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Voir la version complète : Dalil Boubakeur: Tout un chacun peut s'autoproclamer imam


morjane
08/01/2010, 17h02
Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a indiqué jeudi avoir "procédé à l'expulsion en urgence d'un imam islamiste radical, Ali Ibrahim El Soudany" , de nationalité égyptienne. Un fait qui relance les interrogations autour du rôle et du statut des imams en France. Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris et ancien président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a répondu aux questions du point.

Qui sont les imams et quel est leur rôle dans la pratique de l'islam ?

À l'origine, l'imam est simplement quelqu'un qui connaît suffisamment le Coran et les rites pour pouvoir prier devant les autres. L'islam n'ordonne pas des imams comme on ordonne des prêtres ou des évêques. Il n'y a pas d'organisation ni de structure qui décerne ce titre. En règle générale, c'est un groupe qui désigne, ou accepte, que l'un de ses membres assume cette charge. Sa seule prérogative est de diriger la prière devant les fidèles et de dire à haute voix ce que les autres écouteront. Sa fonction est celle d'un directeur de prières qui peut être plus ou moins compétent. Certains groupes exigeront, parce que ses membres sont eux-mêmes très instruits, quelqu'un de très compétent. D'autres seront moins regardants.

N'existe-t-il pas de formation qui leur soit destinée ?

Oui, elles existent. À la mosquée de Paris, nous proposons une formation pour les imams. Celle-ci tient compte des données théologiques, de la pratique religieuse, mais dispense aussi des connaissances relatives à la loi française, à la philosophie ou à la pédagogie. Concernant les aumôniers et les aumônières, nous ajoutons même un enseignement sur la vie carcérale et sur la loi pénale. Ce n'est pas n'importe quoi. D'ailleurs, cette formation (lancée en janvier 2008) est organisée avec l'Institut catholique de Paris (les universités Paris IV-Sorbonne et Paris VIII-Saint-Denis ayant opposé un refus). Mais il en existe d'autres tout à fait sérieuses, y compris à l'étranger, notamment en Turquie, en Algérie ou au Maroc. Reste que tout un chacun peut donc s'ériger en imam et, parmi ces directeurs de prières autoproclamés, nombreux sont ceux qui ne sont pas passés par des écoles. Ceux-là, nous nous en méfions.

Pour quelles raisons ?

L'imam autoproclamé s'est formé lui-même et estime avoir acquis suffisamment de connaissances coraniques, quelquefois de travers... Certains orientent leur discours vers des prêches violents, des diatribes, des critiques démagogiques qui semblent plaire à une population. L'assemblée est même captivée par ce jargon. L'individu prend ainsi de plus en plus d'ascendant et est alors persuadé qu'il est dans la bonne voie. Certains de ces imams sortent carrément du cadre de la religion pour prôner des discours revendicatifs, politiques, pour tel pays ou contre tel régime. Dans ce domaine, il n'existe pas de douce France : les deux types d'imams coexistent, il y a de tout et c'est très difficile à contrôler.

Comment peut-on y remédier ?

J'ai été le premier à alerter sur le risque que constituent ces imams autoproclamés, il y a une dizaine d'années. Il faudrait que chaque imam puisse produire un document, une preuve délivrée par un organisme de formation. Mais l'État, à qui nous voulions demander un statut de l'imam, refuse de s'immiscer dans cette affaire. En France, du fait de la loi de 1905 (séparation des Églises et de l'État), ce n'est pas aux pouvoirs publics de distribuer des cartes d'imam. Et c'est tout le problème. Nous, les associations, les mosquées, nous recommandons d'avoir recours à des imams sérieux, formés, contrôlés et également payés. Car les imams autoproclamés sont comme les médecins de Molière : ils vont de ville en ville, de campagne en campagne, attendant des uns et des autres un soutien financier. À l'inverse, quand une mosquée a son imam, celui-ci est identifié et identifiable et il y a une vraie notion de responsabilité.

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Un imam de nationalité égyptienne a été expulsé jeudi à l'initiative de la place Beauvau. "J'ai fait procéder à l'expulsion en urgence d'un imam islamiste radical, Ali Ibrahim El Soudany", a fait valoir jeudi soir Brice Hortefeux dans un communiqué. L'homme, de nationalité égyptienne, qui prêchait dans des mosquées de Seine-Saint-Denis, en région parisienne, a été renvoyé dans son pays d'origine, précise le ministre de l'Intérieur, confirmant une information du figaro.fr. Il a quitté le territoire français à bord d'un avion pour Le Caire en fin d'après-midi.

Ali Ibrahim El Soudany, né en Égypte en 1973, officiait dans plusieurs mosquées de l'Est parisien, principalement à Pantin et à Montreuil en Seine-Saint-Denis, mais aussi dans certaines autres mosquées de la capitale, notamment dans les 18e et 19e arrondissements. Ses prêches constituaient "une apologie du djihad", selon des sources proches du dossier et étaient "assez durs", ont-elles ajouté. L'homme faisait l'objet d'une surveillance particulière depuis 2008. "Les services spécialisés avaient identifié cet individu dangereux qui se livrait depuis plusieurs mois, dans des mosquées de Seine-Saint-Denis, à des prêches appelant à la lutte contre l'Occident, méprisant les valeurs de notre société et incitant à la violence", détaille le communiqué. En outre, d'après une association islamique qui ne souhaite pas que son nom soit révélé, Ali Ibrahim El Soudany était en situation irrégulière en France. Il prêchait aussi dans une petite salle de prière d'une cité d'Aubervilliers. Et, toujours selon l'association, la mairie lui avait demandé de quitter ce lieu.

Cette expulsion fait suite au renforcement des mesures de sécurité prises en France, en particulier dans les aéroports, après l'attentat manqué d'un islamiste nigérian dans un avion à destination des États-Unis, le 25 décembre dernier. "J'ai demandé aux services spécialisés de redoubler de vigilance et je n'hésiterai pas à procéder aux mesures d'expulsion qui s'imposent", a souligné jeudi Brice Hortefeux. Pour le ministre, la République respecte la liberté religieuse, "mais les prêcheurs de haine, qui n'ont rien à voir avec la liberté religieuse, n'ont pas leur place sur notre territoire". Le procédé n'est pas nouveau : selon le ministre de l'Intérieur, ce sont "129 islamistes radicaux - dont 29 imams ou prédicateurs - qui ont été expulsés du territoire national depuis 2001".

Par Le Point

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