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Voir la version complète : Si la mlaya m'etait contée


rayhana
09/01/2010, 15h34
en hommage à Salah bey

Son histoire est intimement liée au destin tragique de Salah bey qui gouverna Constantine durant 21 ans dans le dernier tiers du XVIIIe siècle.

Depuis quelques années, le port du fameux voile noir par les femmes dit m’laya est un fait rarissime aussi bien à Constantine que dans les principales villes de l’Est algérien.

Troquée contre le hidjab, par commodité pour certaines, par modernité pour d’autres, la m’laya est le dernier effet vestimentaire à avoir résisté aux tentations de la modernité après la disparition, depuis fort longtemps, de nombreux habits traditionnels masculins et féminins.

L’apparition de la m’laya dans le vécu des femmes de l’Est algérien, particulièrement à Constantine, remonte à plus de deux siècles.

Son histoire a toujours été intimement liée au destin tragique d’un homme exceptionnel qui marquera pour l’éternité la mémoire collective constantinoise.

Il s’agit de Salah bey qui gouverna Constantine durant 21 ans dans le dernier tiers du XVIIIe siècle. Connu pour ses ambitions politiques illimitées, il vécut une fin brutale et tragique.

« Le 8 août 1792, le dey Husayn, nouvellement nommé, proclame la destitution de Salah bey et envoie pour le remplacer un certain Ibrahim Bousbaa, ancien caïd du Sébaou, dans l’Ouest.

Quatre jours après son arrivée à Constantine, les partisans de Salah bey mettent à mort Ibrahim Bousbaa et Salah bey reprend les rênes du beylik et entre, de fait, en dissidence contre la régence à Alger qui n’hésitera pas à lui envoyer une armée renforcée.

Dans la ville, à la faveur d’une insurrection, Salah bey perd ses derniers appuis.

Sa tentative d’insoumission se termine dans le sang. Il est arrêté et étranglé le 1er septembre 1792. »(1).

Les conséquences de cet événement et l’origine de la m’laya se trouvent expliquées par H’sen Derdour dans son volumineux ouvrage Annaba, 25 siècles de vie quotidienne et de luttes.

Il évoque ainsi que « les Constantinois, qui étaient passionnés par son drame et dans lequel tout leur paraissait invraisemblable, les femmes, plus particulièrement, n’hésitèrent pas à accuser “le destin” de l’énormité, de l’horreur du crime.

Aussi “banoutète”, “fkèrète” et “nadabète”, après chants lugubres et pleurs, se donnèrent-elles la mission de prononcer un deuil qui dure encore de nos jours : le port d’un voile noir aux plis lourds, qui enveloppe la femme de la tête aux pieds avec pour accessoire une désagréable chebrella (savate sans talon) »(2).

Faut-il savoir d’après le même ouvrage que les femmes de l’Est algérien avaient porté avec élégance, modestie et dignité le haïk blanc, bien qu’à cette époque ce voile noir et encombrant ne fut pas une nouveauté.
Une tradition perpétuée

Depuis 1792, le port de la m’laya, obligation faite à la fille qui atteint la puberté, n’a guère changé. Un rituel qui se transmet de génération en génération avec les mêmes gestes, même si les accessoires d’accompagnement ont changé avec le temps.

Mme Houria F., qui se rappelle bien l’époque des années 1950 quand elle a vu ses tantes porter la m’laya pour la première fois, remonte au premier jour où elle a mis le fameux voile noir une année après l’indépendance.

« A l’époque, la chebrella connaissait déjà ses derniers jours. Les jeunes femmes préféraient les babouches par temps froid et les sandales en été.

Certains hommes parmi les plus conservateurs n’admettaient pas encore que leur femme se découvre les pieds. Ils leur imposaient de porter des chaussures avec des “sockets”, une sorte de chaussettes en laine.

C’était un peu dur à supporter », nous dira-t-elle. Selon toujours Mme Houria F., « la confection de la m’laya se faisait toujours à partir d’un tissu noir long de 12 bras, confié aux soins d’un
couturier.

Avec le morceau de tissu blanc appelé aâjar mis sur le visage, l’ensemble nous coûtait environ vingt dinars dans les années 1960, soit le prix d’une pièce de louis d’or de l’époque.

Cette dernière vaut aujourd’hui près de 4000 DA.

La façon de mettre la m’laya a toujours été simple et rapide. Après avoir serré la partie supérieure autour de la tête, on balance d’un mouvement bref du bras, appelé “ramia”, l’aile droite puis l’aile gauche derrière l’épaule en les tenant avec deux épingles.

Une large fente maintenue au centre permettra une liberté du mouvement pour les bras. »

La m’laya, son histoire, sa simplicité et son charme font désormais partie du passé.

Pour les nostalgiques, il ne faut pas rater une occasion d’admirer pour les rares fois une m’laya furtive dans la rue.

Ce sera comme assister au passage d’une comète inconnue dans le ciel.

ps:Le deuil du Bey Salah de Constantine couvrit tout le beylik de l'Est, dont les limites étaient la Méditerranée au nord, la Tunisie à l'est, le Sahara au sud jusqu'à Ouargla et à l'ouest la chaîne des Bibans.

Il est de loin le plus important et le plus peuplé des trois beyliks de la régence avec 1.300.000 habitants.

Cela dura jusqu'à l'aube du 21ème siècle et des générations de femmes de l'Est algérien demeurent tout ce temps-là, par mimétisme reproductif et effet d'entraînement, des endeuillées qui s'ignorent. Il aurait fallu que l'homme, son envergure, ses actions et sa popularité en soient dignes.

mea-culpa
09/01/2010, 17h57
Avec ou sans mlaya, les constantinoises et les constantinois n'ont pas oublie Saleh Bey (Ahmed Bey non plus d'ailleurs)...

z0oM
09/01/2010, 18h22
omg ! je ne pensé pas que c t très ancien !
j'ai vue que ma grande mere qui la porté :rolleyes: RABI YAR7AMHA

merci rayhana :mrgreen:

bouberita
09/01/2010, 19h11
Même scenario que le "hayék" algerois......qu'on ne vois plus a Alger ,enfin j'ai la chance de voir ma grande mère le porté avec son "3djar" :27: .

Inata
09/01/2010, 20h59
enfin j'ai la chance de voir ma grande mère le porté avec son "3djar"

Pareil, j'ai le plaisir encore de voir quelques tantes le porter, et hayek M'rama svp!!!!

absente
09/01/2010, 21h06
Merci Rayhana pour ce récit magistral sur la M'laya:)
Lourde à porter, mais très pratique, puisque les deux bras sont libres, contrairement au Haïk qu'on doit maintenir sous les bras.
Heureusement qu'il reste quelques anciennes constantinoises qui le porte si bien.

fella
09/01/2010, 21h14
rayhana, enfin je connais la légende de la m'laya grâce à toi, voilà un topic nous rappelant nos vraies valeurs de l'Algérie.
moi aussi ma mère (allah yerkhamha) portait l'khaîk m'rama et le3djar chbika, il reste quelques tantes à le porter.
merci encore rayhana.

cheynese
09/01/2010, 21h16
Bonsoir!

Des anciennes de ma famille le portaient,
à présent j'en croise rarement,1 ou 2...

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