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Voir la version complète : Europe: marathon à huis clos pour choisir un président


morjane
19/11/2009, 17h10
C'était le sommet où l'Europe, enfin libérée des lourdeurs institutionnelles, allait se choisir un visage, une voix et insuffler un peu d'air frais. À quelques heures de l'échéance, cela s'annonce plutôt comme un marathon à huis clos, où chacun des Vingt-Sept s'avance masqué et troque une faveur contre une autre.

Lors d'un dîner à Bruxelles, les dirigeants européens doivent désigner jeudi soir le «duo» exécutif dessiné par le nouveau traité de Lisbonne. D'abord le président du Conseil, visage de l'UE. Son autorité semble rétrécir à mesure qu'approche l'heure du choix. Le premier ministre belge Herman Van Rompuy tiendrait la corde, après que Tony Blair s'est laissé distancer, malgré les vivats de Londres. L'Europe a le droit de rêver d'un vrai patron, les Vingt-Sept restent soucieux de leurs prérogatives. Ils préfèrent l'équivalent d'un secrétaire général. Le traité le prive déjà du droit de vote.

La désignation du haut représentant, voix de l'Europe et de sa politique étrangère, est le second dilemme de la soirée. David Miliband, chef du Foreign Office, apparaissaitcomme le favori des Européens pour s'imposer comme l'alter ego de Hillary Clinton, Sergueï Lavrov ou Wang Qishan. Mais c'était cette fois contre l'avis de Gordon Brown. Deux solutions de rechange se dessinent plus nettement que les autres. Massimo d'Alema, ex-ministre italien des Affaires étrangères et opposant que Silvio Berlusconi souhaite peut-être éloigner. Plus récemment Miguel Angel Moratinos, chef de la diplomatie espagnole, est entré en lice. Madrid prendra la présidence tournante de l'UE le 1er janvier. La présidence suédoise, chargée de défricher le terrain, n'a pas eu la tâche facile. Elle doit concilier sur deux noms les intérêts contradictoires des Vingt-Sept, grands contre petits, Ouest contre Est, droite contre gauche.

Ces derniers jours, Stockholm gardait sur les bras une vingtaine de pressentis. Pour ajouter à l'opacité, aucun ne s'est déclaré publiquement. Tous craignent de lâcher la proie (nationale) pour l'ombre (européenne). La seule à avoir annoncé la couleur est l'ancienne présidente lettone Vera Vike-Freiberga. Elle surfe sur une campagne médiatisée, dans l'espoir de donner un visage de femme à l'Europe. Il n'est pas sûr que le thème retentira vendredi soir à huis clos, avec seulement deux femmes autour de la table : la chancelière Angela Merkel et la présidente lituanienne Dalia Grybauskaite. Après avoir fait monter les enchères autour du traité de Lisbonne, la machine européenne doit maintenant répondre aux attentes qu'elle a soulevées. Le dîner doit durer trois heures, «il pourrait aussi prendre toute la nuit», avertit le premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt. Par précaution, la représentation de Stockholm aurait déjà passé la commande du petit déjeuner de demain matin.

«Une caricature de démocratie»

De bonne guerre, l'eurodéputé vert Daniel Cohn-Bendit dénonce «une caricature de démocratie». Plus lourds de conséquences seront les regards lancés depuis Washington, Moscou ou Pékin sur l'Europe des Vingt-Sept si elle s'avère incapable de leur fournir des interlocuteurs à la hauteur de ses ambitions. Une fois la poussière retombée, peut-être faudra-t-il aussi s'interroger sur la manière dont la Suède mais aussi les grandes capitales ont géré ces nominations aussi prévisibles qu'improvisées.

Comme souvent à Bruxelles, un train peut en cacher un autre. Dans un scénario de contagion bien rodé, la sélection du duo de tête a fini par impliquer toute une série de nominations qui s'annoncent en aval, notamment dans l'équipe Barroso II. Si la France et l'Allemagne sont délibérément absentes de la course qui doit se nouer jeudi soir, c'est qu'elles lorgnent activement sur les portefeuilles (économiques) les plus lourds de la future Commission. Quant à l'inflexible soutien du Royaume-Uni à Tony Blair, il peut aussi se révéler comme une précieuse monnaie d'échange, le moment venu.

Par le figaro

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