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Iska
22/02/2010, 12h02
Aaaamiiine…

par El-Guellil

http://www.lequotidien-oran.com/files/spacer.gif Il se réveillait tôt le matin, mettait son costume de travail et s'en allait faire les marchés. Chaque jour, il en ciblait un différent. Il n'appartenait pas au service public ni ne travaillait chez le privé. Il est patron de lui-même. Et quand on travaille à son compte, il faut se lever tôt et être très créatif. Ni UGTA ni syndicat autonome, ni fédération.

Quelques bourses en plastique dans la poche de son manteau usé par le temps, mais propre, rasé de près. L'air gêné, il pénètre à l'intérieur de la première boutique. Un «salam alikoum» assez timide, mais bien audible... et... «Machi mes habitudes... Allah ghaleb...». Et le patron de la boucherie, pour faire le généreux devant sa clientèle, lui offre quelques morceaux de viande. Notre bonhomme se retire en disant en guise de remerciements, «Puisse Dieu vous épargner de voir ce que je vois tous les matins». Amiiine…

En se retournant vers sa clientèle, le boucher compatissait, «ça se voit, ce n'est pas un mendiant. S'il fait ça, c'est qu'il doit être dans une situation ma tèchkorche».

Deuxième magasin, le boulanger. Là non seulement il se fait offrir du pain, mais en plus, les clients présents lui offrent quelques pièces. Mêmes gestes, mêmes mimiques, mêmes remerciements: «Puisse Dieu vous épargner de voir ce que je vois tous les matins». «Aaaamiiiine».

Même scénario chez les différents marchands de légumes. Mêmes ponctuations «Puisse Dieu vous épargner de voir ce que je vois tous les matins». Le laitier, le poissonnier y passe lui aussi quelquefois. Ainsi chargé, il s'en allait retourner chez lui. Même scénario, le lendemain, dans un autre marché de la cité. Il lui arrivait même de changer de ville. «Puisse Dieu vous épargner de voir ce que je vois tous les matins». Aaamiiine…

Mais que voyait-il chaque matin ? Il se réveillait très tôt, s'enfermait à clé dans une chambre, ouvrait une grosse caisse. Il fixait un bon moment le contenu, enfouissait sa tête dans une grande caisse en bois et se mettait à humer l'odeur des liasses de billets de banque... «Puisse Dieu vous doter ne serait-ce que de la moitié de sa fortune» !

Le Quotidien d'Oran

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