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Alain
17/12/2009, 21h46
17/12/2009

L'autre grand malade américain, le Sénat ? Et si c’était le Sénat qu’il fallait réformer, en même temps que l’assurance maladie américaine?

Le grand malade n’est pas seulement le système de santé américain, mais aussi son système démocratique, est-on forcé de conclure au vu des derniers rebondissements du débat sur la santé. Alors que la Maison Blanche espère encore faire adopter sa grande réforme de l’assurance maladie d’ici Noël, le processus prend des tournures toujours plus aberrantes et scandaleuses.

Le sénateur indépendant Joe Lieberman a forcé les démocrates à renoncer au compromis trouvé la semaine dernière, qui aurait permis d’étendre le programme Medicare (l’assurance publique pour les personnes âgées) à partir de 55 ans, au lieu de 65 ans. Oubliant qu’il avait lui-même précédemment plaidé pour cette extension de Medicare, Lieberman a fait soudain de son rejet une condition sine qua none de son vote.

Ce qui permet aux Républicains d’ironiser sur l’ambiance de sauve-qui-peut général régnant dans les rangs démocrates, pour tenter de faire passer in extremis avant Noel, n’importe quelle loi mais une loi. “Ils lançent le pudding au mur et attendent de voir ce qui restera accroché” résume un sénateur républicain.

Le chantage exercé par Lieberman est d’autant plus choquant qu’il s’explique par les généreuses contributions des compagnies d’assurance à sa caisse de campagne. L’Etat du Connecticut, dont il est l’élu, abrite le siège de nombreuses compagnies d’assurance privées, qui craignent de perdre de nombreux clients en cas d’extension de Medicare.

Vu le pouvoir des lobbyistes, non seulement au service des assureurs, mais aussi de l’industrie pharmaceutique, il est indispensable de “trouver des compromis” avec les uns comme les autres, plaident les élus démocrates.

Sur la base de ce principe, les sénateurs ont ainsi rejeté mardi un amendement qui aurait permis de réduire considérablement le prix des médicaments aux Etats-Unis, en ouvrant le marché à la concurrence étrangère. Comme le rappelle Dana Milbank, dans le Washington Post, un “deal” a été conclu dès le départ entre la Maison Blanche et l’industrie pharmaceutique: celle-ci a promis de contribuer à hauteur de 80 milliards de dollars à la réforme, en échange de quoi on ne lui demanderait pas d’en faire plus et elle pourrait garder ses prix totalement déraisonnables, qui rendent les médicaments deux à dix fois plus chers aux Etats-Unis qu’en Europe ou au Canada.

Quand le sénateur démocrate Byron Dorgan a proposé cette semaine un amendement ouvrant le marché américain aux importations de médicaments étrangers, l’administration a donc plaidé que cela poserait un risque “pour la sécurité” des patients et une majorité de démocrates a rejeté le texte. Le fait que 40% des principes actifs des médicaments vendus aux Etats-Unis soient produits en Inde ou Chine n’est en revanche pas un souci… tant que les bénéfices peuvent être encaissés par les grands laboratoires américains qui arrosent les élus.

Et ce ne sont pas bien sûr les républicains qui vont sauver l’honneur du Sénat. Résolus eux aussi à n’importe quoi pour tuer le grand projet de réforme Obama, ils ont exigé hier la lecture intégrale d’un amendement de 767 pages. La logorrhée n’a pu être stoppée qu’au bout de trois heures, en retirant cet amendement qui n’avait de toutes façons aucune chance d’être adopté. Les Républicains menacent maintenant d’exiger aussi une lecture intégrale de la loi, qui pour tenter d’accomoder tout le monde, approchera bien les 2000 pages…

Au vu de ces manoeuvres, et de la loi très imparfaite qui en ressortira –dans le meilleur des cas-, il n’est guère étonnant que le soutien des Américains pour cette réforme de la santé ne fasse que décliner. Les Américains ne sont plus que 38% à approuver le projet de réforme, tandis que 51% s’y opposent, montre la moyenne des sondages réalisée par Real Clear Politics.

Mais il est une institution encore nettement plus impopulaire que la réforme: le congrès. 72% des Américains désapprouvent le travail du Congrès montre un sondage Gallup (et c’était avant ces dernières turpitudes). 49% jugent aussi “faible” ou “très faible” l’honnêteté ou le “sens moral” de leurs sénateurs. On ne se demande plus pourquoi.

De la correspondante de Libération à Washington, Lorraine Millot.

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