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Voir la version complète : Derrière la "Lettre ouverte à Bouteflika"


nacer-eddine06
04/09/2009, 09h43
le 31 Aout, 2009 | 7370 lecture(s)


Une lettre ouverte à Bouteflika circule actuellement sur la toile.

Cette lettre – des œuvres d’un psychiatre français - n’est pas nouvelle c’est du réchauffé. Elle date du 10 décembre 2007 et coltine tous les caricatures éculées de l’« Algérie française » qui traînent un peu partout sur les tracts de l’OAS, de l’extrême droite et aujourd’hui sur les sites « algérianistes » qui réunissent toutes les vieilles croûtes que l’indépendance algérienne étouffe de rage.

Je n’aurai pas répondu à ce torchon qui prétend traiter de l’histoire. Mais quelqu’un l’a fait dès le 07 janvier 2008.

Je vous joins la lettre en question et la réponse qui lui a été faite alors. Vous pouvez toujours écouter Mouloud Mammeri parler de l'histoire du pays sur:

http://www.youtube.com/v/165_OhvbeQU&hl=fr&fs=1&
Un mot cependant : dans sa lettre l’auteur de la lettre n’a pas tort de rappeler que Bouteflika s’était fait soigné au « Val de Grâce » (hôpital militaire parisien, en novembre 2005). Il n’est pas cohérent en effet d’exiger de la France une repentance pour son œuvre coloniale et le retrait d’une loi mémorielle franchement offensante pour notre pays, d’un côté, et aller solliciter la médecine française, d’un autre côté.

Comment en vouloir à éditorialiste du Figaro qui relève le paradoxe (l’inconséquence ?) la pointe du stylo acérée :
« En regagnant demain Alger, après son long séjour à Paris, Abdelaziz Bouteflika éprouvera certainement une vive reconnaissance pour le pays qui l'a accueilli et lui a ouvert son meilleur hôpital militaire. (…) Usant d'une rhétorique d'un autre temps, il n'a eu de cesse d'exiger de la France qu'elle fasse «repentance», allant jusqu'à comparer l'ancienne puissance coloniale au régime nazi. Ses excès ont enflammé les passions. Ses diatribes ont compliqué le débat au lieu d'aider à rétablir la confiance. Elles ont contribué à ouvrir, entre Français, une polémique, à bien des égards stérile, sur le passé colonial. » (Pierre Rousselin, Le Figaro, 30 décembre 2005)
Il aurait pu se faire traiter à l’hôpital cantonal de Genève où il avait déjà été opéré pour une lithiase bilatérale. Il aurait pu aussi plus simplement comme tous les citoyens algériens se faire soigner dans son pays. Mais ça, c’est une autre histoire…

Pendant que les Algériens se demandaient ce qu’il en était de la santé de leur président, les rumeurs allaient bon train. Dilem n’avait pas raté l’occasion : Dans un dessin paru sous le titre «La France n'a pas retiré la loi sur le rôle positif de la colonisation», il fait dire à un médecin : «Alors ! M. Bouteflika, de quoi souffrez-vous ?» «Du colon !» répond le président.

Le bouquet : c’est Cheb Mami (fait par Chirac en 2003 « chevalier de l'Ordre national du mérite »), qui a été investi porte-parole du président le 16 décembre 2005 sur le perron de l’hôpital. Il s'agissait du premier témoignage public sur la santé du chef de l'Etat : « J'ai rencontré le président. Je l'ai vu pendant dix minutes. Il est en bonne santé. Il m'a posé des questions sur la musique ». Depuis, Cheb Mami a eu d’autres problèmes à régler avec la justice française (dès août 2005 une plainte avait été déposée contre lui).

L’important dans toute cette affaire n’est pas la lettre du psychiatre. Sa sortie semble concorder avec toute une série d’attaques contre l’Algérie, alors que jusque-là – même avec la France sarkozienne – une sorte de modus vivendi semblait de rigueur.

- Les Israéliens (élargissant leur « Lebensraum » à toute la planète), considèrent désormais la marine algérienne (pourtant fidèlement vouée à la coopération avec la flotte US qui se balade en Méditerranée) pour une menace potentielle pour son commerce ;
- Un vraquier finlandais transportant du bois en direction de Bejaia est détourné dans des conditions rocambolesques ;
- Un classement du Forum économique mondial (sous forte influence du PDG de Publicis – cf. pedigree plus bas) place l’Algérie à la hauteur des pays les plus pauvres du monde, assortie (comme d’habitude) d’une comparaison assassine avec nos voisins maghrébins.

- Une campagne de presse unanime d’une rare violence contre l’exécutif.

La sainte alliance des requins domestiques, des ex-terroristes et de tout ce que compte la planète de rapaces qui ont entraîné l’économie mondiale dans la crise que vous savez.

Se pourrait-il qu’il y ait un rapport avec la récente « loi de finances complémentaire 2009 » depuis que le gouvernement algérien a décidé (on se demande d’ailleurs comment) de mettre de l’ordre dans ce bazar qu’est devenu le commerce extérieur du pays.

Se pourrait-il que les parasites indigènes (rejoints par les ex-terroristes qui se sont fondus dans le trabendisme légal) se soient ligués avec les vautours qui pilotent le commerce mondial pour défendre leur business.

Pourtant – Bouteflika, Ouyahia cela n’y change rien - les décisions prises sont d’une rationalité élémentaire pour la défense de l’économie algérienne. Ce qui surprend (le personnel étant le même depuis des lustres) c’est que quelqu’un y a enfin songé à l’intérêt du pays. Mais le chemin est encore long, à regarder l’état dans lequel il se trouve. L’alliance des requins intra-muros et des trabendistes universellement cosmopolites n’est pas consommée.

Comment consentir à ce que les moyens du pays soient consacrés à l’importation d’une quincaillerie containérisée qui détruit le peu d’industries (privées ou publiques, peu importe) que conserve encore le pays ? Comment pouvait-on dans une économie qui devenait de plus en plus informelle avec la légalisation du trabendisme (les stat de l’ONS font sourire… au mieux) accepter que des trafiquants de tout acabit siphonnent le peu de réserves que l’Algérie a accumulée. Sachant que la moitié (peut-être davantage) a été refilée (par qui?) à nos « amis » américains pour qu’ils continuent à financer leurs déficits et leurs guéguerres un peu partout dans le monde. Gare à la chute du dollar !!!

Les investisseurs qu’attend depuis 10 ans notre ministre de la privatisation, se sont dotés de relais locaux non pour produire mais uniquement écouler leurs produits. Renault vend en Algérie et investit au Maroc (et encore !).

Les importations, qui n’étaient que de 18 milliards de dollars en 2004, ont connu durant l'année 2008 ont explosé par rapport à 2007 (+44 %), passant à 38 milliards de dollars.

L'université est abandonnée, les universitaires s'envolent vers d'autres cieux et les seules compétences développées en Algérie relèvent du commerce, de la gestion ou des « affaires ». Cela n’a pas empêché nos brillants décideurs de concéder la gestion de l’aéroport de la capitale à ADP (Aéroports de Paris), ce qui explique sans doute qu’il soit désormais désigné dans ses brochures : « Aéroport d’Alger » et non « aéroport Houari Boumediene ». Pas d’ingénieurs de production, pas de formations de chercheurs en génie (mécanique, électrique, électronique, génétique, aéronautique…), les lycées techniques ont été fermés et les disciplines scientifiques et technologiques ignorées.

Même Air Algérie a abandonné ses ateliers réparation à Air France. Qui a eu intérêt à une telle concession qui coûte la peau des f… à l’économie nationale ? Et qui fait aussi disparaître une maîtrise locale génératrice de formations de compétences et de valeurs ajoutées algériennes ?

Mais qui a eu la bonne idée de réorienter le crédit vers les vrais besoins de nos concitoyens au lieu de financer les importations ?

Qui doit être félicité pour pour avoir imposé le Crédit Documentaire (Crédoc pour les intimes), procédure universellement utilisée permettant - en partie - de savoir ce qu’il en est des importateurs et de leurs fournisseurs (tout en crédibilisant les circuits commerciaux algériens) : qui importe ? Qui vend ? A quels prix… ?

Qui va enfin se décider d’aller plus loin pour remettre de l’ordre dans ce souk qui de recycle au détriment de l’économie algérienne les revenus pétroliers et de faire fuir en douce les capitaux à l’étranger pour que des petits futés se constituent des pactoles pour le cas où le sous-sol algérien aura été vidé par les transnationales ou qu’un régime moins corrompu se sera installé à la tête du pays ?

Un commentaire ramassé au gré de la lecture de la presse nationale aide à comprendre le coup de pied qui a été donné dans le sac à m… qui nous fait office d’économie :

[Selon un importateur rencontré par hasard dans une supérette à Hydra, les retombées administratives et financières de cette nouvelle loi vont pousser de nombreux importateurs à abandonner leur activité légale et opter pour le «cabas». «Avant, j’étais un trabendiste. Mais avec la relative stabilité du marché algérien, j’ai opté pour l’importation «légale». Aujourd’hui, avec ces nouvelles dispositions, il m’est impossible de payer la marchandise que j’importe cash. Mes clients ne le peuvent pas aussi. Nous nous sommes habitués à travailler au paiement par crédit. De toute manière, avec les quelques bons amis que j’ai au niveau de la douane, je crois qu’il est préférable pour moi de redevenir le simple trabendiste que j’étais», confie-t-il.
[Quant au patron d’une grande supérette de Chéraga, cette nouvelle disposition va grossir davantage la fortune des grands importateurs et faire disparaître du marché les modestes fournisseurs qui ont pourtant eu beaucoup de mal à monter leur petit business. «Je suis évidemment inquiet. Qui va dorénavant m’approvisionner, après que la plupart des importateurs avec qui j’ai l’habitude de travailler m’ont appelé pour m’annoncer qu’il ne faut plus désormais compter sur eux. D’autant que je travaille beaucoup avec des clients habitués à consommer des produits importés », a-t-il clamé.

[De toute manière et comme l’a si bien exprimé un importateur, «comme on a coutume chez-nous de faire des lois pour les défaire le lendemain, heureusement que j’ai pris mes dispositions en me montant une petite situation avec un commerce à l’étranger. Je crois qu’il est temps d’aller prendre sa retraite ailleurs qu’ici».] Le Soir d’Algérie du L. 17 août 2009.

CQFD.
Djeha
D. 30 août 2009.

nacer-eddine06
04/09/2009, 09h46
Président de la République algérienne

Monsieur le Président,

En brandissant l’injure du génocide de l’identité algérienne par la France, vous saviez bien que cette identité n’a jamais existé avant 1830. Mr Ferrat Abbas et les premiers nationalistes avouaient l’avoir cherchée en vain. Vous demandez maintenant repentance pour barbarie : vous inversez les rôles ! C’était le Maghreb ou l’Ifriqiya, de la Libye au Maroc. Les populations, d’origine phénicienne (punique), berbère (numide) et romaine, étaient, avant le VIIIème siècle, en grande partie chrétiennes (500 évêchés dont celui d’Hippone/Annaba, avec Saint Augustin). Ces régions agricoles étaient prospères.

Faut-il oublier que les Arabes, nomades venant du Moyen Orient, récemment islamisés, ont envahi le Maghreb et converti de force, «béçif» (par l’épée), toutes ces populations. «Combattez vos ennemis dans la guerre entreprise pour la religion…. Tuez vos ennemis partout où vous les trouverez» (Coran, sourate II, 186-7). Ce motif religieux était élargi par celui de faire du butin, argent, pierreries, trésor, bétail, et aussi bétail humain, ramenant par troupeaux des centaines de milliers d’esclaves berbères; ceci légitimé par le Coran comme récompense aux combattants de la guerre sainte (XLVIII, 19, 20). Et après quelques siècles de domination arabe islamique, il ne restait plus rien de l’ère punico romano berbère si riche, que des ruines (Abder-Rahman ibn Khaldoun el Hadrami, Histoire des Berbères, T I, p.36-37, 40, 45-46. 1382).

Faut-il oublier aussi que les Turcs Ottomans ont envahi le Maghreb pendant trois siècles, maintenant les tribus arabes et berbères en semi-esclavage, malgré la même religion, les laissant se battre entre elles et prélevant la dîme, sans rien construire en contre partie.

Faut-il oublier que ces Turcs ont développé la piraterie maritime, en utilisant leurs esclaves. Ces pirates barbaresques arraisonnaient tous les navires de commerce en Méditerranée, permettant, outre le butin, un trafic d’esclaves chrétiens, hommes, femmes et enfants. Dans l’Alger des corsaires du XVIème siècle, il y avait plus de 30.000 esclaves enchaînés. D’où les tentatives de destruction de ces bases depuis Charles Quint, puis les bombardements anglais, hollandais et même américain…..Les beys d’Alger et des autres villes se maintenaient par la ruse et la force, ainsi celui de Constantine, destitué à notre venue, ayant avoué avoir fait trancher 12.000 têtes pendant son règne.

Faut-il oublier que l’esclavage existait en Afrique depuis des lustres et existe toujours. Les familles aisées musulmanes avaient toutes leurs esclaves africains. Les premiers esclavagistes, Monsieur le Président, étaient les négriers noirs eux-mêmes qui vendaient leurs frères aux Musulmans du Moyen Orient, aux Indes et en Afrique (du Nord surtout), des siècles avant l’apparition de la triangulaire avec les Amériques et les Antilles, ce qui n’excuse en rien cette dernière, même si les esclaves domestiques étaient souvent bien traités.

Faut-il oublier qu’en 1830, les Français sont venus à Alger détruire les repaires barbaresques ottomans qui pillaient la Méditerranée, libérer les esclaves et, finalement, affranchir du joug turc les tribus arabes et berbères opprimées. Faut-il oublier qu’en 1830, il y avait à peu près 5.000 Turcs, 100.000 Koulouglis, 350.000 Arabes et 400.000 Berbères dans cette région du Maghreb où n’avait jamais existé de pays organisé depuis les Romains. Chaque tribu faisait sa loi et combattait les autres, ce que l’Empire Ottoman favorisait, divisant pour régner.
Faut-il oublier qu’en 1830 les populations étaient sous développées, soumises aux épidémies et au paludisme. Les talebs les plus évolués qui servaient de toubibs (les hakems), suivaient les recettes du grand savant « Bou Krat » (ou plutôt Hippocrate), vieilles de plus de 2.000 ans .La médecine avait quand même sérieusement évolué depuis !

Faut-il oublier qu’à l’inverse du génocide, ou plutôt du massacre arménien par les Turcs, du massacre amérindien par les Américains, du massacre aborigène par les Anglais et du massacre romano-berbère par les Arabes entre l’an 700 et 1500, la France a soigné, grâce à ses médecins (militaires au début puis civils) toutes les populations du Maghreb les amenant de moins d’un million en 1830 en Algérie, à dix millions en 1962.

Faut-il oublier que la France a respecté la langue arabe, l’imposant même au détriment du berbère, du Tamashek et des autres dialectes, et a respecté la religion (ce que n’avaient pas fait les Arabes, forçant les berbères chrétiens à s’islamiser pour ne pas être tués, d’où le nom de «kabyle» - j’accepte).

Faut-il oublier qu’en 1962 la France a laissé en Algérie, malgré des fautes graves et des injustices, une population à la démographie galopante, souvent encore trop pauvre, -il manquait du temps pour passer du moyen âge au XXème siècle- mais en bonne santé, une agriculture redevenue riche grâce aux travaux des Jardins d’Essais, des usines, des barrages, des mines, du pétrole, du gaz, des ports, des aéroports, un réseau routier et ferré, des écoles, un Institut Pasteur, des hôpitaux et une université, la poste… Il n’existait rien avant 1830. Cette mise en place d’une infrastructure durable, et le désarmement des tribus, a été capitale pour l’Etat naissant de l’Algérie.

Faut-il oublier que les colons français ont asséché, entre autres, les marécages palustres de la Mitidja, y laissant de nombreux morts, pour en faire la plaine la plus fertile d’Algérie, un grenier à fruits et légumes, transformée, depuis leur départ, en zone de friche industrielle.

Faut-il oublier que la France a permis aux institutions de passer, progressivement, de l’état tribal à un Etat nation, et aux hommes de la sujétion à la citoyenneté en construction, de façon, il est vrai, insuffisamment rapide. Le colonialisme, ou plutôt la colonisation a projeté le Maghreb, à travers l’Algérie, dans l’ère de la mondialisation.

Faut-il oublier qu’en 1962, un million d’européens ont dû quitter l’Algérie, abandonnant leurs biens pour ne pas être assassinés ou, au mieux, de devenir des habitants de seconde zone, des dhimmis, méprisés et brimés, comme dans beaucoup de pays islamisés. Il en est de même de quelques cent mille israélites dont nombre d’ancêtres s’étaient pourtant installés, là, 1000 ans avant que le premier arabe musulman ne s’y établisse. Etait-ce une guerre d’indépendance ou encore de religion ?

Faut-il oublier qu’à notre départ en 1962, outre au moins 75.000 Harkis, sauvagement assassinés, véritable crime contre l’humanité, et des milliers d’européens tués ou disparus, après ou avant, il est vrai, les excès de l’O.A..S, il y a eu plus de 200.000 tués dans le peuple algérien qui refusait un parti unique, beaucoup plus que pendant la guerre d’Algérie. C’est cette guerre d’indépendance, avec ses cruautés et ses horreurs de part et d’autre, qui a fondé l’identité algérienne. Les hommes sont ainsi faits !

Monsieur le Président, vous savez que la France forme de bons médecins, comme de bons enseignants. Vous avez choisi, avec votre premier ministre, de vous faire soigner par mes confrères du Val de Grâce. L’un d’eux, Lucien Baudens, créa la première Ecole de médecine d’Alger en 1832, insistant pour y recevoir des élèves autochtones. Ces rappels historiques vous inciteront, peut-être, Monsieur le Président, à reconnaître que la France vous a laissé un pays riche, qu’elle a su et pu forger, grâce au travail de toutes les populations, des plus pauvres aux plus aisées - ces dernières ayant souvent connu des débuts très précaires -. La France a aussi créé son nom qui a remplacé celui de Barbarie. Personne ne vous demandera de faire acte de repentance pour l’avoir laissé péricliter, mais comment expliquer que tant de vos sujets, tous les jours, quittent l’Algérie pour la France ?

En fait, le passé, diabolisé, désinformé, n’est-il pas utilisé pour permettre la mainmise d’un groupe sur le territoire algérien ? Je présente mes respects au Président de la République, car j’honore cette fonction.

Un citoyen français, André Savelli, Professeur agrégé du Val de Grâce.

nacer-eddine06
04/09/2009, 09h47
C'est au hasard de mes errances de bédouin, que je viens de tomber sur votre "Lettre ouverte à M.. Bouteflika, président de la République Algérienne", publiée sur le site du Journal Chrétien, daté du 10 décembre 2007.

Etant peu soucieux de savoir si l'on vous a ou non répondu officiellement à votre lettre ouverte en même temps que peu curieux des pérégrinations médicales des uns ou des autres, c'est à titre de citoyen algérien outragé, que je voudrais réfuter ici, un certain nombre de contre vérités que vous n'avez pas craint d'avancer, au mépris des règles ordinaires de l'honnêteté intellectuelle dont font preuve en général, les hommes de l'art comme vous l'êtes. Quel dommage donc, M. le professeur ! Et permettez-moi ici, de passer en revue quelques unes de vos assertions qui relèvent tout bonnement de l'imposture.

- Quand vous prétendez citer le Texte sacré de l'Islam, en attribuant le passage suivant au Coran : "Combattez vos ennemis dans la guerre entreprise pour la religion… Tuez vos ennemis partout où vous les trouverez." (Coran, Sourate II, 186-7), vous commettez là, une falsification caractérisée du texte sacré, puisque le Verset en question se traduit comme suit :

"Combattez au nom de Dieu, ceux qui vous combattent et n'agressez point, Dieu n'aime pas les agresseurs… Tuez-les (les agresseurs) et chassez-les, d'où ils vous ont chassés. La fitna (le désordre) est pire que la guerre…".

Seraient-ce là les syndromes d'une trop longue fréquentation pédagogique de la psychopathie que vous enseignez depuis si longtemps M. le professeur ? Je le crains pour vous…

- Quand vous prétendez qu' "en 1830, les Français sont venus à Alger détruire les repaires barbaresques ottomans qui pillaient la Méditerranée, libérer les esclaves et, finalement affranchir du joug turc les tribus arabes et berbères opprimées"… Cela tient du donquichottisme béat, pour qui se souvient de la fameuse harangue du Roi Très Chrétien à ses députés en cette journée du 2 Mars 1830 : "… Mais je ne puis laisser plus longtemps impunie l'insulte faite à mon pavillon ; la réparation éclatante que je veux obtenir, en satisfaisant l'honneur de la France, tournera, avec l'aide du Tout-Puissant, au profit de la chrétienté. "

Et dire que c'est le même genre de discours de marchands trompeurs et pilleurs, que l'on continue de servir encore aux bons peuples, comme le font aujourd'hui, les Bush et leurs supplétifs de France et de Navarre, pour vendre la guerre pétrolière contre l'Irak, l'Afghanistan – et probablement demain contre l'Iran, tantôt au non de la lutte contre le terrorisme, tantôt au nom de la démocratisation…

C'est assez souligner, pour revenir à l'Algérie, – et bien avant que le récent ouvrage de Pierre Péan ne vienne opportunément le rappeler – que beaucoup d'historiens savaient de quel coté se trouvaient les pillards, c'est-à-dire les hordes de marchands-mercenaires ayant noms de Bourmont, de Sellières et autres Schneider, arrivés dans les bagages de la soldatesque de cet infortuné Charles X, à qui l'invasion et le pillage de l'Algérie ne porta pas bonheur, puisqu'il fut forcé d'abdiquer quelques semaines plus tard pour s'exiler à Prague, puis en Autriche où il s'en fut mourir, de honte et surtout de choléra… comme les "barbares" mouraient eux, de paludisme, n'est-ce pas docteur ?

- Vous persistez ensuite dans le dénigrement et l'imposture contre la société algérienne d'alors – 1830 – en écrivant : "Les talebs les plus évolués qui servaient de toubibs (hakems) suivaient les recettes du grand savant – Bou Krat – (Hippocrate), vielles de plus de 2000 ans. La médecine avait quand même sérieusement évolué depuis !"

Dommage M. le professeur, que vous feignez d'ignorer que la société algérienne en 1830, faisait partie intégrante – et le demeure encore -, de ce vaste ensemble civilisationnel qu'est le monde arabo musulman. Dommage aussi, que vous ayez cru devoir escamoter les apports décisifs de la médecine arabo musulmane à un Occident médiéval, longtemps pétri d'ignorance, de ruralité et d'obscurantisme. Quelle ingratitude, monsieur, à l'égard de vos premiers maîtres en la matière, comme Ibnu Sina, Ar-Razi ou Abulkassis pour ne citer que ces grands précurseurs dont les travaux ont constitué les premiers fondements de la médecine moderne. Dommage enfin, que vous feignez d'ignorer que c'est à Bagdad que fut édifié le premier et le plus grand hôpital de l'époque, plus de 7 siècles avant l'Occident.

Non, M. le professeur Savelli, votre feinte amnésie n'est que la conséquence d'une regrettable inclination de pied noir indécrottable et nostalgique de "l'Algérie de papa". Nostalgique au point d'en adopter à la fois, la même posture de supériorité et le même ton de condescendance et de refus de regarder l'Histoire. En en assumant toutes les facettes… En particulier les moins brillantes, comme par exemple l'Histoire des crimes établis, perpétrés par la colonisation française et que vous cherchez à escamoter et à gommer, en convoquant d'autres génocides…

En faisant sciemment l'amalgame entre des génocides réels, comme ceux subis par les Amérindiens en Amérique et les aborigènes en Australie et les génocides supposés comme ceux qu'auraient subi les Arméniens ou les "romano berbères" comme vous dites…

Pour le reste, je ne m'appesantirai que pour l'humour, sur votre effort méritoire pour comprendre la langue arabe "à votre rythme" et surtout pour l'interpréter à l'aune de vos propres phantasmes, quand vous écrivez par exemple et avec une touchante suffisance :

"Faut-il oublier que la France a respecté la langue arabe, l'imposant même au détriment du berbère, du tamashek et des autres dialectes et a respecté la religion (ce que n'avaient pas fait les Arabes, forçant les berbères chrétiens à s'islamiser pour ne pas être tués, d'où le nom de kabyle – j'accepte)" Du vrai délire linguistique, M. le professeur ! Le terme kabyle étant tout simplement dérivé de l’arabe qui signifie « tribu ».

Je profite de l'anecdote pour signaler que ce genre d'erreur – souvent dû à une faible maîtrise de la langue arabe - est très courant même chez les pseudo "orientalistes" réputés, comme Denise Masson, voire même Jacques Berque. Il suffit pour s'en apercevoir, de comparer les traductions plus ou moins sérieuses – sournoises serait plus juste ! - du Coran, faites par ces derniers, avec la magistrale traduction donnée par le regretté Cheikh Muhammad Hamidullah, ce véritable apôtre moderne de l'Islam des Lumières.

Enfin, - et j'en finis par le "bouquet" de la lettre ouverte - quand M. Savelli débute son factum en prétendant que l'identité algérienne "n'a jamais existé avant 1830" en se fondant curieusement sur des propos ambigus du grand leader nationaliste algérien Ferhat Abbas, mais en faisant totalement l'impasse sur les incontournables "Histoire de l'Afrique du Nord" de Charles–André Julien ou "l'Algérie, Nation et Société" de Mostefa Lacheraf qui réfutent brillamment l'un comme l'autre, les thèses coloniales niant l'existence de la Nation Algérienne.

Encore une ignorance feinte, M. le professeur ! N'est-ce pas là d'ailleurs la pire des ignorances?

Abdelkader Dehbi
7 janvier 2008

le matin

sako
04/09/2009, 13h53
J’ai arrêté ma lecture dès la première ligne, c’est du réchauffé…

Monsieur le Président,

En brandissant l’injure du génocide de l’identité algérienne par la France, vous saviez bien que cette identité n’a jamais existé avant 1830. Mr Ferrat Abbas et les premiers nationalistes avouaient l’avoir cherchée en vain.

Par contre je ne vois pas, mais absolument pas ce fait la vidéo de mouloud Mammeri jointe à cette lettre, si c’est fournir du grain à moudre à ce torchon, c’est complètement raté

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