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Voir la version complète : Teddy Riner: meilleur judoka du monde


morjane
10/09/2009, 18h03
Ça lui a pris comme ça, à Teddy Riner, spontanément, sans réfléchir, comme il tient à le préciser : à peine devenu champion du monde des plus de 100 kg, dimanche 30 août 2009, à Rotterdam -, c'était son troisième titre mondial - il a mimé l'usage d'une mitraillette pour manifester son plaisir. Il aurait pu trouver mieux, mais la veille du combat, il avait regardé Rambo, avec Sylvester Stallone. Sauf pour ses adversaires, qu'il envoie valdinguer sans pitié les uns après les autres, Teddy Riner n'a pourtant rien d'un Rambo.

Malgré ses 2,04 m et ses 130 kg, sa barbichette qui a du mal à le vieillir et à lui donner vraiment un air dur, le Guadeloupéen semble doux et tendre comme un agneau. Il a juste 20 ans.

Finalement, la métaphore de la mitraillette n'est pas mal choisie si l'on se réfère à la rafale de titres mondiaux qu'il pourrait accrocher à son palmarès. Plutôt réservé sur le sujet, il finit par admettre que sept, ce ne serait pas impossible, parce que c'est son chiffre porte-bonheur et que, bien sûr, trois médailles d'or olympiques, il aimerait ça. Mais ceux qui connaissent bien le judo pensent que, au rythme d'un championnat du monde par an, cela pourrait vite chiffrer.

"On me dit souvent que je ne sais pas où sont mes limites. C'est vrai que quand je rigole, je peux aller très loin." Plus sérieusement, il invoque son jeune âge pour excuser cette ignorance mais aussi le fait qu'il n'a pas de but précis. Mais, d'après lui, il saura très vite où se situent ses limites. En attendant, il cherche simplement à tout donner lorsqu'il monte sur un tatami, tant que son corps lui permet de le faire. "Parce qu'on ne sait pas de quoi demain sera fait."

Teddy Riner a commencé le judo à l'âge de 6 ans, par la force des choses : il lui fallait canaliser son énergie. Cela lui a plu tout de suite. Il commence les compétitions et finit par se faire remarquer, en minimes. La suite, c'est une farandole de titres dans les jeunes catégories. Et le bonheur : "Le judo et moi, on ne fait qu'un."

"Le judo est l'école de la vie", assène-t-il comme tous les sportifs qui disent cela de leur discipline. Teddy, lui, s'en est aperçu avec le temps. "Le respect, le contrôle de soi, la modestie, ce sont des choses qui servent dans la vie, parce que ce n'est pas facile, la vie." Mais encore ? "Dans la vie, si on ne respecte pas les autres, ça ne peut pas marcher ; le contrôle de soi sert à ne pas s'énerver, à ne pas crier, à ne pas taper sur quelqu'un ; c'est important d'être modeste par rapport à ses résultats, de ne pas se vanter ; et le courage sert à se lever tous les matins."

Avec le palmarès qui est le sien, ce serait pourtant facile de frimer un peu. Mais non, rien du tout ; tous les témoignages concordent. Pour être exact, cela lui est arrivé une fois, se souvient Paulette Fouillet, la responsable du pôle judo à l'Institut national du sport et de l'éducation physique (Insep) où Teddy Riner a fait ses classes. C'était en rentrant en cours après avoir obtenu son premier titre de champion d'Europe junior, en 2006, et ça n'a pas duré. Depuis, il ne suscite que des compliments.

"C'est vrai que je suis correct, je fais toujours les choses bien et mon entourage me permet de rester lucide, de garder la tête sur les épaules", avoue-t-il le plus simplement du monde. Cela est dû à l'éducation qu'il a reçue de ses parents. Une éducation également religieuse, qui le fait prier, aller à l'église : "C'est important de remercier le Seigneur."

Bref, Teddy Riner est irréprochable. Mais irréprochable ne veut pas dire réservé. C'est même loin d'être le cas si l'on en croit Fred Escalante, jeune Marseillais atteint d'une leucémie il y a un an, inséparable ami du champion depuis qu'ils se sont connus en équipe de France cadets. Teddy est le premier pour les plaisanteries. L'un de ses trucs favoris était de perturber le début des entraînements, qui ne pouvaient commencer sans une partie de foot, ce qui obligeait les entraîneurs à avancer les heures de rendez-vous.

"Quand il a envie de mettre le ******, de faire une blague, il va la faire jusqu'au bout, comme se balader nu dans les couloirs de l'Insep", s'amuse Fred Escalante. Teddy aime aussi mettre les gens mal à l'aise ou faire des sorties imprévisibles. Lors d'une réunion très sérieuse du Team Lagardère, auquel les deux judokas appartenaient, il a, tout d'un coup, demandé à Arnaud Lagardère : "Et toi, tu as combien d'enfants, au fait ?" Tout le monde a éclaté de rire.

Apparemment, personne ne prend mal les facéties du champion. "J'ai toujours été comme ça. J'ai toujours eu envie d'être joyeux, de rigoler, de m'amuser. C'est juste que j'ai besoin de ça", s'excuse presque l'intéressé. Mais quand il s'agit de travailler son judo, Teddy Riner - qui vient de passer le bac avec succès - est aussi le premier. "Quand on a fait des heures et des heures de boulot, qu'on s'est mis minable et qu'on prend du recul, on est fier de l'avoir fait."

Benoît Campargue, le responsable de l'équipe de France, ne dissimule pas son admiration. "Plus le défi est important, plus il se motive et plus il adore ça", constate l'entraîneur qui se fixe pour objectif d'emmener son poulain à la plus convoitée des médailles, l'or olympique. Le bronze obtenu aux JO de Pékin est la seule ombre au tableau de chasse du meilleur judoka français. Teddy Riner reconnaît avoir commis une erreur de jeunesse : il ne s'attendait pas à disputer des combats uniquement tactiques et s'est retrouvé complètement désemparé.

"Je n'aime pas perdre. Tout ce que je fais est toujours pour la gagne. Même dans la vie de tous les jours, j'essaie de donner le meilleur de moi", confie Teddy Riner. Le boxeur guadeloupéen Jean-Marc Mormeck appelle ça la rage de vaincre. Si le judoka arbore une telle confiance, cela n'est pas dû à son gabarit, estime l'ancien champion du monde des lourds-légers, mais à son bien-être et à son intelligence. "Quand tu ne fais rien de mal, tu es bien dans ta tête", explique le boxeur, qui compare son jeune compatriote à Mike Tyson, lui aussi champion du monde à 20 ans.

"Quoi ? Je suis le pitbull du judo ?", bondit en rigolant Teddy Riner. A choisir, il aurait préféré être comparé à Mohammed Ali, "celui qui bougeait partout". Pour lui, le judo se joue autant avec le corps qu'avec l'esprit, avec rapidité, lucidité et ce sixième sens dont il se dit doué pour sentir les adversaires comme les gens de tous les jours, au premier regard. Plus tard, il aimerait que l'on se souvienne de lui comme d'un jeune gars qui a remporté de belles médailles tout en se faisant plaisir.

"Me prendre la tête, je déteste ça. Le jour où je ne me ferai plus plaisir dans le judo ou dans la vie, il faudra que je règle ça au plus vite", lâche-t-il avec le petit rire, contenu mais intense, qui ne le quitte jamais.

Par le Monde
http://www.youtube.com/v/3i61G2cuffk&hl=en&fs=1&
http://www.youtube.com/v/dzc0pweJPnw&hl=en&fs=1&

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