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Voir la version complète : Blanchiment de captures de thon rouge en Algérie


morjane
10/09/2009, 15h17
En Algérie, Les services du ministère de la Pêche ont procédé à une démarche équivoque, pour le moins douteuse, lors de la délivrance des autorisations de pêche au thon rouge pour la saison de l’année en cours.

C’est au moins le cas du navire thonier Belkis Dounia qui, importé de Turquie, a été enregistré à l’ICCAT par le ministère sous pavillon algérien le 15 avril 2009 alors qu’il n’a obtenu son acte d’algérianisation provisoire que le 2 juin 2009. L’acte de naissance de la SARL «Belkis Dounia Pêche» est daté du 2 mai 2009 alors que le ministère de la Pêche a délivré en date du 15 mars 2009 une autorisation d’importation du navire.

Toutes les autres autorisations ont été obtenues alors même que la SARL n’avait pas encore vu le jour !

Ni la crise ni le fait d’être une espèce protégée n’empêche le thon rouge de se vendre à un prix d’or sur le marché aux poissons, notamment celui de Tokyo.

Pour simple exemple et au début de cette année, un spécimen de 128 kg a été vendu pour 75 000 euros sur le marché de Tsukiji, soit le deuxième prix le plus élevé jamais payé dans l’archipel.

Ce qui démontre les raisons de la convoitise de ce poisson migrateur : des sommes importantes d’argent sont en jeu.

En Algérie, il n’a pas fallu longtemps à certains affairistes pour découvrir le filon et, depuis quelques semaines, l’affaire des 400 tonnes de thon interceptées par les gardes-côtes sur un navire turc à Annaba, pêchées pour le compte de deux bateaux algériens, a mis le ministère de la Pêche au cœur d’un scandale.

Celui de «blanchiment de captures».

Le mécanisme est simple : des thoniers algériens ont fait de fausses déclarations de pêche de thon rouge, capturé en réalité par des bateaux turcs. Les thoniers soupçonnés auraient accepté de déclarer cette pêche à leur compte, sous quota algérien et contre rétribution, n’ayant pas eux-mêmes la capacité de capturer du thon rouge. Pourquoi ces fausses déclarations ?

Tout simplement parce que la pêche au thon rouge est réglementée -après des années de capture intensive menaçant cette espèce de disparition- et nécessite des documents de traçabilité énoncés par la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique, l’ICCAT.
Donc, pour piller du thon rouge, il faut disposer de documents pour prouver aux autorités, lors du débarquement obligé de la marchandise dans un port, que la provenance de cette pêche est licite. Il suffit pour le faire, de simuler l’achat, auprès d’autres pavillons qui disposent d’autorisation de pêche, de la quantité de thon pêchée. Des navires algériens qui, en réalité, ne pêchent rien, mais bénéficient d’un quota de pêche autorisé, offrent cette possibilité. Un quota obtenu du quota global octroyé à l’Algérie dans le cadre de la convention ICCAT.

Pour cette année, l’ICCAT a fixé un plafond de 22 000 tonnes de prises pour toute la Méditerranée. L’Algérie s’est vu octroyer un quota de 1 117,42 tonnes dont 20% ont été concédées à des thoniers japonais au titre de la part «étranger» et les 80% restantes, 894 tonnes, de la part «nationale» réparties entre des armateurs nationaux, au nombre de 18, cette année.

En fait, à l’exception d’une poignée d’entre eux dont les bateaux ont les caractéristiques et le gabarit acceptables pour la pêche au thon, les autres n’ont pas la capacité d’effectuer cette activité.

Donc ces derniers, une fois l’autorisation obtenue pour la campagne de pêche, se dirigent au large pour rencontrer d’autres thoniers étrangers qui ont effectué leur capture. Officiellement, les thoniers étrangers doivent venir pour prendre livraison du thon censé être pêché par les Algériens. Mais ils repartent avec leur cargaison en plus de documents certifiant que leur produit a été pêché selon les règles de l’ICCAT au titre du quota national algérien. Les armateurs algériens reviennent, quant à eux, avec des millions de dinars ! Un simple calcul démontre les sommes colossales qui sont engrangées par ces armateurs.

Si le thon rouge est cédé à titre d’exemple à seulement 4 euros le kg, les 894 tonnes de thon rouge ne coûtent pas moins de 35 millions de dinars ! Mais la question qui s’impose est celle du contrôle de la tutelle. En effet, le ministère de la Pêche a un arsenal juridique lui permettant de démasquer ces magouilles. En plus de la présence de ses contrôleurs sur les thoniers autorisés à pêcher, il a obligation d’inspecter les navires et de s’assurer de leur conformité à pêcher le thon.

Y a-t-il donc délivrance d’autorisation de complaisance ou complicité dans le «blanchiment de captures» ? Après l’interception du navire turc, la justice est en train d’enquêter afin d’élucider les tenants et les aboutissants de cette affaire.

Une affaire qui semble complexe surtout si on précise que, pour l’année 2009, le ministère de la Pêche qui a délivré huit nouvelles autorisations de pêcher le thon rouge pour cette saison -qui s’est déroulée du 15 avril au 15 juin derniers- a émis des conditions jugées draconiennes par les armateurs, vu qu’elles ont été annoncées la veille de la campagne de pêche. Il s’agit, entre autres, de l’obligation de pêcher exclusivement dans les eaux sous juridiction nationale, de l’embarquement d’un contrôleur/observateur, désigné par l’administration des pêches, à bord de chaque navire et ce, durant toute la campagne de pêche, de la fonctionnalité totale et permanente du système de suivi par satellite (VMS) ou encore du contrôle du produit pêché après les opérations de pêche en rade ou au port d’Alger. Il s’agit là, à part la décision de pêche exclusive dans les eaux nationales, des recommandations de l’ICCAT visant à l’établissement d’un programme pluriannuel de rétablissement pour le thon rouge de l’Atlantique Est et de la Méditerranée et de s’assurer un meilleur contrôle contre les pilleurs.

A première vue, ces conditions semblent aller dans l’intérêt de l’économie nationale. Elles le paraîtront moins si on précise que les services du ministère de la Pêche ont procédé à une démarche équivoque, pour le moins douteuse, lors de la délivrance des autorisations de pêche. En effet, le ministère a demandé cette année pour huit navires dont la longueur varie entre 15,8 et 40 mètres, un enregistrement auprès de l’ICCAT.

Parmi ces navires, certains n’étaient même pas dédouanés au moment de leur enregistrement sous pavillon algérien. C’est le cas, à titre d’exemple, du navire thonier senneur Belkis Dounia.

Importé de Turquie, ce navire a été enregistré à l’ICCAT sous pavillon algérien le 15 avril 2009 alors qu’il n’a obtenu son acte d’algérianisation provisoire que le 2 juin 2009. Mieux, l’acte de naissance de la SARL «Belkis Dounia Pêche», propriété de deux associés algériens (un retraité âgé de 73 ans et un technicien âgé de 30 ans, né et résidant à Bruxelles) établi devant un notaire à Alger, est daté du 2 mai 2009 alors que le ministère de la Pêche a délivré en date du 15 mars 2009 une autorisation d’importation du navire thonier senneur au gérant de la SARL «Belkis Dounia Pêche» ! Cet Algérien de 39 ans a été désigné en tant que gérant, le jour de la naissance de la SARL donc le 2 mai dernier. Mais cela n’a pas empêché le ministère de la Pêche d’inscrire à l’ICCAT le navire en projet d’importation par une SARL en cours de création. Inscrit à l’ICCAT en date du 15 avril, c’est à cette même date que le futur gérant de la future SARL envoie plusieurs correspondances pour l’obtention des autorisations nécessaires permettant sa participation à la saison de pêche 2009. Ainsi, une demande d’autorisation d’approbation de régulation des plans du thonier senneur a été adressée à la Direction de la marine marchande, une autre pour la validation du changement du nom du navire turc importé.

Le gérant de la SARL «Belkis Dounia Pêche» a obtenu, le 17 avril 2009, une autorisation d’exercice de la pêche pour un navire qui n’est toujours pas sous pavillon algérien. Mieux, et alors que les services du ministère ont réservé un quota de pêche à ce navire, la SARL «Belkis Dounia Pêche» n’obtiendra son autorisation d’acquisition d’un navire auprès de la Direction nationale des gardes-côtes que trois jours plus tard, autrement dit le 20 avril 2009. Un accord délivré juste avant même l’approbation de régularisation des plans du thonier senneur !

La question qui se pose actuellement est de connaître la raison d’une telle procédure biscornue visant à offrir hâtivement la possibilité au navire Belkis Dounia de participer à la saison de pêche 2009. Il n’est pas fortuit de penser qu’un lien peut exister entre les conditions draconiennes imposées par la Direction nationale de la pêche, en matière de pêche au thon, à la veille de l’ouverture de la saison et la hâte de permettre à ce navire de participer à cette saison.

Ce même navire qui est impliqué dans l’affaire des 400 tonnes de thon interceptées par les gardes-côtes sur un navire turc à Annaba, pêchées pour le compte de deux bateaux algériens. S’agit-il d’un blanchiment de captures avec la complicité d’un navire autorisé par la Direction de la pêche ? S’agit-il d’une action commandée du ministère visant à déjouer les tentatives de trafic impliquant les bateaux étrangers, notamment les bateaux turcs. Surtout si on rappelle le scandale du marché de construction de navires pour le compte d’armateurs algériens par le chantier turc Ana Group, dans le cadre du plan de relance du secteur de la pêche, où pas moins de 20 milliards de dinars ont été engloutis dans cette opération puisque des navires payés au prix fort n’ont jamais été remis à leurs propriétaires.

Le contentieux est toujours pendant entre les autorités turques qui s’en lavent les mains. Mais avec l’affaire des 400 tonnes de thon interceptées par les gardes-côtes sur un navire turc à Annaba et la caution de 67 milliards de centimes fixée pour récupérer ces bateaux, il est permis de se demander, en mettant les choses les unes à côté des autres, s’il ne s’agit pas là d’une riposte.

Par La Tribune

citoyen
10/09/2009, 15h26
Le thon rouge se vendait encore en plein centre de Bouharoun : la pièce transportée dans une brouette par l'heureux pêcheur qui l'avait attrapé et vendue par tranche. 5 musclés s'acharneront toute la soirée à couper la bête en morceaux à même le sol de la place publique. Muni d'une balance électronique le pêcheur vendait son thon 750 Da /Kg, une pièce de 50-60 Kg, prise sur une barque d'artisan pêcheur à quelques centaines de mètres de la côté.

Dire qu'il y a contrôle ferait sourire n'importe quel pêcheur, d'ailleurs les chalutiers traitent leurs affaires en dehors des eaux territoriales, les gros coups et les gros bonnets se rencontrent en haute mer, qu'il s'agisse de crevette ou de thon rouge, certains armateurs algériens se font payer en euro ou en dollar lorsqu'ils livrent une "commande".

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