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Voir la version complète : Karim Ghellab dévoile les grands axes de développement des infrastructures marocaine


diablo-colorado
09/08/2009, 15h23
Karim Ghellab, ministre de l’Equipement et du Transport, dévoile les grands axes de développement des infrastructures marocaines, qui préfigurent celles de l’Afrique de l’Ouest et du Nord.

Les Afriques : Quel bilan de l’open sky avec l’UE et de la libéralisation de l’aérien ?

Karim Ghellab : La libéralisation du secteur du transport aérien au Maroc et l’accord de l’open sky avec l’UE constituent des références internationales. Les résultats enregistrés marquent effectivement une révolution du ciel marocain. En effet, le trafic aérien international a augmenté d’une manière très importante entre 2003 et 2007 (+18% en moyenne) et les fréquences hebdomadaires ont connu une progression de +142%. La grande part de cette progression (+91%) revient au low cost, qui a permis de développer des offres packagées, de booster la capacité et de stimuler la concurrence des compagnies classiques. Ces dernières ont réagi par des baisses de coûts, l’augmentation des lignes, le recentrage sur le hub de Casablanca et la création de filiales low cost.

En 2008, et en dépit d’une conjoncture défavorable pour le développement du secteur du transport aérien au niveau mondial, le Maroc a enregistré une augmentation du trafic international de 8,5%.

Grâce à la mise en œuvre de cette politique, le secteur aérien a connu également un saut qualitatif marqué par plusieurs évolutions. Sur le plan des opérateurs : 29 nouvelles compagnies étrangères sont entrées dans le ciel marocain. Sur le plan de l’offre : la desserte internationale est de 1030 vols par semaine à fin 2008, contre 560 vols par semaine en 2003, avec plus de destinations étrangères reliées directement. Sur le plan du marché : le trafic aérien international n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années avec des taux de croissance en totale rupture avec le passé. L’année 2008 a enregistré un trafic total international de 11 millions de passagers, contre 5,2 millions seulement en 2003. Enfin, sur le plan des tarifs, des baisses significatives ont été enregistrées avec le grand nombre de nouveaux entrants, entraînant ainsi une plus grande concurrence.

En pleine crise économique, le Maroc reste l’un des rares pays à enregistrer une croissance de son trafic international (+2% à fin mai 2009 pour le Maroc, -7,6% au niveau mondial et -9,6% pour l’Europe) et la poursuite de la création de nouvelles lignes aériennes avec 105 fréq/sem créées durant la saison d’été 2009.

LA : Quel est l’état d’avancement du projet de liaison fixe entre le Maroc et l’Espagne et le montage retenu pour le financement ?

KG : Placé dans son contexte économique international, le projet intéresse en réalité une vaste zone intercontinentale d’Europe et d’Afrique, dans laquelle les grands axes de transport terrestre sont en pleine expansion. Le projet de liaison fixe du détroit de Gibraltar aura un effet positif sur l’économie marocaine et valorisera davantage les réseaux de transport terrestre marocains. Mais n’oublions pas que ce projet constitue aussi un maillon essentiel dans le schéma directeur du réseau terrestre de transport euro-africain, et plus particulièrement ouest-méditerranéen, et ce dans l’optique d’une intégration économique régionale. Le Maroc et l’Espagne, qui aspirent à jouer pleinement leur rôle comme plate-forme tournante des échanges entre l’Europe et l’Afrique, défendent en permanence ce projet et lui donnent une forte impulsion, car une fois achevé, il contribuera à une meilleure intégration de la zone à l’économie mondiale. Des études d’évaluation globale du projet sont engagées et se trouvent en phase d’achèvement. Un rapport global des résultats sera élaboré dans l’année.

LA : Où en est-on avec le projet de ligne TGV entre Tanger et Agadir ?

KG : Cet axe s’inscrit dans le cadre du schéma directeur des lignes pour Trains à grande vitesse, qui prévoit la construction d’un réseau, de 1500 km environ, de lignes à grande vitesse à réaliser progressivement à l’horizon 2035. Ce réseau comporte deux grandes liaisons ferroviaires. Une ligne « Atlantique », partant de Tanger et passant par Rabat, Casablanca, Marrakech et Essaouira pour desservir Agadir, revêtant une importance capitale pour le développement socio économique et le rayonnement régional ; Une ligne « maghrébine » Casablanca-Rabat-Oujda et qui se prolongera jusqu’à Alger, Tunis et Tripoli dans le cadre du futur réseau à grande vitesse maghrébin, constituant ainsi une étape importante dans le processus d’intégration des réseaux euro-méditerranéens des transports initié au titre de la politique européenne de voisinage.

La réalisation de l’axe Tanger-Agadir se fera par phases. Le premier tronçon consistant en la ligne Casa-Tanger a fait l’objet d’un protocole d’accord entre les gouvernements marocain et français, signé à Marrakech, en date du 22 octobre 2007, sous la présidence de Sa Majesté le roi et du président de la République française. Il s’agit d’un partenariat stratégique liant les deux pays et ayant pour fondement une coopération technologique, économique et financière portant sur la conception, la construction, l’exploitation et l’entretien de la ligne en question.

Conformément aux dispositions du protocole d’accord, un comité de suivi a été institué par les autorités de la République française et du Royaume du Maroc pour assurer le suivi global du projet de la ligne de train à grande vitesse entre Tanger et Casablanca, et veiller au respect des engagements arrêtés dans ledit protocole et à sa réalisation dans des conditions optimales et compétitives. Depuis, plusieurs étapes ont été franchies pour la mise en place des cadres institutionnels et organisationnels du projet en vue de lancer les travaux en fin de l’année 2009. Le financement de ces projets sera sous forme de prêts auprès de bailleurs de fonds nationaux et internationaux et des fonds propres de l’Etat marocain.

LA : La route Casablanca-Dakar est opérationnelle. Pourquoi tarde-t-on à voir la mise en place de compagnies mixtes de transport entre les trois pays concernés (Mauritanie, Sénégal et Maroc) ?

KG : Certes l’infrastructure routière existe, cependant la création de telles compagnies nécessite un cadre global de libéralisation et des échanges commerciaux plus conséquents entre ces trois pays. Cela requiert un minimum de similitude et de rapprochement de leurs systèmes de transport routier en matière de normes et de réglementations. Nous nous attelons à la finalisation d’un accord régissant le transport routier de marchandises avec la Mauritanie et visons sa signature dans les meilleurs délais possibles.

LA : Où en est la réforme de la chaîne logistique au Maroc dans ses segments transport maritime, transit portuaire, transport routier et multimodal ?

KG : La réforme de la chaîne logistique du Maroc a été conçue selon deux niveaux. Le premier concerne le développement de nouvelles capacités en matière d’infrastructures de transport et le renforcement du cadre institutionnel des différents modes de transport. Quant au second, il a trait à l’amélioration de la compétitivité logistique du royaume à travers une stratégie et un plan d’actions opérationnel et intégré. Le Maroc est en effet engagé dans une entreprise globale et volontaire de renforcement et de modernisation du maillage de ses infrastructures, à travers notamment un ambitieux programme autoroutier de 1800 km à l’horizon 2015, et l’édification sur le détroit de Gibraltar, à l’intersection des grandes routes maritimes, du complexe portuaire de Tanger-Méditerranée pour une capacité de 8,2 millions d’EVP.

Pour la période 2008-2012, le Maroc prévoit le renforcement de ses infrastructures de transport, à travers le lancement d’un ensemble de grands chantiers dont le volume d’investissements est estimé à 120 milliards de dirhams (11 milliards d’euros), soit le double de ce qui a été réalisé durant la période 2002-2007.

En parallèle, le Maroc a accéléré le rythme des réformes relatives au secteur des transports. La libéralisation du transport routier de marchandises a permis d’adapter et de restructurer ce secteur pour mieux répondre aux attentes des usagers et à la demande accrue en moyens de transport des différents opérateurs économiques devenus de plus en plus exigeants.

S’agissant du secteur portuaire, une réforme a été mise en œuvre depuis 2005 visant la clarification des rôles et missions (régaliennes, commerciales et de régulation), la consécration de l’unicité de l’opérateur pour les opérations de chargement et de déchargement des navires, et l’instauration de la concurrence au sein et entre les ports du pays. Outre cette réforme, le paysage portuaire connaîtra la mise en place d’un guichet unique informatisé reliant l’ensemble des intervenants dans l’enceinte portuaire (administrations et opérateurs), qui est de nature à améliorer l’efficacité du transit portuaire.

Aussi, a été complètement opérée la libéralisation du transport maritime à travers la suppression des contraintes imposées aux armateurs opérant sur les lignes régulières.

Par ailleurs, la mise en service du nouveau port de Tanger Med, avec sa vocation de hub de transbordement, devrait accélérer l’essor du transport maritime en offrant la possibilité de recevoir des navires de grande portée.

En accompagnement au développement des infrastructures du transport et des réformes engagées, le Maroc est engagé actuellement dans un processus de développement du secteur de la logistique pour en faire un levier d’amélioration de la compétitivité de son économie en général, et des exportations en particulier.

Basée sur un partenariat fort et efficace, public-privé, la refonte du secteur de la logistique vise la mise en œuvre d’une nouvelle stratégie qui s’articule autour de quatre axes essentiels. Premièrement, la nécessité d’optimiser la gestion des flux de marchandises à travers la définition et la mise en œuvre d’un schéma national de plates-formes logistiques. Deuxièmement, l’émergence d’opérateurs marocains intégrés en matière de services logistiques, notamment à travers la qualification des opérateurs dans le secteur du transport routier de marchandises. Troisièmement, la création en partenariat avec le secteur privé d’outils de suivi et de veille sur le niveau d’efficacité des services logistiques (observatoire de la compétitivité logistique). Et quatrièmement, la formation dans les métiers du transport et de la logistique.

A.W.

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