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Voir la version complète : L'Eglise catholique s'oppose à la pilule abortive en Italie


nassim
04/08/2009, 00h27
La pilule abortive RU 486 est une "fissure" dans la société italienne, et les médecins doivent s'y opposer en invoquant "l'objection de conscience". Dans un entretien publié dimanche 2 août par le quotidien des évêques, Avvenire, le cardinal Angelo Bagnasco, président de la conférence épiscopale italienne, renouvelle les critiques de l'Eglise catholique contre la commercialisation de la pilule abortive, décidée jeudi 30 juillet par l'agence italienne du médicament.

Selon le cardinal, le RU 486 conduira "à considérer l'avortement comme une méthode contraceptive", ce que la loi italienne sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) "exclut absolument". La loi de 1978, qui a légalisé l'avortement, fixe des règles bien précises pour arriver à l'interruption de grossesse dans un délai de 90 jours. L'Eglise rappelle comment la loi fut introduite pour que les femmes "quittent la clandestinité". Or, dénonce-t-elle, avec la pilule RU 486, on risque la "banalisation de la vie" par des avortements laissés uniquement à la conscience des femmes. D'où la menace d'excommunier les médecins qui la prescriront, les femmes qui y auront recours et quiconque encouragera son utilisation, avancée par le président de l'Académie pontificale pour la vie, Mgr Rino Fisichella.

L'appel à l'objection de conscience du cardinal Bagnasco trouve un terrain fertile. De plus en plus de gynécologues refusent déjà de pratiquer l'avortement chirurgical, et devraient s'opposer à la pilule : les "objecteurs", qui étaient 58 % en 2005, sont 70 % en 2007.

Le gouvernement de Silvio Berlusconi n'est pas resté insensible à l'offensive de l'Eglise. Le ministre des affaires sociales, Maurizio Sacconi, a demandé à l'agence du médicament des règles d'usage contraignantes, comme la prescription du RU 486 uniquement dans les hôpitaux. Pour les défenseurs du libre choix, cela ressemble à un boycott à peine masqué : paradoxalement, l'usage de cette pilule serait alors plus complexe qu'un avortement classique.

TROIS JOURS À L'HÔPITAL

L'agence du médicament, qui prépare pour septembre le protocole d'application de la pilule abortive, devrait prévoir que les femmes qui choisissent la RU 486 demeurent trois jours à l'hôpital après la prise du médicament, jusqu'à l'expulsion du foetus. Le délai de l'interruption de grossesse serait de 49 jours.

Des responsables sanitaires se plaignent des difficultés pratiques que rencontrerait l'exigence d'un séjour de trois jours à l'hôpital. Le directeur de l'agence du médicament, Guido Rasi, le reconnaît lui-même : "Si la patiente choisit de s'en aller, nous ne pouvons pas la retenir. L'hôpital n'est pas une prison", dit-il au Corriere della Sera. Il exclut néanmoins que la pilule RU 486 soit utilisée à domicile, comme ne cessent de le dénoncer ses détracteurs, y compris la secrétaire d'Etat chargée du dossier, Eugenia Roccella, qui compte profiter de ce débat pour durcir les critères d'application de la loi sur l'avortement.

Dans les 26 hôpitaux qui, depuis 2005, prescrivent le RU 486 de façon expérimentale, les avortements non chirurgicaux sont restés très limités. D'ailleurs, les IVG sont en baisse en Italie. En 2008, 121 406 avortements ont été pratiqués, soit une baisse de 4,1 % par rapport à 2007 et de 48,3 % par rapport au pic de 1982.

source : Le Monde

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