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12/12/2009, 17h00
TELEPHONIE - Sawiris peut-il encore sauver Djezzy ?
Ecrit par Haroun, le 10-12-2009 00:00

Djezzy est la première victime économique de la dérive guerrière entre Algériens et Egyptiens autour d’une place au mondial de football. Naguib Sawiris doit sortir un plan de sauvetage car la concurrence menace déjà de passer devant.

Cela se passe en 2005 lors d’une cérémonie de Djezzy, le premier opérateur de téléphonie mobile en Algérie qui a le vent en poupe. Le président de Orascom Télécom, le groupe égyptien qui a, trois ans plus tôt, remporté la licence GSM créant Djezzy, confie à un journaliste "J’espère qu’il n’y aura jamais un match Algérie-Egypte". Le match est arrivé en 2009 et avec lui le désastre annoncé. Entre le dimanche 15 et le mardi 17 novembre, les boutiques de la marque ont été attaquées sur presque tout le territoire algérien. Le siège social de Orascom Télécom Algérie (0TA) a été dévasté, la plate forme technique a été atteinte rendant le réseau instable, des cartes de recharges, des équipements et du consommable, en très grandes quantités, ont été pillés. Le personnel égyptien a été évacué. Le réseau commercial est à l’arrêt. Djezzy, 15 millions de clients revendiqués avant ce tsunami, fonctionne en mode veille.

Pendant ce temps la concurrence, l’opérateur historique Mobilis, mais surtout le détenteur de la troisième licence GSM, Nedjma - détenue par le puissant qatari QTEL - dope la migration des clients en proposant par millions des puces gratuites. Le titre OTH, la holding qui détient OTA, a baissé de 8% durant le mois de novembre à la bourse du Caire. Mais le mouvement baissier a été entamé un mois plus tôt. Les ennuis d’Orascom en Algérie datent de la fin de l’été, lorsqu’il s’est confirmé dans la presse (Les Afriques n° 92) que OTA s’était bien vu notifié un redressement fiscal historique de 596,5 millions de dollars, ce qui expliquait le blocage par la banque d’Algérie de l’autorisation de rapatriement des dividendes (580 millions de dollars) de l’exercice 2008.

Que va faire Nagib Sawiris ?

La première question qui revient sur les lèvres à Alger est celle de la cession de "l’affaire Djezzy". Sawiris en aurait déjà demandé 5 milliards de dollars à Orange (France) au début de l’année 2009, dans un contexte autrement plus favorable. Une "négociation secrète" jamais confirmée par les parties. Pour Abderafiq Khenifsa, directeur de l’hebdo IT Mag, et spécialiste des télécoms, "il est quasiment impossible que Sawiris vende sa licence en Algérie. S’il le fait, il met en danger tout OTH. Les résultats en Algérie représentaient 53% des résultats du groupe en 2008. Le cœur de son business est basé en Algérie. Les nouveaux investissements réalisés par OTH ne sont pas encore matures pour prendre le relais. Wind patine en Italie et, en Corée du nord, il en est encore à installer le réseau GSM de la capitale et deux autres villes".

Pas de cession donc dans un tel contexte. C’est un point de vue partagé par de nombreux spécialistes. Mais alors que faire ? "Je vois bien Sawiris s’allier aux Français. Il va sans doute passer le management de Djezzy à des Européens et se conduire en propriétaire".

On le verra moins à Alger. C’est un peu ce qu’il a fait en Tunisie » pronostique Khenifsa. Il peut aussi décidé de faire bouger son actionnariat en Algérie, « il pourrait mettre 20% ou 30% du capital de OTA à la bourse d’Alger si l’ouverture se présentait ». Une des nombreuses manières, peut être la plus habile, de contourner le droit de préemption introduit par le gouvernement algérien sur la cession des investissements étrangers en Algérie. Un obstacle qui rend encore plus complexe la vente pure et simple de l’affaire Djezzy à un tiers.

Un obstacle né, dans le fracas, du passage, en décembre 2007, de la branche matériaux de construction d’Orascom à Lafarge. Le Français en pourparlers alors pour entrer en Algérie, a hérité, dans le dos d’Alger, des deux cimenteries d’Orascom dans le pays. 2007 est en réalité l’année des premiers tourments. Lacom, la seconde licence de téléphonie fixe détenue en commun par Orascom et Egypt Telecom, y a cessé ses activités. Elle est aujourd’hui en liquidation et une cinquantaine d’employés sont sans salaires depuis quatre mois. Le peu d’empressement montré par l’actionnaire Sawiris à trouver une solution à ce projet industriel avait déjà tendu l’atmosphère de ses relations avec Alger avant même la cession de la branche ciment à Lafarge.

Un conseil d’administration sans Algériens

En réalité dans le plan de sauvetage de Djezzy doit figurer en premier une toute autre approche de sa relation aux autorités algériennes. C’est l’avis de Slim Othmani, président de NCA et figure du forum des chefs d’entreprise (FCE), qui recueillait au téléphone la déception de Naguib Sawiris au lendemain des raids sur les boutiques de Djezzy en Algérie. "C’est un conseil que j’ai toujours donné à Sawiris. Lorsqu’on s’apprête à transférer 800 millions de dollars de dividendes, on devrait venir voir le gouvernement, lui demander si l’on peut faire quelque chose, pour l’accompagner dans ses politiques y compris de développement social". Pour Slim Othmani "mettre 40, 50 ou même 100 millions de dollars dans de nouveaux projets" est utile lorsqu’on a besoin de "se rapprocher des autorités" du pays où l’on gagne autant d’argent. "Ils ont hésité à le faire. La logique du conseil d’administration d’Orascom en Algérie m’échappe. Toutes les multinationales à cette échelle d’investissement intègrent des acteurs nationaux à leurs conseils d’administration. Je ne comprends pas d’ailleurs que Issad Rebrabqui a mis 12 millions de dollars dans cet investissement n’ait pas mieux négocié son apport." Le patron de Cevital n’a pas de place au conseil d’administration.

Pour Slim Othmani, il existe des règles non écrites qu’Orascom n’a pas respecté. Ce qui dans le même temps ne justifie pas, pour lui, la réaction des autorités algériennes… le signal qui est donné avec le redressement fiscal notifié à OTH est que "le système est capable de casser" n’importe quel investissement "s’il le décide". Et ce "mauvais signal" est entendu aussi par les opérateurs nationaux. L’avenir de Djezzy, en attendant un jour un contexte plus propice pour une cession, s’orienterait donc vers une plus grande séparation des propriétaires d’avec le management et, sans doute, une meilleure immersion dans le pays d’accueil…

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