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Voir la version complète : Changer le regard sur le diabète


morjane
17/12/2009, 17h25
Le diabète n’est pas une maladie infectieuse mais elle se propage de façon très rapide jusqu’à devenir la quatrième cause de mortalité dans le monde.

C’est un tueur silencieux.

Leader mondial du traitement du diabète, le laboratoire danois «Novo Nordisk» rappelle les dangers de cette maladie qu’est le diabète. Il met le doigt sur les complications. «Ce n’est pas la maladie elle-même qui est inquiétante mais les complications qu’elle engendre», soutient Frederick Persson, chercheur principal de diabète, lors de son intervention aux deux journées de formation des journalistes, organisées par le laboratoire danois dans la ville grecque, Athènes, les 3 et 4 décembre derniers. Des complications très lourdes qui touchent des organes vitaux du corps (cerveau, œil, rein, pied… et gros vaisseaux sanguins). C’est, donc, une affection grave qui est aussi très coûteuse. 2,5 à 15% des budgets annuels de la santé sont consacrés au traitement du diabète, rapporte l’expert Ole Henriksen. Ce dernier insiste alors sur la nécessité de procéder à un diagnostic précoce de la maladie et sur sa bonne prise en charge, de façon correcte et continue, pour réduire les coûts à l’avenir.

Soren Skovlund, conseiller et directeur du programme DAWN, axe son intervention sur les répercussions psychologiques du diabète sur la personne atteinte et sur la réaction négative des autres vis-à-vis d’elle. Il utilise les mots «stigmatisation» et «dépression». La stigmatisation qui se dévoile facilement dans le regard à la fois accusateur et fuyant des autres et la dépression qui se traduit par un sentiment de culpabilité et de repli sur soi chez la personne diabétique. «Les personnes diabétiques souffrent en grand nombre de dépression. L’étude DAWN montre que 50% des diabétiques se soucient de leur avenir, les 3/4 se sentent coupables», rapporte-t-il. Des sentiments favorisés par le manque de soutien social et affectif : «Le traitement médical ne pourrait pas réussir sans la présence d’un véritable soutien social et affectif. Il n’y a pas de raison de rejeter et de stigmatiser les malades du diabète.» Le spécialiste affirme qu’il est vrai que le diabète ne se guérit pas –c’est une maladie chronique- mais la personne atteinte pourrait avoir «une vie pleine et épanouie» si elle prend convenablement en charge sa maladie. Il appelle, donc, ses proches, ses amis, ses collègues à se montrer «compréhensifs» au lieu de «faire pression» sur elle. «Nous devons accepter et aimer ces personnes comme elles sont», plaide-t-il.

Malheureusement, ce qui est commun dans un grand nombre de sociétés à travers le monde, notamment dans les pays en voie de développement, de nombreuses familles cachent la maladie des leurs.

Surtout lorsqu’il s’agit des filles. Une fille diabétique risque de ne jamais avoir un mari. Une fois mariée, elle cache sa maladie à sa belle-famille. Plus grave, elle la cache à son mari par peur d’être congédiée s’il apprend «la supercherie».

C’est comme s’il s’agit d’un «crime», d’un «sacrilège». La «honte !». Une pensée négative, complètement fausse.

Et comme l’a si bien dit une journaliste sud-africaine, le problème n’est pas dans la maladie mais dans l’ignorance de la maladie : «Il s’agit plutôt d’ignorance que de stigmatisation.»

Vaincre la stigmatisation

En Afrique du Sud, le programme «changer le diabète», lancé il y a quelques années par le laboratoire «Novo Nordisk», avance à grands pas et donne des résultats appréciables. Les Sud-Africains sont engagés dans la lutte contre le diabète. Il le comprennent mieux et le gèrent de façon à aider les personnes atteintes à vivre pleinement leur vie. L’expérience de ce jeune de 25 ans, diabétique type 1 (dépendant de l’insuline pour sa survie) en est le parfait exemple.

Il s’appelle Howard Tshepo Mosese. Il est désigné «ambassadeur» de «Novo Nordisk» dans son pays. Howard avait trop souffert à cause de sa maladie. Il avait beaucoup de mal à l’accepter, lui qui avait tellement de projets dans le domaine de la musique et du cinéma. «Je me levais tout le temps pour passer aux sanitaires, j’avais des excès de fatigue, de soif… Cela me perturbait énormément», raconte-il.

Aujourd’hui, il parle de son diabète comme d’un ami très proche auquel on fait des reproches mais dont on accepte bien la compagnie. L’idée de lancer ces ambassadeurs de «Novo Nordisk» dans un grand nombre de pays dont l’Algérie est à louer. Ces ambassadeurs sont des personnes diabétiques. Ils parlent de leur propre expérience et racontent leur combat quotidien contre les angoisses et les frustrations engendrées par la maladie.

Un travail sur soi qui finit par une grande victoire intérieure qui, à son tour, entraîne rapidement la victoire publique. Le «complexe» disparaît définitivement. Leur expérience sert d’exemple à tous ceux qui continuent à avoir «honte» ou/et «peur» lorsqu’ils apprennent qu’ils ont le diabète. Qu’il soit de type 1 (dépendant de l’insuline) ou de type 2 (comprimés et régime alimentaire). Deux maladies qui sont différentes, précisent les spécialistes.

En Algérie, c’est Assia Bachir qui est l’ambassadrice du laboratoire «Novo Nordisk». Elle est étudiante en littérature française à l’université de Bouzaréah (Alger). La jeune fille, âgée seulement de 19 ans, était présente aux deux journées de formation des journalistes sur le diabète, à Athènes. Elle raconte : «J’étais la risée de mes camarades de classe et de tout le lycée. Je perdais connaissance plusieurs fois par jour et je ne me concentrais pas sur les cours en classe.»

Le jour où elle a appris qu’elle avait le diabète, elle était complètement abattue. C’était un grand choc pour elle. Grâce au soutien de ses parents et d’autres amis plus compréhensifs, elle a fini par accepter sa maladie et vivre avec elle. La jeune Assia a eu son bac à l’âge de 16 ans malgré plusieurs jours d’hospitalisation, donc d’absences.

Elle s’est battue et a réussi à vaincre sa maladie. Elle mène une vie tout à fait normale et elle en est fière. Etant étudiante, elle choisit de s’investir dans un grand travail de sensibilisation des autres étudiants, pas seulement à l’université de Bouzaréah mais dans plusieurs autres facultés et instituts universitaires, à Alger comme dans d’autres wilayas du pays : «Je parle avec les étudiants ; je leur explique comment se prémunir contre le diabète et ses complications ; je distribue des prospectus ; je participe aux débats lors des journées d’information sur la maladie…» Assia souhaite adhérer à une association estudiantine qui œuvre dans le domaine de la santé et être particulièrement proche des enfants.

Investir dans la prévention

Mener une vie pleine et épanouie, tout en étant diabétique, est donc possible. A condition, toutefois, d’accepter sa maladie et de la prendre en charge convenablement. Ce n’est pas, malheureusement, le cas pour de nombreuses personnes en Algérie et dans un grand nombre de pays à travers le monde.

Les chiffres de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) sont très inquiétants : 246 millions de personnes sont aujourd’hui atteintes de diabète.
Ce chiffre pourrait atteindre les 380 millions d’ici 2015.

Les données de l’OMS révèlent que le diabète est responsable de la mort de 3,8 millions de personnes chaque année dans le monde. Une personne meurt d’une maladie liée au diabète (principalement cardio-vasculaire) toutes les dix secondes.

Le diabète de type 2 représente 85 à 95% des cas de diabète dans les pays développés et un pourcentage plus élevé dans les pays en voie de développement.

C’est ce diabète de type 2 qui pose plus de problèmes pour les malades, les professionnels de la santé… et par conséquent, les Etats et les sociétés. Souvent, il est associé à l’obésité mais il est aussi génétique. Il se développe facilement chez les personnes dont les parents en sont déjà
atteints. D’où l’intérêt du dépistage et du diagnostic précoce.

Les spécialistes de diabète constatent que 50% des personnes diabétiques ne savent pas qu’elles sont malades. Le diagnostic se fait tardivement, très souvent lorsqu’il y a apparition des complications.

L’utilisation de l’insuline chez les diabétiques de type 2 fait peur à de nombreuses personnes.

Ces dernières pensent que c’est le dernier recours avant de mourir. «Ce n’est pas l’injection qui fait mal mais l’idée de mourir.

Certaines personnes pensent que, si un médecin leur dit qu’il est temps d’aller vers l’insuline, c’est que leur cas s’aggrave et que la mort approche», affirme un des intervenants d’Athènes sur le diabète. Cette façon de voir les choses, insiste-t-il, est erronée. «L’insuline ne tue pas», rassure-t-il, précisant que le diabétique de type 2 -auquel on donne juste des comprimés et on recommande un régime alimentaire- finira par passer un jour à l’insuline.

C’est cela, d’ailleurs, la différence entre les deux types de diabète : «Dans le diabète de type 1, on passe directement à l’insuline. Dans le diabète de type 2, on passe progressivement à l’insuline» Il n’y a pas de conditions particulières pour passer à cette insuline : «On peut la prescrire à n’importe quel moment.»

Les intervenants au forum d’Athènes s’accordent à dire que le meilleur moyen d’empêcher non la survenue mais la progression du diabète est la prévention. La prévention par un bon régime alimentaire, par un exercice physique régulier et continu (éviter le surpoids), par une prise régulière, à des temps fixes, de l’insuline. Il est aussi nécessaire d’arrêter de fumer. «Diabète et cigarette, c’est la combinaison la plus horrible», soutient Frederick Persson.

Le laboratoire «Novo Nordisk» donne la parole aux jeunes dans le monde entier pour s’exprimer sur cette maladie. Il invite aussi des personnalités politiques et des célébrités pour contribuer, chacune à sa manière, à attirer l’attention sur la progression effrénée de cette affection. Cela se fait dans le cadre de ce que les représentants du laboratoire appellent «forum de leadership».

Par ailleurs, «Novo Nordisk» dépense 500 millions d’euros, chaque année, dans la recherche. «Nous ne savons pas pourquoi il y a destruction des cellules du pancréas [c’est cela qui est à l’origine du diabète]. C’est sur ce point que nous axons notre travail de recherche», indique Stavros Platakis, responsable à «Novo Nordisk».

Par la Tribune

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