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05/10/2009, 20h18
05/10/2009 | Par : Stéphane Ballong

Alors que la profession prévoit une stagnation, voire un recul, du marché mondial en 2009, les deux destinations phares du Maghreb affichent des résultats honorables.

Il y a finalement eu plus de peur que de mal. Les craintes d’une grave répercussion de la crise sur le secteur touristique exprimées en début de saison au Maghreb par les professionnels ne se sont pas concrétisées. À en croire les statistiques, les principales destinations de la région, le Maroc et la Tunisie, ont plutôt bien résisté à la récession qui frappe de plein fouet l’industrie mondiale du voyage. Par rapport aux destinations occidentales, surtout européennes, les deux pays affichent des résultats satisfaisants.

Des résultats dont l’analyse montre cependant deux phénomènes opposés. D’un côté, le royaume chérifien accueille un nombre de visiteurs en hausse par rapport à la haute saison de l’année dernière, mais il en a tiré moins de revenus. De l’autre, la Tunisie augmente ses recettes touristiques, mais connaît une moindre hausse de ses fréquentations.

D’après nos calculs, sur la haute saison touristique de cette région, c’est-à-dire celle qui s’étend de mai à fin juillet, ce sont près de 2,3 millions de touristes qui ont visité la Tunisie, ce qui représente un chiffre sensiblement égal à celui de la même période de 2008 (+ 0,28 %). Tandis que le Maroc voit ses entrées touristiques passer de 2,7 millions à 2,9 millions de touristes (+ 7 %) sur ces trois mois. Les chiffres officiels indiquent que, pour le seul mois de juillet, 1,59 million de voyageurs ont visité le royaume chérifien, soit une hausse de 6 % par rapport au même mois de l’année dernière. Les nuitées enregistrées dans les établissements d’hébergement classés ont également suivi cette tendance sur le mois (+ 4 %). Au total, de janvier à juillet 2009, le Maroc a accueilli plus de 5 millions de touristes, contre 4,7 millions sur la même période en 2008.

Toutefois, depuis le début de l’année, les nuitées et le taux d’occupation des chambres ont baissé respectivement de 2 %, à 9,5 millions, et de 4 points, à 42 %. À cet antagonisme, Hamid Addou, le directeur général de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) donne son explication : « Du fait de la crise, les touristes, pour la plupart des Européens, disposent de budgets de plus en plus restreints. Par conséquent, ils restent moins longtemps dans les hôtels et dépensent moins dans les divertissements. » De fait, les recettes tirées de l’industrie du voyage ont baissé de quelque 10 % sur un an, pour s’établir à 2,57 milliards d’euros. Une autre raison de cette baisse des nuitées au Maroc est qu’une bonne partie des entrées dans le pays est le fait des Marocains résidant à l’étranger (MRE), qui consacrent, bien sûr, moins de dépenses en hébergement touristique. Or leur nombre a progressé de 7 % cet été, contre une hausse de 3 % « seulement » pour les étrangers.

Arrivée record d’Algériens

En Tunisie, la situation est bien différente. Sur les sept premiers mois de l’année, selon les données fournies par le ministère du Tourisme, les recettes tirées de cette activité ont augmenté de 2,4 %, à 970,7 millions d’euros. Et cela alors même que les nuitées ont, elles, reculé de 6,3 % par rapport aux sept premiers mois de 2008 et que les arrivées internationales ont peu progressé, passant de 3,91 millions de visiteurs à 3,96 millions (+ 1 %). Comment expliquer qu’à fréquentation sensiblement égale, avec nuitées et taux de remplissage en recul, la Tunisie parvienne à augmenter ses recettes ? Les spécialistes affirment que, si les touristes restent beaucoup plus longtemps en Tunisie, ils dépensent beaucoup moins d’argent dans l’hébergement et davantage dans les loisirs (circuits…) et les divertissements.

Cet été, le salut de la Tunisie, fidèle à sa politique de tourisme de masse, contrairement à son concurrent marocain qui vise le haut de gamme, est venu de ses autres voisins. Les chiffres officiels font état de fortes entrées en provenance de la Libye (1,18 million de touristes, + 18,2 %) et de l’Algérie (plus de 529 000 visiteurs, + 11,6 %). Le nombre de touristes algériens a même atteint son plus haut niveau historique entre juillet et août, d’après les statistiques du ministère. Une aubaine puisqu’ils sont aussi les plus dépensiers. En moyenne, les Algériens déboursent pendant leur séjour en Tunisie 500 dollars par semaine.

Au total, dans une conjoncture internationale difficile, « le Maroc et la Tunisie ont limité la casse », affirme René-Marc Chikli, président de l’association des tour-opérateurs français (Ceto). Les deux pays devraient donc sauver leur saison, même si le ramadan risque d’avoir un effet négatif sur les chiffres des mois d’août et de septembre. Mais le bilan restera honorable, surtout au regard de la situation des principaux marchés occidentaux, notamment ceux d’Europe, qui connaîtront une année catastrophique. Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), l’Espagne, jusqu’à présent deuxième destination touristique mondiale, vient de perdre cette place au profit des États-Unis, qui ont profité de la faiblesse du dollar. La péninsule Ibérique, qui tire 11 % de son PIB de l’industrie du tourisme, a vu le nombre de ses visiteurs baisser de 10 % cet été.

Des stratégies efficaces

Il faut croire que les différentes mesures prises au Maroc et en Tunisie ont porté leurs fruits. Notamment les intenses campagnes publicitaires menées sur les principaux marchés émetteurs. « Le Maroc comptait parmi les cinq premières destinations les plus présentes dans les médias français, selon l’agence de mesure d’audience Médiamétrie », explique Hamid Addou. Tout en se maintenant sur le créneau du luxe, le royaume chérifien s’est adapté à la crise mondiale en optant pour un léger décrochage des tarifs (entre – 10 % et – 15 %) sans pour autant brader.

Son plan Cap 2009, qui rentre dans le cadre du programme « Vision 2010 » et qui vise à porter le nombre de touristes au Maroc à 10 millions de visiteurs d’ici à l’année prochaine, a visiblement permis d’atténuer l’impact de la crise. Une résistance de la position marocaine qui a un coût, avec, notamment, l’augmentation de 10 %, à 13,5 millions de dollars, du budget de l’État destiné à vendre la destination Maroc en Europe. « Certes, aujourd’hui, l’objectif fixé pour 2010 pourrait être reculé de quelques mois, voire d’un an, mais les investissements, affirme Hamid Addou, nous permettent de préserver nos parts de marché. »

La Tunisie, elle aussi, a maintenu ses investissements dans son industrie touristique. Sur l’ensemble de l’année 2009, quelque 35 millions d’euros auraient été débloqués pour promouvoir cette industrie auprès des principaux marchés émetteurs. Par ailleurs, le pays investit dans des manifestations culturelles, le renforcement du transport aérien international et dans la rénovation des hôtels pour attirer de plus en plus de voyageurs.

Si officiellement, chiffres à l’appui, les deux pays vantent leur capacité de résistance, la crise a cependant fait des victimes parmi les professionnels de l’ensemble des pays du bassin méditerranéen. Selon Étienne Pauchant, le président fondateur de la Mediterranean Travel Association (Meta), « les annonces des pouvoirs publics sont contestées. Les professionnels de la région viennent de vivre l’une de leur plus mauvaise année touristique depuis plusieurs années dans le bassin méditerranéen ».

René-Marc Chikli confirme : « Sur la saison (de mai à juillet), le chiffre d’affaires de l’ensemble des activités moyen-courrier est descendu de 12 % en moyenne, et ce recul se situe à – 10 % pour les destinations Maroc et Tunisie. » Mourad Najjar, le responsable d’Alliance Travel Service, une jeune agence de voyages ouverte en 2007 sur l’île de Djerba et spécialisée dans les circuits tout inclus, va dans le même sens : « Jusqu’à la fin 2008, explique-t-il, les activités ont bien marché. Mais, depuis, tout tourne au ralenti, et les choses ne se sont guère améliorées cet été. Nous avons enregistré une série d’annulations. Ont été particulièrement difficiles, cette année, les mois de février, de juin et de juillet. » Pour relancer leurs activités, les tour-opérateurs, à l’instar de celui de Mourad Najjar, partent à la conquête de nouveaux marchés (États-Unis, Italie…).

Jeune Afrique

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