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Voir la version complète : Quand le H1N1 vient gâcher la fête de l'Aïd en Algérie


morjane
08/12/2009, 17h32
En Algérie, nous fêtons, depuis une dizaine de jours, l’Aïd El Adha. La fête n’est pas encore finie pour la simple et unique raison que les visites de courtoisie, notamment chez les beaux parents des filles mariées, se poursuivent souvent quelques jours après la fête, voire quelques semaines, selon le nombre de filles mariées que compte la famille. Cet Aïd ne ressemble, en effet, pas aux précédentes fêtes. Les gens semblent d’ailleurs souhaiter que le manque de bonne foi et de solidarité fassent que les visites et fameuses tournées soient plus courtes et plus rares même.

La semaine dernière, l’ambiance tendait plutôt à la panique qu’à la joie que devait générer un jour de fête. La cause ? Rien d’autre que les dernières évolutions qu’à connu la pandémie de la grippe A (H1N1) en Algérie en particulier et dans le monde, en général. Les chiffres sont effarants quant au dernier bilan des décès causés par la pandémie.

La simple bise de l’Aïd est devenue un supplice pour certains. Il n’a pas été facile pour la plupart d’entre nous de refuser une poignée de mains ou une joue tendue. Il n’a évidemment pas été aisé non plus d’éviter de vexer nos proches en demandant de se laver les mains après les chaleureuses salutations.

Ils ne sont pas nombreux à prévoir des solutions pour ce genre de situations. Pourtant, il en existe. Les plus prévoyants en ont, en tout cas trouvé.

Des petites «ruses» pour ne pas vexer autour de soi se sont imposées durant la fête de l’Aïd. Hayet fait partie de ces personnes qui ne veulent pas attendre d’attraper le virus H1N1 pour se rendre compte de la gravité de la situation.

Les derniers chiffres publiés par l’Organisation Mondiale de la Santé et les dernières informations concernant la mutation du virus la hantent. Elle est terrorisée, depuis même les premières annonces de cas de grippe porcine, au Mexique, il y a quelques mois. Hayet qui a cogité plus d’une nuit, avant le jour de l’Aïd, quant au moyen d’éviter la bise ou éventuellement se laver juste après, n’a rien trouvé de mieux que de dissimuler un flacon de gel hydro- alcoolique dans la poche de sa veste. Une simple pression lui suffisait pour éliminer les moindres germes qui oseraient s’en prendre à elle. «Je me lave une quinzaine de fois par jour sans compter mon contact avec l’eau et le savon durant le ménage.

Durant l’Aïd, j’ai fait de mon mieux pour réduire les visites. Je ne suis partie voir que ma belle mère. Et là, après les embrassades, je me suis dirigée droit vers les sanitaires pour me passer du gel hydro-alcoolique sur les mains et même les joues ! Après ce supplice, j’ai passé la journée à prier qu’on ne vienne pas me rendre pas visite chez moi. Ce n’est pas que j’aime rester seule les jours de fêtes, mais j’avais tellement peur d’être en contact avec des personnes à risque. Si j’ai peur, ce n’est pas seulement pour moi. J’ai un enfant de 17 mois. Je n’ai pas envie de l’exposer à une telle menace. Le bilan d’enfants morts de la pandémie me fait frissonner à chaque fois que j’y pense. C'est-à-dire, toute la journée.

Les visites familiales qui constituaient une grande joie pour moi se sont transformées en horrible cauchemar. Comment éviter qu’on embrasse mon fils ? Comment faire pour ne pas vexer les gens ? Quelles paroles utilisées. J’ai passé les derniers mois à prétexter une grippe pour ne pas faire la bise aux gens autour de moi. Je jouais celle qui voulait protéger les autres alors que je ne protégeais que ma propre personne. Je voudrai continuer à le faire. J’ai souvent eu des altercations avec mon mari, voire même de grandes disputes, en raison de ma fixation sur cette maladie.

Il pense que j’en fais trop. Il n’est pas le seul. Mon entourage estime que j’exagère. Il faut dire que je suis à cheval sur certaines règles d’hygiène, en général, et dans ce contexte en particulier. J’ai harcelé la nounou de mon fils de questions concernant les mesures qu’elle prend dans sa crèche pour éviter que les enfants qu’elle garde soient contaminés. Je suis rassurée, de ce côté-là», nous confie Hayet qui insiste que la crèche est le seul endroit où elle pense que son fils est en sécurité. Devant toutes les mesures que la directrice a prise pour éviter la pandémie au sein de son établissement, toute maman serait rassurée.

Qu’en est-il des crèches et écoles en Algérie?

L’Aïd passé, la vie reprend son cours en Algérie. Les adultes travaillent, les enfants reprennent le chemin de l’école en attendant les vacances d’hiver et les plus jeunes fréquentent les crèches en attendant les prochains congés de leurs parents. Hayet a bien de la chance de trouver la perle rare. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Hayet est prête à faire un grand détour le matin en allant au travail, pour déposer son enfant dans la crèche située à côté de Bastos. «J’ai toujours été convaincue du choix que j’ai fait par rapport à la crèche où j’ai placé mon fils, mais je l’ai confirmé avec l’apparition de la grippe A H1N1. La directrice de l’établissement où est gardé mon fils n’a pas attendu l’alerte de niveau 6 ou «60» !!! Elle a exigé aux parents une certaine conduite dès le début de la pandémie. Elle n’accepte pas les enfants qui présentent des signes similaires à ceux du la grippe A H1N1.

Ces derniers ne sont acceptés qu’avec la preuve de leur consultation par les services sanitaires», nous confie Hayet qui ne tarit pas d’éloge pour la «seconde maman» de son fiston. Si le fait que la responsable de la crèche se comporte avec le fils de notre interlocutrice et tous les autres enfants de la même manière qu’elle le fait avec sa propre fille «Thiziri», du nom de l’établissement d’ailleurs, a aidé Hayet dans son choix initial, l’attitude du personnel de l’établissement, sa directrice à sa tête, a fini par convaincre Hayet que l’intérêt de son fils est dans cet établissement. Les intérêts de tout enfant sont là où on fait de leur bien-être l’objectif majeur.

Au niveau des écoles, même si le niveau d’alerte est passé à six, avec le décès d’une troisième personne, la semaine dernière, et la prolifération rapide de la pandémie sur le territoire national, on ne s’empresse pas trop à trouver des solutions pour protéger nos enfants. «La maitresse nous a palé une fois de la grippe A et nous a dit que des enfants meurent à cause de cette maladie. Elle nous a dit aussi qu’il ne faut pas aller à l’école si on est malade. Elle ne nous en a plus jamais parlé. D’ailleurs, elle était elle-même malade et elle est venue nous faire cours. Elle éternuait toutes les cinq minutes et a eu du mal à écrire au tableau mais elle est quand même venue alors qu’ elle nous l’a interdit», se plaint Sid Ali, 8 ans. Il nous confie que c’est sa maman qui lui a appris comment il pouvait se protéger, en veillant à se laver le plus souvent. Elle a même pris le soin de fourre une savonnette dans le cartable de son fils. «Mes camarades rigolent à chaque fois que je sors ma savonnette.

Cela me dérangeait au départ, ce n’était pas drôle. Mais ma maman me montre souvent aux informations comment les enfants qui ne se protègent pas peuvent contracter la maladie et comment nous les enfants, nous sommes trop sensibles à cette maladie. Ma mère me fait d’ailleurs des dessins pour que je comprenne», nous raconte Sid-Ali dont la maman est pharmacienne, assez consciente, donc, de l’évolution de l’épidémie et de sa dangerosité. Mais ce ne sont pas tous les enfants qui ont la chance d’avoir une maman instruite et au courant de tout ce qui entoure le virus A H1N1. Ceux là, devraient compter sur l’école, les institutrices et les professionnels de l’éducation pour les informer et les mettre en garde, en vue de les protéger. Des rencontres parents/ instituteurs devraient être programmées pour une meilleure prise de conscience du problème et une meilleure protection des enfants. Quand on sait que les enfants font partie de la population la plus exposée au virus de par sa vulnérabilité, on se demande ce qu’attendent les pouvoirs publics pour prendre des mesures efficaces pour leur protection. Les bilans sont effrayants.

Selon le dernier bilan de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la grippe A H1N1 a tué au moins 7 826 personnes dans le monde depuis de début de l'épidémie. Soit plus de 1 000 décès en une semaine, dont 300 en Europe. Au total, 207 pays sont concernés.

Si en Europe, la transmission du virus connaît une expansion croissante, l’Algérie n’est également pas épargnée. Pas moins de 362 cas sont enregistrés dans plusieurs régions du territoire selon la dernière communication du ministère de la Santé, qui a fait état également de huit morts.

L’OMS parle de 1000 décès dans le monde en une semaine. De quoi enfermer ses enfants à double tour !

D’autres sources font état de bilans encore plus alarmants. On se demande d’ailleurs, où trouver les vrais chiffres et comment distinguer l’information de la rumeur.

morjane
08/12/2009, 17h35
Quand la rumeur nourrit la panique

Il faut dire que la rumeur ne fait rien pour apaiser les esprits et les peurs des citoyens qui ne cessent d’avoir des cauchemars, depuis quelques semaines, notamment depuis les dernières annonces quant aux bilans de morts causées par la grippe A H1N1 et ses dernières mutations qui menace l’efficacité du vaccin contre le virus et remet en cause son existence même. Les rumeurs vont, donc, bon train. Certaines sources, notamment sur le web, évoquent des chiffres effarants, dépassant les 12.000 morts causées par la grippe A au 6 décembre dernier. Les bilans ne sont d’ailleurs pas les mêmes d’une source à une autre. On ne dépasse pas les 10.000 morts au niveau mondial sur certains sites web ou blogs personnels. Sur ces mêmes providers d’informations, on parle d’ailleurs de 8 décès en Algérie. Une information qui a été d’ailleurs confirmée par les autorités algériennes. On évoque le chiffre de 232 décès en Océanie, de 6.789 morts aux Amériques et de 2.568 en Asie et pas moins de 1.196 morts en Europe. Il est difficile de vérifier la véracité de certaines informations. Il est aussi difficile de rassurer les citoyens. Les gens ont peur. On ne parle plus que du virus. On parle de la fermeture de tel ou tel établissement scolaire. On parle de décès dans une localité, due à la grippe A H1N1, sans pour autant que l’information ne soit rapportée par les voix officielles. Les gens ont peur et sont mal informés. Même l’annonce des pouvoirs publics de la disponibilité des vaccins antigrippe A H1N1 ne parvient pas à apaiser les angoisses des citoyens. Les complications dues au fameux vaccin miracle, pourtant seule solution contre le virus, rapportées par la presse internationale, ne rassurent pas pour autant les citoyens. Des citoyens qui auraient d’abord aimé bénéficier du vaccin antigrippe saisonnière. Celui-là au moins, ils le connaissent bien, depuis le temps qu’ils l’utilisent.

Un vaccin, une polémique et des frustrations

«Je suis considérée comme malade chronique. Je suis asthmatique, depuis plus de 15 ans. Mon médecin m’a recommandé le vaccin antigrippal et m’a dit qu’il était disponible au niveau des centres sanitaires», nous confie désespérée une sexagénaire, rencontrée au niveau d’un centre sanitaire de la ville de Tizi-Ouzou, il y a quelques semaines. Elle était en pleine explication, d’ailleurs plutôt agitée, avec une infirmière du centre. Cette dernière qui lui refusait l’accès chez le médecin généraliste, faisait tout pour expliquer à la vielle dame qu’il n’était pas du ressort du médecin de consultation de décider des vaccins. Elle lui disait aussi que le quota de vaccins réceptionné au niveau de cet établissement n’était pas assez suffisant pour répondre à toutes les demandes de vaccinations. Le programme de vaccination, selon cette infirmière s’est étalé sur trois jours, pour eux qui ont eu la chance d’être au courant de la disponibilité du vaccin au niveau du centre. Aucune communication n’a, en effet, été faite quant à la disponibilité du vaccin antigrippal qui a tardé à venir cette année, alors qu’il est disponible en niveau des pharmacies dès la mi-octobre, en temps normal. L’infirmière s’est, elle aussi, plainte du fait que le personnel lui-même n’avait pas eu droit au vaccin d’ailleurs, alors qu’en outre mer, on ne procède à la vaccination du grand public qu’après avoir pris soin de vacciner le personnel de la santé.

On ne peut pas protéger les citoyens en les exposant à autant de risques, même dans un lieu où le risque doit être nul. Cependant, si l’Algérie est passée dans la zone rouge, quant au niveau d’évolution du virus sur le territoire national, on ne semble pas prêts à recevoir ledit vaccin même si les autorités algériennes ont rassuré la population de la disponibilité du vaccin en début décembre. Nous sommes le sept du mois et aucune information précise n’est diffusée quant à la date exacte du début de la vaccination. Qui serait vacciné en premier ? Le premier lot de 900.000 doses de l’Arepanrix seraient-elles suffisantes pour répondre à la totalité de la demande ? L’empressement de la population de se faire vacciner en premier se ressentira certainement dès l’annonce du programme de vaccination. Il faudra prévoir du renfort pour faire face aux bousculades au niveau des centres sanitaires. On se bousculera certainement pour en bénéficier le plus tôt possible de la seule protection contre le virus ravageur. Ils sont rares à se prononcer contre le vaccin. Si outre mer, les discussions vont bon train quant aux éventuels effets secondaires du vaccin antigrippe A H1N1, chez nous, on ne s’estime pas très performant dans le domaine médical. Du coup, on préfère prévenir que guérir. Quant aux dites réactions à l’issue des vaccins évoquées, notamment en Europe, l'Agence européenne des médicaments, l'EMEA, s’est récemment prononcée sur la question. Selon elle, aucune réaction grave imprévue n'a été observée depuis le lancement des campagnes de vaccination contre la grippe A(H1N1) dans l'Union européenne. Quelques 10 millions de personnes y ont été vaccinées, a noté l’EMEA. Cela devrait rassurer les plus réticents de nos concitoyens. En attendant le vaccin et surtout une éradication totale du virus, l’hygiène reste la seule solution pour échapper aux foudres de ce dernier. Le lavage régulier et l’utilisation de mouchoirs à usage unique constituent l’essentiel des règles d’hygiène à adopter en ces temps menaçants. Ce n’est pas évident de se laver à tout moment de la journée diraient certains. Il est vrai qu’on n’est pas tout le temps près d’un lavabo.

Un laboratoire kabyle apporte la solution

Une solution existe pour palier à ce problème. Une solution qu’on trouve sur les étals de la plupart des pharmacies de la ville, depuis une quinzaine de jours. Le fameux gel hydro-alcoolique est, en effet, à la portée de tout le monde depuis une quinzaine de jours. il n’était pas évident d’en trouver en pharmacie auparavant. Seules quelques pharmacies proposaient des lotions antibactériennes de marques étrangères. Ces produits là, chers, restaient relativement chers et inaccessibles à certaines bourses. Depuis une dizaine de jours, la solution est venue par le biais d’un laboratoire spécialisé dans la fabrication des produits antiseptiques. CVPP qui n’avait comme clients pour la gamme des produits antibactériens, tel le gel hydro-alcoolique, que les établissements sanitaires, cabinets médicaux et autres cliniques du secteur public et privé, a voulu offrir au grand public une solution pour se protéger des risques de contagion. Le gel hydro-alcoolique qui existait en format 1L et 500 Ml est désormais disponible en format 125 Ml pour l’usage quotidien. Un flacon pratique qui se fourre même dans la poche d’une veste. Le flacon est également économique, étudié pour diffuser une dose de 3ml par pression, la quantité nécessaire pour un nettoyage efficace. «Nous existons sur le marché depuis 3 années déjà. Nous avions comme clients les établissements sanitaires pour tous les produits antiseptiques. Les gels hydro-alcooliques ont toujours fait partie de la gamme de nos produits mais n’étaient destinés qu’à nos partenaires, sur commande. Nous avons décidé d’en faire bénéficier le grand public en ce contexte précis, même si l’hygiène ne doit pas avoir de contexte. Il faudrait, dorénavant introduire cette notion et le souci de l’hygiène en dehors du contexte des épidémies», nous explique M. Moussa, gérant des laboratoires CVPP, sis à Boumerdes.

Ces derniers ont d’ailleurs développé le format 125 Ml du gel hydro-alcoolique spécialement pour les citoyens de la kabylie où le manque de ce genre de lotions se ressentait de plus en plus. Le gel contient, pour les connaisseurs, de l’alcool éthylique et du bactéricide pour plus d’efficacité. Le prix du flacon de 125 Ml varie entre 125 et 130 dinars, selon les pharmacies. Pour ceux qui hésitent ou doutent de l’efficacité de toutes ces solutions, une friction d’alcool chirurgical suffit pour paralyser les germes qui s’aventureraient à envahir leurs mains. Seulement l’alcool chirurgical, contrairement aux idées reçues ne fait que fixer les germes. Il n’a pas la capacité de les éliminer. Cette solution n’est efficace que pour se protéger momentanément, en attendant de trouver du savon et de l’eau. Sinon, le masque protecteur est recommandé pour ceux qui osent. Actuellement, ils sont rares à faire fi des regards des autres. Il faut dire que celui qui porte un masque en ville devient une attraction pour tous les passants. On préfère, se couvrir le nez et la bouche avec un foulard, une écharpe, un mouchoir alors qu’il existe une solution plus pratique. En attendant l’éradication du virus, beaucoup de chemin reste à parcourir. Il vaut mieux le faire dans les meilleures conditions possibles. La bonne santé en constitue l’essentiel. Seule la prévention peut nous garantir un minimum de forme physique.

Par Samia A. B., La Dépêche de Kabylie

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