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BabaMerzoug
22/01/2010, 02h44
S’il y a bien un Algérien qui cauchemarde à l’idée de voir l’aventure angolaise des Verts se terminer par un échec, c’est certainement Chakib Khelil. Dans les couloirs du ministère de l’Energie et de la direction générale de Sonatrach, on estime, en effet, que les succès de l’équipe nationale de football ont réussi à éclipser l’ampleur du scandale qui vient d’éclabousser la compagnie, nourricière de l’Algérie et, subséquement, son réel patron, Chakib Khelil.
Par Badreddine Manaâ

Mais si le ministre de l’Energie tient autant à ce que «l’affaire» ne capte pas l’intérêt des Algériens, pourquoi at- il convoqué une conférence de presse pour en parler, et défendre les cadres dirigeants mis en cause par la justice ? C’est le questionnement que l’on serait tenté de soulever. Un dilemme qui ferait sourire certains, dit-on. «Chakib Khelil n’est pas spécialement connu pour avoir une propension particulière à protéger ses collaborateurs. En fait, à travers cette initiative, il entendait transmettre deux messages. Le premier est qu’il n’a rien à voir avec ce scandale, dont il affirme même ne rien connaître. Le second est que l’enquête des services de sécurité et ses prolongements judiciaires se sont déroulés à l’insu du président de la République», expliquet- on. Deux éléments que réfutent catégoriquement certaines sources, qui affirment que Bouteflika était au courant du déclenchement de l’enquête et qu’il l’aurait autorisée, et que Chakib Khelil se tenait quotidiennement informé de l’évolution du dossier, depuis le début des auditions des cadres dirigeants de Sonatrach par les enquêteurs du DRS (Département du renseignement et de la sécurité du MDN), en septembre dernier. A ce propos, nos sources expliquent que le ministre dispose d’au moins trois moyens de s’informer sur cette affaire. Le premier est le «BRQ», à savoir le Bulletin de renseignements quotidien. Ce document, établi à partir des comptes rendus des différents services de sécurité, est, comme son nom l’indique, adressé chaque matin à M. Khelil. Outre le BRQ, le ministre de l’Energie dispose d’un conseiller à la sécurité, ayant le grade de colonel du DRS, qui le tient informé de tout événement lié à la sécurité au niveau du secteur de l’énergie et, donc, de Sonatrach. A commencer par les éventuelles enquêtes et, même, les suspicions pouvant peser sur certains cadres dirigeants de l’entreprise. Ce qui fait dire à d’anciens hauts cadres de l’Etat qu’à moins, donc, que ce conseiller ait totalement manqué à ses obligations, et que Chakib Khelil ne lise pas les bulletins de renseignements qui lui sont adressés, il est impossible que M. Khelil ignore réellement tout de l’enquête, comme il l’affirme. Mieux, certains cadres mis sous contrôle judiciaire dans cette affaire – et donc toujours en liberté – auraient confié, à des proches, avoir régulièrement rendu compte, personnellement, au ministre, du contenu de leurs auditions, qui se déroulaient dans les locaux de Sonatrach et, parfois, dans les locaux du DRS. Ce que beaucoup de sources estiment plus que plausible, du fait que rien, à commencer par le plus petit contrat de sponsoring, ne peut être décidé à Sonatrach sans l’aval préalable de Chakib Khelil. Pour étayer ces propos, des indiscrétions révèlent que, comme par hasard, dès que les enquêteurs se sont intéressés au contrat de gré à gré, passé avec des Turcs, pour la rénovation de l’ancien siège du ministère de l’Energie, pour la bagatelle de 65 millions de dollars, Chakib Khelil a ordonné la résiliation unilatérale de ce contrat. Dans les mêmes milieux, on affirme que le ministre de l’Energie se serait plaint, auprès du chef de l’Etat, d’un «harcèlement» dont il ferait l’objet, à travers l’audition des dirigeants de Sonatrach, par les services de sécurité. Ce à quoi Bouteflika aurait répondu qu’il était au courant de l’ouverture de l’enquête et qu’il fallait laisser les choses suivre leur cours normal. Ce faisant, le chef de l’Etat avait-il des garanties sur ce que l’enquête n’atteindrait jamais celui qui, avec Yazid Zerhouni, est l’un de ses hommes de confiance les plus proches ? Ou, au contraire, voulait-il le sacrifier sur l’autel d’une campagne de moralisation de la vie publique, dont les contours ont commencé à prendre forme avec les récents scandales dans les secteurs des travaux publics et des transports ? Difficile d’éluder une telle question, estiment les milieux proches du dossier, qui affirment que le nom du premier responsable du département de l’Energie revient dans la quasi-totalité des dossiers dans lesquels sont mis en cause des cadres dirigeants de Sonatrach. A commencer par l’affaire des marchés, juteux, passés de gré à gré, avec une entreprise allemande spécialisée dans les équipements de sécurité, et qui serait à l’origine de l’entrée en lice des services du DRS.

Au début du scandale, les bouées flottantes
En décidant, en 2005, par un beau matin, de saisir le ministre de l’Energie, par écrit, sur la question de la protection des bouées flottantes de chargement déployées à quelques kilomètres au large de Béjaïa, le wali de cette ville ne se doutait certainement pas que sa correspondance allait constituer l’élément déclencheur du processus qui allait aboutir à la révélation du plus gros scandale de l’histoire de Sonatrach. Ces bouées constituent, comme leur nom l’indique, des sortes de quais flottants destinés au chargement des gros pétroliers ne pouvant accéder aux ports. Même si, effectivement, ils ne sont pas à l’abri d’un acte de malveillance, qui ne peut être le fait que de professionnels, ces installations ne sont habituellement pas protégées, du fait de la complexité et, surtout, du coût exorbitant de tout système efficace de surveillance, expliquent les connaisseurs. Or, prenant appui sur la correspondance du wali de Béjaïa, Chakib Khelil la répercute sur Meziane, le P-dg de Sonatrach, avec instruction d’équiper, «dans les plus brefs délais», de systèmes de sécurité performants la moindre installation de Sonatrach et de ses filiales à travers le pays. Ce qui équivaudrait, ironise un spécialiste, à doter l’ensemble des frontières algériennes d’un système de télésurveillance des plus sophistiqués. Et comme il s’agit d’opérer dans «les plus brefs délais», la formule du gré à gré est toute indiquée, d’autant plus que le procédé est des plus courants dans ce secteur. Du coup, le juteux marché est confié au bureau d’études appartenant au fils du P-dg de Sonatrach, ainsi qu’au bureau d’études appartenant au fils d’un ancien P-dg du CPA, en sa qualité de représentant d’une entreprise allemande spécialisée dans les équipements de sécurité. Ce qui constitue une violation flagrante du Code des marchés publics, qui stipule que le responsable d’une entité publique ne peut contracter un marché avec un proche direct. Un «détail» manifestement oublié par le patron de la 12e compagnie pétrolière mondiale. Inutile de préciser, indiquent des proches du dossier, que les prix facturés dépassent, et de loin, ceux pratiqués sur le marché international. Mieux, précise-t-on, de petites installations n’ayant aucun caractère stratégique se sont vu équiper de matériel de surveillance digne d’une grande banque… Sur la lancée, les Détachements de surveillance et de protection (DSP), constitués essentiellement de Patriotes, et chargés de la protection des pipelines et autres installations isolées de Sonatrach, sont dissous et remplacés par des sociétés de sécurité, dont les propriétaires sont loin d’être d’illustres inconnus, sur la base de la même formule de gré à gré, et du sacro-saint impératif de «plus brefs délais». Mais il faut dire que, contrairement aux affirmations de Chakib Khelil, qui se targue d’avoir mis en place le fameux Baosem (Bulletin des appels d’offres du secteur de l’Energie et des Mines), le nombre de gros marchés contractés de gré à gré, malgré des appels d’offres toujours en cours, ne cesse d’augmenter. Nos sources évoquent, ainsi, la décision de Chakib Khelil d’attribuer la construction d’une usine d’ammoniac, à Arzew, à l’égyptien Orascom, alors qu’un avis d’appel d’offres venait à peine d’être publié. Ce qui avait, alors, provoqué l’ire de l’espagnol Fertiberia, qui venait d’acquérir 60 % d’Asmidal et misait beaucoup sur le projet de rénovation de son usine d’ammoniac d’Arzew. Les responsables auraient même protesté officiellement auprès du ministre de l’Energie et menacé de porter l’affaire devant les tribunaux. Ce marché suscitera, également, les protestations d’un autre opérateur, l’omanais Suhail Bahwan Group, dont le patron, un proche du sultan Qabous, se verra attribuer la construction d’une seconde usine d’ammoniac à Arzew, alors que le Baosem continuait à publier l’avis d’appel d’offres, toujours en cours, d’ailleurs ! Le même procédé sera adopté pour la construction d’une usine d’aluminium à Beni-Saf, à l’extrême ouest du pays.

L’énigme Saipem
Mais la plus «étonnante» affaire de marché passé de gré à gré par les dirigeants de Sonatrach est celle, indiquent des sources, de la construction d’un nouveau gazoduc reliant Hassi-R’mel à Skikda. Affaire dans laquelle, assure-t-on, est inculpé le vice-président TRC (transport par canalisations) de la compagnie. Ainsi, révèle-t-on, associée à des partenaires étrangers, l’entreprise publique Cosider avait remporté le marché de la construction du gazoduc, appelé GK3, long de plus de 400 kilomètres. Malgré cela, la compagnie italienne Saipem, dont l’offre était plus chère, est invitée à revoir son offre à la baisse, pour décrocher le marché, en flagrante violation de la loi. Le fait que cela se fasse au détriment d’une entreprise publique, dont les dirigeants n’allaient tout de même pas faire un tapage, avait alors conduit à ce qu’un scandale n’éclate pas. A ce propos, on murmure, dans certains milieux, que pour sa défense, le vice-président TRC de Sonatrach aurait évoqué auprès du juge d’instruction des injonctions de Chakib Khelil, ordonnant de contracter des marchés avec les Italiens. Or, aux yeux de la loi, c’est au signataire du contrat, M. Zenasni en l’occurrence, qu’incombe la faute. Cela dit, il y a gros à parier qu’en cas de procès, le témoignage du ministre de l’Energie s'avérera inévitable sur cette question précise. Tout comme cela permettra de braquer les projecteurs sur la fulgurante ascension, ces dernières années, des parts de marché en Algérie de Saipem, qui, même s’il dispose depuis longtemps d’une base logistique à Hassi- Messaoud, n’a créé sa filiale algérienne, en l’occurrence la Saipem Contracting Algérie, qu’en 2005. Ce qui ne l’a pas empêché de devenir le premier partenaire dans le secteur des hydrocarbures en Algérie, loin devant des entreprises ayant de forts ancrages dans le système pétrolier algérien, comme Halliburton ou Shlumberger. D’ailleurs, le site Internet de Saipem qualifie, désormais, l’Algérie de pays stratégique, pour nos activités «onshore» et «offshore».
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BabaMerzoug
22/01/2010, 02h48
(suite)

Sonatrach touchée à la tête et au cœur
Par ailleurs, dans certains milieux, on relève, intrigués, l’empressement mis par le ministre en charge du secteur des hydrocarbures à remplacer tous les cadres mis en cause par la justice, et dont, selon ses propres dires, la culpabilité est pourtant loin d’avoir été établie. Il est, en effet, courant que des cadres dirigeants d’entreprises publiques concernés par des enquêtes soient maintenus à leur poste jusqu’à ce que leur culpabilité soit clairement établie par la justice. D’autant plus que, dans cette affaire, c’est, quasiment, l’ensemble du staff dirigeant de Sonatrach qui est concerné. Ainsi, outre le P-dg et trois vice-présidents, sur les quatre que compte la compagnie, l’affaire touche tous les dirigeants de la division «Amont», qui constitue, selon les experts, le «cœur» de Sonatrach. Ainsi, l’ancien directeur de la production, le directeur du forage ainsi que le directeur de la sécurité font actuellement face aux questions du magistrat instructeur. Chaque jour, affirment des proches du dossier, apporte son lot de nouveaux noms, à «débriefer». Chaque jour, dit-on, de nouvelles «pistes» s’ouvrent devant les enquêteurs. A ce propos, il semble que le nom d’un ancien et très influent conseiller de Chakib Khelil, devenu par la suite chef de cabinet du P-dg de Sonatrach, a, à plusieurs reprises, été évoqué par les cadres mis en cause. Or, ce dernier n’a pu être entendu. Et pour cause. Après sept années passées à Sonatrach, il a fait valoir, l’an dernier, ses droits à la retraite. Pour ses vieux jours, il aurait bénéficié d’une prime de départ de 800 millions de centimes, qu’il dépense très loin du tumulte algérois, à Lugano, en Suisse, où il est établi et où, affirment les mauvaises langues, il serait en activité, en qualité de contractuel auprès… d’une filiale de Sonatrach.
B. M.

Source Soir d'Algerie
http://www.lesoird************/articles/2010/01/21/article.php?sid=94573&cid=2

benam
22/01/2010, 10h28
Un article bien documenté et professionnel.

Dans tout ce que j'ai lu sur cette affaire, le scandale de STH n'est cité nulle part. Pour rappel, voici un article d'El Watan du 19/11/2009 :
Scandale à la société de transport des hydrocarbures
Le DG et quatre responsables écroués

Le directeur général et quatre de ses proches collaborateurs de la Société de transport des hydrocarbures (STH), filiale de Sonatrach Aval, ont été placés en détention préventive par le magistrat instructeur près le tribunal correctionnel d’Arzew, à la veille de la célébration de la fête de l’Aïd, apprend-on de sources judiciaires.

Ils ont été auditionnés pour, entre autres, passation de marché en violation des règles en vigueur. Trois autres personnes, présumées impliquées dans cette affaire de malversation, ont bénéficié de liberté provisoire. Les huit cadres responsables de ladite société, dont le siège régional est situé dans le quartier de Seddikia, ont été interpellés dimanche et lundi derniers par les enquêteurs des services de sécurité. Les interpellés ont, dans un premier temps, été présentés au représentant du ministère public près dudit tribunal, qui a requis pour chacun la mise sous mandat de dépôt. Nos sources indiquent que les enquêteurs avaient déclenché des investigations quelques jours auparavant, et ce, suite à des dénonciations.
Ils auraient découvert le pot aux roses à travers des surfacturations établies pour l’achat d’équipements de sécurité industrielle, destinés à une unité de cette société sise dans la daïra de Béthioua, à l’est d’Oran. Les transactions conclues avec des fournisseurs auraient permis l’acquisition de ce matériel à un dixième du prix déclaré sur les factures, ont révélé les premiers résultats de l’enquête. On apprend également auprès des mêmes sources que l’avocat général a interjeté un appel à l’encontre des trois personnes présumées impliquées dans cette affaire, qui ont bénéficié de la liberté provisoire. Ce scandale qui vient d’éclabousser cette importante filiale de Sonatrach, l’un des poumons de l’économie nationale, constitue le sujet principal des discussions sur la place d’Oran.

Par Rachid Boutlélis

Cet article contient une grosse bourde : STH = Société de gestion et d’exploitation des Terminaux marins à Hydrocarbures et non pas Société de Transport des Hydrocarbures

Le capital social de STH est détenu à
– 60% par Sonatrach
– 20% par l'Entreprise Portuaire d'Arzew (EPA)
– 15% par l'Entreprise Portuaire de Skikda (EPS)
– 05% par l'Entreprise Portuaire de Béjaïa (EPB)

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