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Voir la version complète : Confessions d'Assekrem de Azzeddine Mihoub


morjane
08/10/2009, 16h17
C’est, soit dit en passant, pour cette raison, que confessions médiatiques de Azzeddine Mihoubi sur ses Confessions d'Assekrem , sont l’aveu d’un travail d’écriture concerté, préconstruit, ayant en vue à la fois la bonne structuration de l’œuvre, sa bonne facture littéraire et poétique, ainsi que la validité de sa trame pour un destin plastique.

Complexe, mais puisant ses références à un imaginaire local et universel, Confessions d’Assekrem, mobilise les ressorts dramatiques de la fiction tout en les soumettant à l’épreuve de faits historiques.

Ce choix a rendu nécessaires des digressions temporelles qui se servent des anachronismes comme autant de moyens de confronter, dans l’espace épique de l’Ahaggar, des moments historiques de grande violence du genre humain.

Azzeddine Mihoubi, même poète, ne s’est pas laissé entraîner, à travers cette œuvre, dans les méandres sinueux de la poésie, prenant le soin de donner une très forte lisibilité à son texte, recherchant, comme il le constate lui-même, une efficacité symbolique ; effet que produit, sur le lectorat, l’installation de faits réels et de personnages historiques familiers, dans une trame romanesque conjuguée à un futur hypothétique.

Fils d’une Algérie qui a vécu les affres de la violence et dont lui-même fut un témoin assidu par l’écriture de plusieurs romans, Azzeddine Mihoubi campe ce contexte algérien tout en projetant sa fiction dans un universel libéré des contraintes de l’espace et du temps.

La bombe atomique sur Hiroshima, la Guerre d’Algérie, le terrorisme, les événements du 11 septembre, et d’autres faits encore tout aussi tragiques, sont autant de jalons référentiels dont le point commun est la violence, la souffrance humaine, mais aussi le désir de vengeance de ceux qui les ont vécus ou subis.

En conséquence de quoi, l’auteur propose lui-même, des clés du roman qui ne sont autres que des sentiments humains, à savoir la violence, la trahison, l’angoisse, le pardon et l’aspiration à la liberté.

S’il est plus aisé pour un écrivain de se livrer à un travail de fiction pure ou encore de convoiter l’essai philosophique ou historique, il est par ailleurs très ardu de tisser, dans une même trame, les éléments des deux genres, tant la complexité que cette mixture induit, requiert une condition de maîtrise structurelle et scripturale ainsi qu’une originalité pertinente dans la conception et la confection des liens aussi bien pour les différentes parties du roman, entre elles, que pour les différentes époques référencées historiquement, et la fiction. Confessions d’Assekrem a exigé quatre années de travail, de recherches et d’élaboration proprement dite pour se livrer enfin à son auteur, mais il semble, par cet effort et ce recul temporel, avoir permis à Azzeddine Mihoubi d’être, sinon le meilleur lecteur de son roman, du moins le mieux avisé par rapport à ce qu’il n’a pas voulu lui faire dire.

Sur son niveau d’engagement en tant qu’écrivain et intellectuel dans cette œuvre, Azzeddine Mihoubi, s’il sacrifie, un tant soit peu, à la fantaisie et à l’imaginaire, n’en réussit pas moins à produire un texte très sérieux, posant les bases d’une réflexion sur le phénomène de la violence collective dont les épisodes ne cessent de se succéder et de se ressembler étrangement. Confessions d’Assekrem est le roman d’une confession, comme l’indique si bien le titre, sur la culpabilité humaine où la prise de parole de protagonistes représentatifs des antagonismes qui secouent le monde, brise le silence, comme pour faire le bilan et le procès à la fois du passé et du présent, dans un espace-temps futur prophétisé, mais pas si lointain que cela. 2040 n’est-elle pas une date fétiche pour les prospectivistes qui s’appuient sur toutes sortes d’instruments rationnels et irrationnels pour situer leurs révolutions ?

Les lecteurs de Confessions d’Assekrem iront à la rencontre d’étranges locataires d’un hôtel voué au néant, car construit sur les fondements de la haine, de la souffrance et de la vengeance. Ils iront aussi à la rencontre de l’auteur qui reconnaît avoir fondu dans l’œuvre et qui en fait une exigence circonstanciée qui définit, impérativement, le pacte qui le lie avec les lecteurs : «Si tu ne deviens pas toi-même le héros et le narrateur, et ne deviens les détails mêmes qui occupent l’espace du roman, alors tu ne dois même pas écrire. (…) Je suis demeuré longtemps captif de ces jalons, jusqu’à la parution du roman.» (*)

Paru en arabe aux Editions El Beyt, de l’association El Beyt pour la culture et les arts, dirigées par Aboubakr Zemmal, Confessions d’Assekrem est en cours de finalisation de sa traduction en français par la plume de Mehenna Hamadouche, et promet d’avoir un impact, au moins, d’égale importance que celui que la version originale continue d’avoir sur le lectorat arabophone, pour peu que l’auteur, qui en parle avec une grande générosité, s’abstienne d’en donner tous les détails et d’en éventer les savoureuses péripéties.

(*) Propos extraits de l’interview de Azzeddine Mihoubi accordée au journal arabophone Al-Arab.

Par la Nouvelle République

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