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Voir la version complète : Grippe D, comme démagogie


Zakia
09/01/2010, 21h34
Tout ça pour ça! C'est, depuis quelques jours, le cri de ralliement de tous ceux qui reprochent au gouvernement d'avoir surestimé les dangers de la grippe A. Des socialistes au Front national en passant par le Nouveau Centre (!), on crie haro sur Roselyne Bachelot. Surréaliste. L'épidémie de grippe H1N1 n'a pas la virulence annoncée ; elle fait moins de victimes, cause moins de dégâts économiques et sociaux que prévu. Voilà a priori une bonne nouvelle ; après tout, elles ne sont pas si nombreuses par les temps qui courent. Au lieu de quoi - la démagogie aussi est une pandémie - se développe une de ces polémiques absurdes dont il semblerait que notre pays ait le secret.
Car enfin, quand l'Organisation mondiale de la santé, quand tous les comités scientifiques de France et de Navarre prévoyaient le pire, qu'aurait dû faire Roselyne Bachelot ? Ecarter d'un revers de main les rapports des experts et décréter du haut de son savoir (lequel ? à l'époque, nul n'était sûr de rien) que la « grippette » allait passer ? Le Pr Bernard Debré pouvait se le permettre, à qui personne n'aurait rien reproché si les choses avaient mal tourné. Mais pas le ministre de la Santé publique dont le premier devoir, dût-il en coûter aux finances de l'Etat, est bien de protéger les Français.
Roselyne Bachelot, sur instruction de Nicolas Sarkozy, en a trop fait? C'est vrai. Pour preuve, ces millions de doses de vaccins désormais probablement inutiles, ces montagnes de masques qui ne serviront sans doute jamais à rien, ces centaines de millions d'euros dépensés semble-t-il en pure perte, et, derrière tout cela, la désagréable sensation que la France, après la vache folle et la grippe aviaire, a une fois de plus joué à se faire peur. Mais que pouvait faire d'autre le ministre de la Santé, sinon prendre le risque d'en faire tropavant pour ne pas encouriraprès le reproche mille fois plus grave (et pas seulement pour sa carrière, comme on le dit un peu rapidement) de ne pas en avoir fait assez. Et ceux qui, en novembre encore, lui reprochaient de sous-estimer la menace (qu'on se souvienne des polémiques sur les vaccins qui n'arrivaient pas...) sont particulièrement mal placés pour lui faire aujourd'hui grief de l'avoir exagérée. La prophétie est un art sans grand risque lorsqu'elle concerne le passé...
Plutôt qu'à ces médiocres querelles rétrospectives, trop évidemment inspirées par des motifs politiques, mieux vaudrait s'intéresser à l'avenir. Et, tant qu'à demander des comptes au gouvernement, le faire pour de vrais motifs - en lui demandant, par exemple, quelles leçons il entend tirer de cette campagne de vaccination, dont il faut bien dire que les résultats sont décevants.
Car les statistiques du ministère confirment ce que chacun a pu constater : passé la cohue des premiers jours, il n'y a pas eu foule dans tous les centres de vaccination. Aujourd'hui, 5,5 millions de Français se sont fait injecter le vaccin, soit 7 % de la population totale. C'est peu, au regard de l'importance de moyens financiers et humains déployés. La France est très loin d'atteindre les taux de vaccination de la Suède (61 %) ou de la province de Québec (61 %) qui, comme nous, avaient vu les choses en grand. Elle fait un peu mieux que l'Allemagne (5 %), mais moins que les Etats-Unis (8 à 10 %), dont le système de santé, ici, a si mauvaise presse.
Rude leçon ! Hiérarchisé, centralisé, administré jusque dans les moindres détails par la puissance publique, notre système de réponse aux crises sanitaires, avec sa cellule interministérielle Place Beauvau, ses plans de mobilisation préfectoraux et ses centres de vaccination ad hoc, ne s'est pas révélé un modèle d'efficacité. En dépit de campagnes de communication considérables, l'Etat n'a pas su faire vraiment partager aux Français le sentiment que la vaccination était indispensable et sans danger. Sans doute y serait-il parvenu davantage s'il n'avait, jusqu'à ces jours derniers, tenu les médecins généralistes à l'écart de l'opération. Un choix que le ministère justifie par des arguments logistiques et techniques, mais qui l'a privé du plus puissant des réseaux de mobilisation...
L'Etat, en matière de santé publique, ne peut pas tout. Et il ne peut pas grand-chose sans le soutien des professionnels qui ont la confiance des Français. La bonne gestion de la médecine ne saurait se réduire à une simple question d'administration, si méticuleusement pensée soit-elle... En ces temps où la réforme de l'assurance-maladie n'a jamais été si nécessaire, où la question de la dépendance pose à la France un nouveau défi, cet enseignement-là, loin de toute polémique, mérite sans aucun doute d'être médité.

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