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Voir la version complète : Le Hezbollah raconté par un journaliste algérien


mendz
04/10/2009, 23h05
Pour la première fois, j’ai eu l’opportunité de visiter Beyrouth, la ville de Mahmoud Derouiche et de l’artiste Marcel Khalifa que j’ai tant voulu découvrir pour mieux mesurer le boom qu’a connus le Liban. Cependant, il existe à Beyrouth, une région qui a ses traditions particulières. Il s’agit de la région Sud, le fief de Hizbullah, de la résistance et des martyrs dont j’ai tant voulu en pénétrer tous les secrets, avant de me retrouver à Hisbis au Sud du Liban.

Il m’a semblé impossible qu’un journaliste visite Beyrouth sans passer tous ces monuments qui reflètent les transformations politiques et sécuritaires du Liban, notamment, l’endroit où le martyr Rafik El Hariri a été victime d’un attentat et la région Sud du Liban, abritant le fief du Hizbullah et de la résistance ainsi que le siège du journal Al Nahar qui reflète tous les détails de la mémoire du Liban, nonobstant d’autres sites Historiques.
En voulant m’informer sur la route à suivre pour rejoindre la région Sud du Liban, un policier m’a conseillé de prendre le bus n° 12, un vieux bus comme tous les autres bus de Beyrouth d’ailleurs, qui assurent le transport, chaque cinq minutes, depuis le centre ville de Beyrouth, plus précisément du boulevard El Hamra, passant par Kola pour s’arrêter à Haret Hrik, le cœur de la région Sud.

Avant de descendre de ce bus, j’ai constaté dans le dernier arrêt, une pancarte indiquant le chemin vers la chaîne « El Manar », qui a lancé une guerre médiatique contre Israël, pendant la guerre de Septembre, où elle a subi les raids d’Israël, suite auxquels elle émettait provisoirement depuis le siège de la chaîne « LBC ». J’ai également constaté plein de posters de martyrs et les drapeaux de Hizbullah et du mouvement « Amal », ainsi que le poster du secrétaire général du Hizbullah, Hassan Nasrallah, outre le leader du mouvement « Amal » président du parlement Libanais Nabih Berri.
Je n’ai constaté aucun signe indiquant qu’une guerre a eu lieu dans cette ville. Le parti Hizbullah et ses entreprises de développement ont réussi à rendre vie à cette ville ou du moins effacer les traces de l’attaque Israélienne concentrée sur la région Sud et d’effacer les séquelles de la guerre de Septembre 2006.

Les images qui m’ont attiré et m’ont poussé à m’arrêter et enquêter

Avant même que je ne prenne la cinquième photo, un membre du Hizbullah m’a interpellé, m’invitant à décliner mon identité et pourquoi je prenais ces photos. Je lui ai répondu que l’étais journaliste algérien et je lui ai présenté alors ma carte professionnelle. Il n’a toutefois pas semblé convaincu puisqu’il a reçu des instructions sévères. Il a fait usage de son talki walki et envoyé un message urgent appelant une personne à se présenter sur les lieux en urgence. Quand la deuxième personne est arrivée, elle m’a demandé de ne pas m’inquiéter et qu’il ne s’agissait que d’une opération de routine. Il m’a présenté à une autre personne et quitté les lieux dans une moto. Avant de prendre congé, il a fait l’éloge des algériens et de l’Algérie pour sa position sur la question du Liban, de la Palestine et de Hizbullah. Il m’a proposé un verre de jus dans une boutique juste à côté et c’est là que j’ai su qu’il s’agissait d’une tour de contrôle.

J’ai rassuré cet homme en lui répondant que je comprenais parfaitement la situation…quelque temps plus tard, une voiture rouge de marque Express s’est arrêtée sur les lieux. Un troisième homme est descendu et m’a demandé de patienter un moment et m’a expliqué que le responsable de la sécurité de cette « Hara » arrivera d’un moment à un autre. Et sans que personne ne s’en aperçoive, Hadj Slimane a déboule sur une petite moto, s’est présenté et m’a demandé mes papiers. Il m’a rassuré une seconde fois qu’il faisait partie du Hizbullah et qu’ils vont m’emmener à un de leurs locaux tout près du siège de leur parti pour s’assurer de mon identité .Une fois les vérifications faites Hadj Slimane a ordonné au conducteur de la voiture « Express » dans laquelle ils m’ont emmené à me déposer dans un des sièges de leur parti les plus proches.

Nous avons emprunté de petites ruelles dont certains commerçants avaient occupé les trottoirs par leurs marchandises avant d’arriver vers un virage qui mène vers le camp de Bordj el Bredjna, réservé aux réfugiés palestiniens, en majorité des femmes Chiites qui portent un long Hidjab et portent le voile d’une manière très particulière, alors que d’autres palestiniennes arborent différentes sortes de hidjab et le voile d’une manière ordinaire. On trouve dans la plupart des magasins palestiniens des pancartes palestiniennes et des posters du Cheikh Yacine, de Yasser Arafat et autres figures emblématiques de la résistance palestinienne.
Par ailleurs, on retrouve dans presque tous les magasins Libanais, situés dans la région Sud, les posters de Hassan Nasrallah et du martyr Imad Maghnia et de Khumaini, des cheikhs de la Chia et les slogans de Hizbullah.

En plein poste de sécurité du Hizbullah

Nous sommes arrivés en voiture à un petit local de Hizbullah, la voiture qui nous a emmené a quitté les lieux en vitesse. Son conducteur a, avant ça, demandé au responsable Hadj Slimane s’il avait besoin de quelque chose ou autre service mais Hadj Slimane lui a dit que tout allait bien et lui a demandé de partir. Il m’a ramené une chaise et m’a commandé un café et une bouteille d’eau. Je me suis assis dans la cour de ce siège alors que lui, il est resté debout entrain de guetter tout mouvement suspect et de surveiller à sa manière. 15 minutes après, une jeune dynamique, qui semble avoir sa place dans ce corps de sécurité du Hizbullah, étant donné que tout le monde l’a salué en arrivant. Il m’a demandé mon passeport et ma carte professionnelle et a commencé tout de suite à m’interroger : pourquoi es-tu venu au Liban ? Comment es- tu entré au Liban ? Quelle est l’institution qui t’a convoqué au Liban et quels sont les noms de ses responsables ? Dans quel hôtel tu résides à Beyrouth ? T‘es -tu rendu vers d’autres lieux au Liban ? Pourquoi es- tu venu au Sud du Liban et à Harat Hrik ? Pourquoi as-tu pris ces photos ? Quelle est la nature du journal pour lequel tu travailles ? Pourquoi n’es tu pas passé par le bureau médiatique du Hizbullah ?

Je lui ai alors répondu que ma visite au Sud Liban n’était pas prévue dans mon calendrier et que je n’avait pas l’intention de faire un travail journalistique sur le Hizbullah ou la résistance ou tout autre sujet y afférent et que cela demandait de longs préparatifs que je n’ai pas pu faire suite aux circonstance de ma visite à Beyrouth. L’enquêteur en question transmettait, entre chaque question réponse, mes propos à une source que j’ignorais.

Il a ensuite commencé à me poser des questions d’ordre général sur l’Algérie et la situation sécuritaire, sur le terrorisme et sur les partis Islamiques et leur situation en Algérie. J’ai gardé mon self-contrôle, étant donné que je n’avais pas intérêt à me montrer nerveux, d’autant qu’il s’agissait d’une enquête sécuritaire suite à la position du parti qui m’interrogeait, l’état des lieux et la nature sensible des circonstances.
Ce calme que j’ai montré était dû à ma position personnelle sur le Hizbullah, que je considère comme une résistance islamique et arabe qui a relevé la tête des arabes et des musulmans depuis Maroun Er Ras jusqu’à Bent Djebil et Beyrouth et libéré les familles, ce qui leur a permis de causer des préjudices énormes à Israël plus que les armées et gouvernements arabes réunies. Ma réaction était également due à mon respect au secrétaire général du Hizbullah, cheikh Nasrallah.

L’enquêteur de Hizbullah m’a rendu mon passeport ainsi que ma carte professionnelle après les avoir photocopiés et s’est excusé pour ma détention et m’a demandé de passer obligatoirement par le bureau médiatique du Hizbullah pour faciliter ma mission de journaliste dans la région. Après deux heures de détention, il m’a expliqué que ça a été pour des raisons purement sécuritaires et m’a chargé de transmettre les salutations du Hizbullah au peuple algérien et ordonné aux agents de la sécurité de me raccompagner. Je suis revenu, après ça, de Harat Hrik au boulevard Hamra plein de vie et entièrement différent de la région Sud.

El Khabar

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