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Voir la version complète : Argentine : Astiz réveille les vieux démons


Geass
19/12/2009, 14h41
La présidente argentine, Cristina Kirchner, a été victime de menaces au début du procès de l'«Ange de la mort».

http://www.lefigaro.fr/icones/coeur-.gif Cette fois Alfredo Astiz (http://www.lefigaro.fr/international/2009/12/11/01003-20091211ARTFIG00009-argentine-l-ange-blond-de-la-mort-devant-ses-juges-.php) ne sourit plus quand il entre dans la salle du tribunal de Buenos Aires, mercredi 16 décembre, lors de la deuxième journée d'audience du procès de l'École de mécanique de la marine argentine (Esma). Celui qu'on surnomme l'«Ange blond de la mort», accusé notamment du meurtre des deux religieuses françaises (http://www.lefigaro.fr/international/2009/12/09/01003-20091209ARTFIG00055-dictature-argentine-un-proces-pour-les-victimes-francaises-.php), Alice Domon et Léonie Duquet, a conservé sa tenue décontractée de la semaine dernière : jeans, polo blanc et pull bleu marine aux manches retroussées. Les seize anciens militaires et policiers de l'Esma qui accompagnent l'ex-capitaine de corvette sur les bancs des accusés (deux sont excusés pour raison de santé) sont en costume cravate.
À nouveau, les familles des disparus et les victimes de la dictature (1976-1983) se pressent derrière la vitre blindée qui les sépare de quelques mètres de leurs bourreaux. Près de 5.000 militants de gauche et supposés sympathisants ont été enlevés et torturés à l'Esma. Très peu survécurent. Émues, les mères de la place de Mai portent leur fichu blanc sur la tête et la photo de leurs enfants disparus accrochée au cou. «Chaque fois c'est la même chose, je n'arrive pas à dormir et je me réveille à l'aube», souffle Maria Adela Antokoletz, sœur de disparu, la photo de son frère épinglée sur sa poitrine. L'ambiance est lourde. Trente-deux ans après les faits, les vieux démons ne sont pas encore totalement morts.
La vague de grands procès qui a commencé en ce début d'été austral en Argentine, dont celui de l'Esma est le plus emblématique, suscite pas mal de remous dans le pays : lundi, le chef du gouvernement a annoncé que la présidente Cristina Kirchner avait reçu des menaces le jour de l'ouverture du procès Astiz. Des inconnus ont intercepté les communications de l'hélicoptère présidentiel : «maten a la yegua» (tuez la ******), disaient-ils sur fond de marche militaire. Deux jours plus tard, le procureur fédéral, Eduardo Taiano, recevait également un message de menace sur un répondeur téléphonique. Ce n'est pas la première fois qu'il est inquiété. «Il s'est passé beaucoup de choses ces derniers jours qui montrent que les dinosaures sont encore là », a réagi Cristina Kirchner. Malgré les procès en cours, plus d'une centaine d'agents de la dictature sont encore en liberté. Le nouveau ministre de l'Éducation de la ville de Buenos Aires, l'écrivain, diplomate Abel Posse, a quant à lui suscité une vive polémique en publiant un éditorial (http://www.lanacion.com.ar/nota.asp?nota_id=1209779) dans le quotidien conservateur La Nacion, critiquant «la politique trotsko-leniniste des Kirchner qui vise à démolir les institutions de la police et de l'armée».

Recréer un climat de peur

La semaine dernière, devant ses juges, Alfredo Astiz, tournait les pages d'un livre, Volver a matar (Tuer de nouveau) de Juan Yofre, qui justifie la répression de la guérilla dans les années 1970. Provocateur, il l'avait brandi en quittant le tribunal suscitant l'indignation des familles des victimes et des avocats.
Tout ceci n'étonne guère Ana Careaga, victime et fille de disparue : «Ils veulent créer un climat de peur et un sentiment de désordre autour des procès pour inciter l'opinion publique à tirer un trait sur cette époque. Mais ça, jamais !»
Sur la mezzanine surplombant la salle du tribunal, une vingtaine de proches des militaires, dont la sœur aînée d'Astiz, Lucrecia, regarde les prévenus qui entrent menottés, deux par deux. Le premier jour de l'audience quelques femmes très chics s'étaient données en spectacle criant des «alfredito querido» (Alfredito chéri) à l'arrivée des prévenus. Riant sans retenue à la lecture des tortures infligées par les accusés à l'Esma. Cette fois-ci, elles se taisent. Ont-elles des remords ? «Non, pourquoi ?», répond l'une d'elle sans ciller. Le procès doit durer six mois, pendant lesquels près de 280 témoins défileront à la barre.


Le Figaro

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