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Voir la version complète : Accord final du processus de paix en Irlande


morjane
06/02/2010, 18h53
Les pouvoirs de justice et de police de l'Irlande du Nord devraient être transférés de Londres à Belfast le 12 avril. Après deux semaines et cent trente heures de négociations, les catholiques séparatistes du Sinn Fein et les protestants du Parti unioniste démocrate (DUP), qui se partagent le pouvoir exécutif à Belfast depuis 2007, sont parvenus à un accord sur le sujet, accord présenté à la presse vendredi 5 février.


Peter Robinson, le premier ministre (DUP) de l'Irlande du Nord, et Martin McGuinness, le vice-premier ministre issu du Sinn Fein, ont certes refusé de se serrer la main devant les journalistes. Il n'empêche, cette étape vient conclure l'application du processus de paix entre les deux communautés lancé en 1998.

"Nous fermons le dernier chapitre d'une histoire longue et troublée", a commenté Gordon Brown. Le premier ministre britannique, et son homologue irlandais, Brian Cowen, dont les deux pays parrainent le processus de paix, s'étaient rendus à Belfast, vendredi, pour présenter les détails de l'opération, aux côtés des responsables locaux.

Les aventures extraconjugales accompagnées d'irrégularités financières d'Iris Robinson ont sans conteste permis d'accélérer des négociations qui étaient au point mort depuis des mois. Le premier ministre nord-irlandais, soupçonné d'avoir eu connaissance des malversations de son épouse et de ne pas les avoir révélées, a été contraint d'abandonner ses fonctions mi-janvier pour quelques semaines, le temps qu'une enquête le blanchisse.

Son départ impromptu a forcé les deux partis au pouvoir à trouver une solution s'ils voulaient éviter une crise institutionnelle. Le Sinn Fein a en effet clairement fait savoir que si un accord n'était pas conclu rapidement sur le transfert des pouvoirs de justice et de police, M. McGuinness démissionnerait. Cela aurait entraîné des élections législatives anticipées très risquées pour le DUP, selon les sondages.

Dans ce contexte, le parti de Gerry Adams, soucieux de montrer à ses troupes que l'autonomisation de l'Irlande du Nord, déjà acquise en matière d'éducation, de santé, d'emploi, d'environnement et d'agriculture, se poursuivait, a repris la main et contraint le DUP à s'engager dans des négociations qu'il voulait jusqu'ici éviter.

Pour les protestants, le sujet de la police, dont ils ont composé l'essentiel des forces pendant des décennies, était particulièrement délicat. Ils ont déjà eu du mal à accepter que, depuis 1998, des catholiques - qui représentent aujourd'hui un quart des policiers - aient intégré ce corps auquel l'IRA, le bras armé du Sinn Fein, s'est si souvent attaqué par le passé. L'étape suivante - une police gérée par une coalition gouvernementale à laquelle appartiennent les séparatistes - leur semblait inacceptable.

Londres et Dublin s'en sont mêlés. M. Brown a même dû menacer, dans le courant de la semaine, d'imposer sa propre solution si les deux partis ne parvenaient pas à s'entendre. Finalement, les choses sont progressivement rentrées dans l'ordre. Mercredi, M. Robinson a repris les commandes de son gouvernement. Jeudi soir, il a obtenu le soutien de son parti pour signer un accord avec le Sinn Fein. "Cet accord est le signe le plus sûr que nous ne retournerons pas aux jours sombres du passé", a commenté, vendredi, M. Robinson.

Le 9 mars, l'Assemblée d'Irlande du Nord se prononcera sur le texte. Celui-ci prévoit que Londres versera chaque année 800 millions de livres (près d'un milliard d'euros) à Belfast pour le financement des nouveaux pouvoirs. Un ministère de la justice sera créé. Il aura également sous sa responsabilité les forces de police. Le poste devrait revenir à David Ford, le leader du parti de l'Alliance, qui se veut au-delà des fractures communautaires. Un attorney general (le principal conseiller juridique du gouvernement de Belfast) sera aussi nommé.

Le DUP et le Sinn Fein doivent encore trouver un compromis sur les traditionnelles parades protestantes, qui ont souvent occasionné, pendant trente ans, des heurts entre les deux communautés. Un groupe de travail doit remettre ses propositions d'ici trois semaines, afin qu'elles puissent être soumises au Parlement avant l'été.

Par Le Monde

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