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Voir la version complète : Taoufik Ben Brik, la mauvaise conscience du régime tunisien


morjane
03/12/2009, 17h14
Condamné jeudi dernier, veille de l’Aïd, à six mois de prison ferme, le journaliste et écrivain Taoufik Ben Brik, a été transféré à la prison civile de Siliana, à plus de 200 km de sa famille qui réside à Tunis. «Une mesure habituelle», selon un communiqué officiel ! Soit. Reste que le plus grave est que l’administration pénitentiaire tunisienne a mis 11 jours pour informer son épouse de son transfert alors que le journaliste Taoufik Ben Brik est atteint du syndrome de Cushing (absence de défense immunitaire), nécessitant un traitement médical contraignant.

Le journaliste, qui a entamé une grève de la faim, est en réel danger.

Selon l’accusation, Taoufik Ben Brik a été condamné pour «faits de violence, outrage aux bonnes mœurs et dégradation volontaire des biens d’autrui», sur la base d’une plainte émanant d’une certaine Rym Nasraoui (28 ans), absente d’ailleurs à l’audience de jeudi dernier, présentée comme «une femme d’affaires». Celle-ci a accusé le journaliste d’avoir embouti sa voiture, de l’avoir frappée et injuriée devant deux témoins ! Présentée ainsi par les autorités tunisiennes, il ne s’agit pas d’un procès politique mais d’une banale affaire de droit commun. Une accusation que Ben Brik a d’emblée réfutée lors de sa comparution devant le tribunal. «Je suis la victime et non l’accusé dans cette affaire entièrement montée par la police politique», a-t-il rétorqué au juge qui l’interrogeait sur les charges retenues contre lui. Pour son avocate Radhia Nasraoui, les faits sont tout autres. «C’est une affaire montée de toutes pièces, affirmait-elle, dans les colonnes de l ’Humanité. «On sait que Taoufik ne peut pas attaquer une femme, comme ça dans la rue. Il était d’ailleurs avec sa fille. Lorsque l’incident s’est produit, il m’a immédiatement appelée pour me dire qu’il n’arrivait pas à comprendre qu’une femme l’ait attaqué alors qu’il ne lui avait même pas adressé la parole. Elle prétendait qu’il avait touché sa voiture alors qu’il n’y avait rien. Il a tenté de l’expliquer à cette femme mais il a vite compris qu’elle cherchait à créer un incident. Elle s’est jetée sur lui, a déchiré sa chemise, a commencé à crier et à demander qu’il l’accompagne au poste de police. Tout ça s’est passé devant l’école de sa fille. Il est monté dans sa voiture et il est parti. Le dossier lui-même montre que c’est une affaire montée de toutes pièces.

Taoufik Ben Brik n’a pas bénéficié d’un procès équitable.

Dès le départ, les avocats ont essayé d’expliquer qu’il fallait renvoyer l’affaire, même pour quelques jours, pour la préparer. Le président du tribunal n’a rien voulu entendre. Pourtant, Taoufik avait déposé une plainte pour faux en écriture. Il s’est, en effet, aperçu que les signatures figurant sur le procès-verbal n’étaient pas les siennes», conclut l’avocate. Et pour Kamel Djendoubi, président du réseau méditerranéen des droits de l’homme, la seule arme qu’il ait, c’est l’écriture et elle fait visiblement peur au régime tunisien».

La condamnation de Ben Brik est symptomatique du contexte répressif frappant la Tunisie.

Les quelques journaux osant émettre des critiques contre le régime du président Ben Ali sont l’objet de tracasseries diverses. C’est le cas d’ El Tarik Ettajdid,organe du parti Ettajdid (communiste) et d’ El Mawkaf organe du Parti démocratique progressiste (PDP). C’est le cas de ces voix qui s’élèvent pour revendiquer une Tunisie démocratique respectueuse des droits de l’homme, comme Sihem Bensedrine, aujourd’hui en résidence surveillée, et de tant d’autres militants politiques, syndicaux et de la société civile.

En principe, réélu avec plus de 89 % de voix, le président Ben Ali ne devrait craindre personne puisque d’après ce score, l’opposition ne représenterait jamais qu’un peu plus de 10 % d’électeurs.

Dès lors, pourquoi cet acharnement contre des individus faisant partie de cette opposition minoritaire ? De quoi a-t-il peur dans un pays où le verrouillage médiatique est tel que l’opposition a du mal à faire entendre sa voix ?

Par Hassane Zerrouky, Le Soir

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