

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût:
L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égout;

Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote;
La fête qu'assaisonne et parfume le sang;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant;

Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté;

L'Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et, folle maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie:
« O mon semblable, ô mon maître, je te maudis! »

Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l'opium immense!
--Tel est du globe entier l'éternel bulletin. »



LE VOYAGE
A MAXIME DU CAMP
par
CHARLES BAUDELAIRE

L'ALGEROISE
27/05/2004, 11h48
:redface:

Bonjour Ben,

A. Dumas a dit :
" j'aime mieux les méchants que les imbéciles parce qu'ils se reposent" :hollerin:

Bien à toi

ben
27/05/2004, 21h46
:smile: Je ne sais pas encore dans quelle catégorie je me situe ... :razz:


Bonne fête des mères.

Que ce poème coloré et aux senteurs de mon Alger natal touche le cœur des Mères qui nous offrent le plus beau cadeau qui soit : La Vie !!!


Maman de la Rampe Vallée et des chemins,
De la Lyre, de Randon, les couffins pleins,
Des cafés au lait et tartines beurrées du matin,
Le cœur sur la main.

Maman qui guérit par la parole le triste voisin :
« Pas de soucis monsieur Sacov tout ira mieux demain,
Par la grâce de Dieu et de tous ses saints,
Votre Algéroise retrouvera le sourire, c’est certain ! ».

Maman qui gronde au besoin,
Avec nous aux petits soins,
Prête à mourir pour nous sauver du malin,
Et qui pleure sur le quai quand on prend le train.

Maman pour toi j’irai cueillir la rose et le jasmin,
Comme quand on était près des bassins,
Où chantaient le canari et le serin,
Tu le sais bien, là bas aux Tagarins.