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Voir la version complète : Les non-voyants en quête de reconnaissance en Algérie


morjane
03/12/2009, 14h39
Outre un handicap hérité, les non-voyants continuent de subir, sans mauvais jeu de mots, de ténébreuses entraves de l’administration en Algérie.

Rencontré hier, à la veille de la Journée internationale des handicapés, le président de Irada, une association nationale de soutien et de promotion des handicapés visuels et leurs enfants, crient leur désespoir face à ce qu’ils qualifient de négligence des pouvoirs publics à leur encontre.En effet, M. Abdelkrim, président du bureau national, déclare avoir frappé à toutes les portes pour faire entendre sa voix, en vain. “Un non-voyant est déjà, de par son handicap, confronté à de multiples problèmes dans sa vie de tous les jours, si en plus les administrations et le gouvernement se mettent de la partie pour augmenter son handicap, alors que deviendra-t-il…?”

Pour M. Abdelkrim, il est impératif que l’Etat prenne en charge le non-voyant à sa naissance pour lui faciliter l’accès à l’éducation.

Selon lui, les besoins d’une école spécialisée dans l’enseignement du braille à Bouira se fait énormément pressant. “Les non-voyants sont toujours obligés de se déplacer jusqu'à Bordj Menaiel pour poursuivre leur scolarité, une contrainte qui ne facilite le cursus scolaire de ces handicapés. Pourtant, une classe ou deux peuvent être aménagées au niveau de l’école des jeunes sourds-muets de Bouira, en attendant le centre spécialisé qui doit voir le jour à Sour El Ghozlane.”

Le matériel pédagogique pour les non-voyants est également un manque que souligne notre interlocuteur. “Une tablette en plastique nécessaire pour écrire en braille se vend autour de 3000 DA l’unité, et en plus de sa cherté elle est introuvable. De même pour les montres à cadran braille” Toutefois, l’enseignement en braille dans des écoles ne suffit pas. Il faut qu’en fin d’études, les étudiants puissent trouver du travail, et là ce n’est pas une chose aisée. Pour preuve, Fatima D., non-voyante est une jeune diplômée, originaire d’El Esnam. Après avoir décroché, en 2002, une licence en lettres arabes à l’ENS d’Alger, elle n’a toujours pas réussi à décrocher un poste de travail.

Pour le président de l’association Irada, il faut impérativement que la réglementation soit appliquée dans toute sa rigueur pour que les non-voyants puissent accéder à des postes d’emploi à travers les administrations et les entreprises publiques. “

Depuis la dissolution de l’Enabros (entreprise étatique qui employait majoritairement des non-voyants, ndlr), les non-voyants se retrouvent voués à eux-mêmes, nous souhaiterions que le wali organise une rencontre avec les directeurs de l’exécutif de wilaya et les non-voyants pour nous permettre de lui parler des opportunités qui existent dans les administrations quant à l’emploi des non-voyants.”

Sur un autre volet, et à propos du transport, notamment les nouvelles mesures prises par le ministère de Djamel Ould Abbas concernant la carte du transport au profit des non-voyants, cette frange de la société est unanime à décrier cette pratique jugée inappropriée. En effet, l’ancienne carte délivrée par les services de l’Action sociale, renouvelable chaque trimestre, a été changée par un “bon de transport” pour lequel le non-voyant doit en définir la destination et les motifs du déplacement. Une nouvelle mesure, mise en application depuis septembre dernier, a soulevé un tollé. “Imaginez un instant un non-voyant, résidant à Aghbalou, qui doit se déplacer jusqu’à Bouira pour demander un bon pour se rendre à Alger. C’est insensé, une fois arrivé à Bouira il préférera aller directement sur Alger au lieu d’aller à la DAS pour avoir son bon de transport si toutefois les raisons invoquées sont admises par l’administration. Car il arrive que le bon soit refusé si les motifs sont jugés non valables.”

Les non-voyants de la wilaya de Bouira interpellent également le premier responsable de la wilaya pour les aménagements en ville afin que les trottoirs soient accessibles et ne soient pas parsemés d’obstacles tels des lampadaires ou des arbres qui les empêcheraient de se mouvoir. Le droit au logement, l’application de la réduction de 40% du loyer pour les logements OPGI, et surtout la revalorisation des pensions sont autant de difficultés que rencontrent quotidiennement les 2000 non-voyants de la wilaya de Bouira ainsi que les 200 000 autres recensés à l’échelle nationale.

Pour M. Abdelkrim, qui lui a fallu des années de galère pour trouver un local pour l’association Irada, il est grand temps que les choses bougent. Le siège en question situé au premier étage de la gare routière est exigu et surtout insalubre. Pour y accéder, même une personne non handicapée ne pourrait supporter les effluves d’urines s’écoulant des escaliers, sans parler des excréments qui jonchent le sol.

Les autorités locales sont vivement interpellées par les non-voyants de Bouira, excédés qu’ils sont par un certain laxisme affiché à leur égard. Lorsque nous abordons avec les non-voyants la journée internationale des handicapés qui leur est aujourd’hui dédiée, c’est avec un dépit révélateur qu’ils déclarent ne plus vouloir de cannes blanches, mais “juste un peu de considération.”

Par La Dépêche de Kabylie

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