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Voir la version complète : a propos de frantz fanon


nasser
30/09/2003, 03h47
http://membres.lycos.fr/nasser2003/medersa.jpg
(c) 2003 bladerunner, algerie.levillage.org

Le monde colonisé
Le monde colonisé est un monde coupé en deux. La ligne de partage, la frontière en est indiquée par les casernes et les postes de police. Aux colonies, l'interlocuteur valable et institutionnel du colonisé, le porte-parole du colon et du régime d'oppression est le gendarme ou le soldat.

Dans les régions coloniales, le gendarme et le soldat, par leur présence immédiate, leurs interventions directes et fréquentes, maintiennent le contact avec le colonisé et lui conseillent, à coups de crosse ou de napalm, de ne pas bouger. On le voit, l'intermédiaire du pouvoir utilise un langage de pur violence.

L'intermédiaire n'allège pas l'oppression, ne voile pas la domination. Il les expose, les manifeste avec la bonne conscience des forces de l'ordre.

L'intermédiaire porte la violence dans les maisons et dans les cerveux du colonisé.

La zone habitée par les colonisés n'est pas complémentaire de la zone habitée par les colons. Ces deux zones s'opposent, mais non au service d'une unité supérieure. Elles obéissent au principe d'exclusion réciproque : il n'y a pas de conciliation possible, l'un des termes est de trop.

La ville du colon est ville en dur, toute de pierre et de fer. C'est une ville illuminée, asphaltée, où les poubelles regorgent toujours de restes inconnus, jamais vus, même pas rêvés.

Le pied du colon ne sont jamais aperçus, sauf peut-être dans la mer, mais on n'est jamais assez proche d'eux. Des pieds protégés par des chaussures solides alors que les rues dans leur ville sont nettes, lisses, sans trous, sans cailloux. La ville du colon est une ville repue, paresseuse, son ventre est plein de bonnes choses à l'état permanent. La ville du colon est une ville de blancs, d'étrangers.

La ville du colonisé, ou du moins la ville indigène, le village nègre, la médina, la réserve est un lieu mal famés. On y naît n'importe où, n'importe comment. On y meurt n'importe où, de n'importe quoi. C'est un monde sans intervalles, les hommes y sont les uns sur les autres, les cases les unes sur les autres. La ville du colonisé est une ville affamée, affamée de pain, de viande, de chaussures, de charbon, de lumière. La ville du colonisé est une ville accroupie, une ville à genoux, une ville vautrée. C'est une ville de nègres, une ville de bicots. Le regard que le colonisé jette sur la ville du colon est un regard de luxure, un regard d'envie. Rêves de possession. Tous les modes de possession :
s'asseoir à la table du colon, coucher sur le lit du colon, avec sa femme si possible. Le colonisé est un envieux. Le colon ne l'ignore pas qui, surprenant son regard à la dérive, constate amèrement mais toujours
sur le quivive : "Ils veulent prendre notre place." C'est vrai, il n'y a pas un colonisé qui ne rêve au moins une fois par jour de s'installer à la place du colon.

Frantz Fanon, Les damnés de la terre.

Julia
12/10/2003, 16h20
ce Fanon exagère un peu : le lit du colon , on peut le comprendre , mais sa femme ? que pensent de ceci les femmes du forum ?

nasser
13/10/2003, 04h59
Le texte de Fanon n'est pas d'actualité. C'est plutôt un temoignage d'une situation révoulue. Son "femme du colon" n'est pas non plus d'actualité. Je sais qu'actuellement, il y a beaucoup d'efforts de rapprochements entre la France et l'Algerie.

Beaucoup de travaux se font dans le sens de "Memoire et Histoire". "Memoire" pour ceux qui ont vecu la guerre d'Algérie, et "Histoire" pour ceux qui n'ont pas vecu celà (la majorité des Algériens).

Julia
13/10/2003, 18h08
Le texte de Fanon n'est pas d'actualité. C'est plutôt un temoignage d'une situation révoulue. Son "femme du colon" n'est pas non plus d'actualité. Je sais qu'actuellement, il y a beaucoup d'efforts de rapprochements entre la France et l'Algerie.



Beaucoup de travaux se font dans le sens de "Memoire et Histoire". "Memoire" pour ceux qui ont vecu la guerre d'Algérie, et "Histoire" pour ceux qui n'ont pas vecu celà (la majorité des Algériens).

Merci Nasser ; je ne faisais que plaisanter ! :D

06/01/2004, 21h18
S'asseoir à la table du colon, coucher sur le lit du colon, avec sa femme si possible. Le colonisé est un envieux. Le colon ne l'ignore pas qui, surprenant son regard à la dérive, constate amèrement mais toujours
sur le quivive : "Ils veulent prendre notre place." C'est vrai, il n'y a pas un colonisé qui ne rêve au moins une fois par jour de s'installer à la place du colon.


Nasser,
L'importance de ce livre est capitale.
Je crois que le texte de Fanon est plus que d'actualité. Que crois qui se passe en Algérie, avec tous ces vautours installés au pouvoir ?
Ils ont juste pris la place des colons, eux anciens colonisés. Et même les femmes des colons.

Je ne pense pas que "Les Damnés de la Terre" ne soit plus d'actualité. Il faut le relire à la mémoire des evenements récents ( Irak, question du voile en France, etc.. ) et on constatera que ses analyses sont toujours aussi pertinentes.

Ca ferait pas de mal de relire Fanon et Benabi pour comprendre un peu comment focntionne le pays actuellement.

aldebaran
08/01/2004, 00h14
a ubik
oui frantz fanon est tjrs d'actualite
pour expliquer l'etat de sous developpement mental des algeriens
du pays ou d'ici
du rapport a l'homme blanc
j'irais meme plus loin pour moi les extremistes religieux ou les laico assimilaionsites sont la meme face d'un meme mal le complexe du colonise, le rapport du maitre a esclave ...

ernestito
29/05/2004, 19h54
je vous conseil vivement de lire FRANTZ Fanon ,un martiniquai qui a combatu aupres des algeriens , vici un extrait de son livre "Peau Noire, Masques Blancs "




DOIS-JE SUR CETTE TERRE, QUI DEJA TENTE DE SE DEROBER, ME POSER LE PROBLEME DE LA VERITE NOIRE ?

DOIS-JE ME CONFINER DANS LA JUSTIFICATION D'UN ANGLE FACIAL?

JE N'AI PAS LE DROIT, MOI HOMME DE COULEUR, DE RECHERCHER EN QUOI MA RACE EST SUPERIEURE OU INFERIEURE A UNE AUTRE RACE.

JE N'AI PAS LE DROIT, MOI HOMME DE COULEUR, DE ME SOUHAITER LA CRISTALLISATION CHEZ LE BLANC D'UNE CULPABILITE ENVERS LE PASSE DE MA RACE.

JE N'AI PAS LE DROIT, MOI HOMME DE COULEUR, DE ME PREOCCUPER DES MOYENS QUI ME PERMETTRAIENT DE PIETINER LA FIERTE DE L'ANCIEN MAÎTRE.

JE N'AI PAS LE DROIT NI LE DEVOIR D'EXIGER REPARATION POUR MES ANCETRES DOMESTIQUES.

IL N'Y A PAS DE MISSION NEGRE ; IL N'Y A PAS DE FARDEAU BLANC.

JE ME DECOUVRE UN JOUR DANS UN MONDE OÙ LES CHOSES FONT MAL ; UN MONDE OÙ L'ON ME RECLAME DE ME BATTRE ; UN MONDE OÙ IL EST TOUJOURS QUESTION D'ANEANTISSEMENT OU DE VICTOIRE.

JE ME DECOUVRE, MOI HOMME, DANS UN MONDE OÙ L'AUTRE, INTERMINABLEMENT, SE DURCIT.

NON, JE N'AI PAS LE DROIT DE VENIR ET DE CRIER MA HAINE AU BLANC.

JE N'AI PAS LE DEVOIR DE MURMURER MA RECONNAISSANCE AU BLANC.

IL Y A MA VIE PRISE AU LASSO DE L'EXISTENCE. IL Y A MA LIBERTE QUI ME RENVOIE A MOI-MEME. NON, JE N'AI PAS LE DROIT D’ ETRE UN NOIR.

UN SEUL DEVOIR. CELUI DE NE PAS RENIER MA LIBERTE AU TRAVERS DE MES CHOIX.

ca donne a reflechir
http://pedagogie.ac-martinique.fr/lgtfanon/apftz.htm

ida
13/07/2004, 17h17
Salut!
Peu de gens connaissent Frantz, zn particulier les Algeriens... Je pense que pour decouvrir Frantz il faut commencer par lire le portrait qu'on a fait Alice Cherqi, ce livre est tout simplement excelent! Aprés l'avoir lu on n'a qu'une envie: lire tout Fanon!!!
Por ma part j'ai un petit faible pour Les Damnés de la Terre!
A bientot, Ida.

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