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Voir la version complète : L’armement Boudemagh au bord de la faillite en Algérie


morjane
10/09/2009, 14h41
Créé en avril 2007 pour pratiquer l’activité de la pêche industrielle et l’exportation des produits d’aquaculture, l’armement Boudemagh qui dispose de deux thoniers Younes I et Younes II se trouve aujourd’hui au bord de la faillite. La raison, une décision du ministère de la Pêche en Algérie.

L’armement Boudemagh, qui a participé pour la deuxième année consécutive à la saison de pêche au thon rouge, a capturé en juin dernier quelque 560 tonnes qu’il a transférées dans une ferme d’engraissement en Tunisie en attendant de recevoir les «BCD», documents délivrés par la tutelle, lui permettant d’exporter sa marchandise. Le ministère de la Pêche refuse catégoriquement de délivrer ces documents, affirmant qu’il «ne peut cautionner l’opération de pêche menée en dehors des eaux sous juridiction nationale et, par conséquent, les demandes de notification de transfert sont rejetées».

Dans la correspondance adressée par le secrétaire général du ministère à l’armateur, il est même fait part qu’«il sera tenu compte, à l’avenir dans les relations qui vous lient à l’administration des pêches du non-respect de vos engagements vis-à-vis du ministère de la Pêche et des Ressources halieutiques».

Autrement dit, la société Boudemagh devra mettre la clé sous le paillasson. Et pourtant, il s’agit là d’un des rares armateurs algériens qui disposent des moyens et du matériel pour pêcher le thon rouge. M. Zane Yahia, directeur administratif de l’armement, qui reconnaît que les thoniers ont effectué des captures de thon en dehors des eaux sous juridiction nationale,
n’arrive pas à comprendre la décision de la tutelle puisque «la pêche a été faite dans le respect de la convention ICCAT et dans sa zone de pêche, tel que définit par les articles I et II de la convention de Rio 1966 ratifiée par l’Algérie le 28 novembre 2000. Il n’y a aucun article de loi qui interdit de pêcher dans la zone de convention.

La mesure du secrétaire général du ministère de la Pêche d’obliger les armateurs algériens à effectuer des captures dans les eaux territoriales n’est pas fondée. Ce dernier a soumis aux armateurs un engagement, à la veille de la saison de pêche, qu’il fallait obligatoirement signer faute d’autorisation». De quoi s’agit-il en réalité ? Et quelles sont les raisons qui poussent le ministère à sacrifier 560 tonnes de thon rouge de son quota national ?
Selon l’armateur Boudemagh, sa participation à la saison de pêche 2009 au thon rouge s’est faite dans le respect total des lois et conventions qui réglementent l’activité.

Ce dernier, qui a importé ses deux navires Younes I et Younes II de Turquie et après le constat de certaines imperfections, a procédé à leur mise à niveau en 2009 d’un million d’euros. A leur réception en mai 2009, les deux navires ont subi une inspection minutieuse de la tutelle qui a duré jusqu’au 1er juin. L’armateur a dû adresser, le 29 mai, une correspondance de dénonciation et de demande d’intervention au ministre de la Pêche pour lever les obstacles qu’il rencontrait alors que la saison de pêche était à une quinzaine de jours de la clôture. Après moult tergiversations, l’armateur obtient l’autorisation de quitter le port mais pas avant d’avoir signé l’engagement annoncé par le secrétaire général du ministère de la Pêche lors d’une rencontre houleuse qui l’a réuni avec les armateurs algériens début mai 2009. Un engagement faisant obligation aux armateurs notamment de pêcher le thon rouge dans les eaux sous juridiction nationale, de procéder au contrôle de l’ensemble du produit pêché en rade ou au port par les services compétents. «Aucun armateur n’était d’accord avec cet engagement mais, sans sa signature, il aurait été impossible de participer à la saison de pêche. Alors que la saison de pêche était ouverte, il n’était pas possible de mener un réel débat ou de polémiquer», a expliqué M. Zane, ajoutant que l’armement Boudemagh s’est soumis à toutes les autres conditions exigées par l’administration, à savoir l’embarquement des contrôleurs désignés par l’administration de la pêche à bord de ses deux navires, la fonctionnalité totale et permanente d’un système de suivi par satellite (VMS), la transmission du rapport de pêche dès la réalisation de la capture, le renseignement quotidien du journal de pêche, ainsi qu’au contrôle des équipements et de l’armement du navire en début de campagne. Younes I et Younes II qui ont quitté le port le 1er juin en direction du large pour «traquer» le thon rouge, ont réussi à faire des captures d’un total de 560 tonnes de thon rouge les 12, 13 et 15 juin mais dans les eaux de la zone de pêche ICCAT en dehors des eaux territoriales. «Ce qui est dans le respect de la recommandation 03-13 de l’ICAAT. De plus, les thoniers Boudemagh, qui répondent à la recommandation 02-22 de l’ICCAT relative à l’enregistrement des navires autorisés à pêcher dans la zone de convention, ont opéré également dans le respect de la recommandation 07-08 relative au système
d’enregistrement des données», explique de nouveau M. Zane.

Pourtant, et dans sa réponse de rejet de la demande des BCD adressée par l’armement Boudemagh au ministère de la Pêche, le secrétaire général a également fait état que «les opérations de pêche n’ont pas été signalées au moment de leur survenance», «le produit de pêche déclaré n’a pas été contrôlé par les services concernés» et «son transfert» vers les remorqueurs s’est fait «sans autorisation au préalable du ministère». «Ce qui n’est pas exact», soutient M. Zane qui précise que «les documents ICCAT dûment remplis par les capitaines des deux thoniers et paraphés par les contrôleurs mandatés par le ministère ont été transmis à l’administration. De même que des notifications préalables de transfert qui ont été dûment signées par les contrôleurs mandatés par le ministère, dans le respect de la recommandation 08-05 ICCAT ainsi que le renseignement quotidien du carnet de pêche et les formulaires de déclaration de capture».

M. Zane a également affirmé que les déclarations de transbordement/transfert de l’ICCAT ont été remplies et transmises. Quant au reproche : «le produit de pêche déclaré non contrôlé par les services concernés», M. Zane qui a expliqué que la condition du ministère de rapporter le poisson pêché aux ports «n’est pas cohérente, sinon à quoi serviraient les inspecteurs désignés à bord des navires par la direction de la pêche et qui sont censés peser et contrôler l’opération durant toute la campagne».

Face à toute cette incompréhension, l’armement Boudemagh soutient que, malgré «les lourds investissements et les sacrifices faits pour pouvoir honorer les engagements envers notre patrie et sauver le quota national, notre entreprise se retrouve aujourd’hui dans une asphyxie financière telle qu’elle risque la liquidation. Une trentaine d’employés risquent de perdre leur emploi»

Par la Tribune

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