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aurassien
20/07/2009, 07h48
La population des Émirats Arabes Unis varie entre 4 et 5 millions et le pourcentage
de travailleurs étrangers est de 80 à 85% de la population, selon les sources. Le
terme « immigrés », en arabe « muhajiroun », appartient à l?histoire de l?Islam et
à l?Arabie Saoudite, il est réservé aux premiers adeptes de Mohammed qui l?ont
suivi dans sa fuite de la Mecque pour fonder la première société musulmane à
Médine, date qui marque le début du calendrier musulman (hijri). Dans les pays du
Golfe, on désigne les travailleurs immigrés par le terme « ajnabi », qui signifie
étranger.

Pour d?autres raisons, on peut penser que le terme de travailleurs immigrés est
impropre à désigner ces millions de personnes car, dans le cas d?une immigration
classique, il y a toujours la possibilité de s?installer ou de refaire sa vie là où
on vit et travaille. Alors que dans les pays du Golfe, le travailleur n?a aucune
vie sociale réelle en dehors du chantier ou de l?entreprise, très peu de contact
avec la population du pays et aucune possibilité d?installation même provisoire. En
effet, les naturalisations, qui ne sont le fait que du Prince, sont
quasi-inexistantes ; la nationalité ne se transmet que par le sang et par le père.
Il arrive même que les enfants d?un couple mixte ne puissent pas bénéficier de la
nationalité du père, si la mère est de nationalité étrangère. On pourrait plutôt
parler de délocalisation ou de déportation de masse, pour le temps nécessaire à tel
ou tel projet. Cette situation précaire rend plus difficile l?organisation des
ouvriers qui sont menacés en cas de grève, non pas de perdre leur travail mais
d?être expulsés et de perdre tout à la fois.

On ne peut même pas qualifier ce système d?esclavage car l?esclavage « classique »
a permis aux anciens esclaves de gagner leur liberté après des luttes, du fait de
leur présence sur place depuis plusieurs générations ; ici l?esclavage temporaire
ou provisoire prive ces travailleurs de la construction d?une histoire, par le
roulement permanent de la main d??uvre, ce qui va s?accentuer avec l?instauration
d?un seuil de six ans comme limite à la présence d?un travailleur dans le pays.
D?autre part cette précarité extrême crée une situation où le sentiment d?injustice
et d?inégalité est tellement fort qu?il peut déclencher une gigantesque révolte à
l?échelle du Golfe tout entier, et c?est l?une des raisons de la présence de
l?armée américaine et de l?armée française (voir encart en fin de mail).


Une législation d?exclusion

La situation est la même dans tous les pays du Golfe, malgré l?existence de lois
qui réglementent d?une manière très rigoureuse les conditions d?entrée et de sortie
des travailleurs et de leur séjours, celles qui réglementent le travail sont
rudimentaires et minimalistes. Par ailleurs, ces lois ne concernent pas les
travailleuses et travailleurs domestiques, majoritairement des femmes, qui
subissent toute sorte d?exploitation et d?humiliation allant jusqu?aux violences
physiques et sexuelles, à la privation de nourriture et à la séquestration, ? Les
travailleurs étrangers ne disposent d?aucun droit à la retraite, à la sécurité
sociale ou à faire grève ; ces lois n?autorisent pas le regroupement familial. Dans
aucun pays du Golfe il n?existe de durée légale du travail. Depuis 2005, le
gouvernement des E.A.U a interdit le travail sur des chantiers en extérieur de
12h30 à 16h30 pendant les mois de juillet et août, la chaleur étant la cause de
nombreux accidents du travail, souvent mortels, mais sous la pression des
entreprises, cette interdiction n?a été appliquée que récemment en 2008 et modifiée
de 12h30 à 15h. Il n?y a aucun règlement concernant les salaires, les ouvriers non
qualifiés touchent entre 100 à 200 dollars par mois.

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