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Iska
13/08/2009, 22h00
J’ai (ré)écouté Rabah Asma

Le sprinter au souffle marathonien


Il y a des malentendus persistants, vains, injustes, mais toujours présents. Il y a des étiquettes difficiles à décoller. Personne ne sait pour quelle raison Rabah Asma est taxé de chanteur de variétés.



Visage poupon, yeux malicieux, rieurs, l’artiste s’est vite imposé, trop vite. Son premier album a écrasé tous les hit-parades. L’insolent a même réussi à placer trois chansons dans le top ten. Dans une Algérie asphyxiée par le conservatisme, muselée politiquement par un parti unique sans boussole, déjà menacée par le discours religieux, Rabah Asma est arrivé comme une bouffée d’oxygène. Dans un pays sclérosé, phagocyté par des artistes officiels émargeant au FLN, le petit nouveau fait exploser les ondes. Résolument optimiste, joyeusement rebelle, faussement naïf, l’auteur de Ayadhu (le vent) fait souffler un air de liberté. Il explose les codes avec talent. De la fraîcheur en guise d’arme. Des textes ciselés pour le plus grand nombre, sans tomber dans la démagogie, une musique lancinante, impossible à sortir de la tête. En Kabylie, on se moque de cet ACNI (artiste chantant non identifié), tout en achetant ses albums par dizaines de milliers. On ne le trouve pas assez engagé, pas assez politique, pas assez… Rabah Asma persiste. Il enfile les succès. Ses chansons sont reprises dans les stades pour dire la malvie (encore un mot inventé par le génie populaire pour résumer les conditions de vie des Algériens, chômage, puritanisme, pouvoir d’achat...). Des chansons légères pour des maux lourds. Il chante une Algérie parallèle, forcément joyeuse, libérée. Puis, l’artiste mûrit, s’attaque à d’autres thèmes, s’ouvre à de nouveaux horizons.
Il réactualise Slimane Azem et se rend en Afrique à la recherche de nouveaux sons. Dans Résidence, allusion à la carte se séjour, il dénonce les discours xénophobes et la manipulation du thème de l’immigration à chaque campagne électorale. Et rend hommage à tous les immigrés déracinés qui occupent des emplois pénibles pour de maigres salaires. D’après ce qu’on nous annonce/ ça va dans un bon sens/ Il ne faut pas prévoir à l’avance/ Avant d’avoir la réponse (bis) au sujet de la résidence/ C’est vraiment bien dommage le racisme et le chômage/Heureusement qu’il y a des sages/ c’est le prestige de la France (bis)/ C’est la raison d’espérance/ Toujours des conversations le chômage et l’immigration/ Après les négociations/ On attend qu’on nous annonce (bis)/ Chaque fois ça recommence/ Le travail quand il est dur, c’est pour l’immigré bien sûr/ Avec la conscience dure, dévouement et les souffrances (bis)/ ça mérite la récompense/ S’il faut partir/ Il faut subir les conséquences (bis)/ Il n’y aura plus de réminance/ Après tout ça me fera du bien/ De retourner chez les miens/ Je suis un Africain/ Le soleil en permanence (bis)/ Pour moi ça a de l’importance/ Mesdames, mesdemoiselles, messieurs/ Si je dois vous dire adieu/ Sachez bien que mes aïeux ont combattu pour la France (bis)/ Bien avant la résidence. Un hommage à tous ces Africains qui ont participé aux deux guerres mondiales, loin de leurs pays, pour libérer un pays qui n’est pas le leur. C’était bien avant l’immigration choisie, les harraga… A mettre absolument dans votre cédéthèque.




Par Rémi Yacine (ry@elwatan.com)

El Watan .

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