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Voir la version complète : Nedroma, un style particulier de musique andalouse


morjane
02/03/2010, 15h45
Nedroma, ville ancestrale chargée d’histoire, a forgé depuis des siècles un style particulier de musique andalouse, travaillé et enrichi au fil des ans par les nombreux maîtres que la ville a enfantés, parmi lesquels il faut citer les illustres maîtres Gharnati, Dinedane, Mohamed Remaoun, Kaddour Ben Achour, El Ghonini, Rahal Driss, Ghomari Ahmed (dit Hassouna), Ramdani, Cheikh Driss Nekkache, El Hadj Mohammed Taleb Ould Cheikh El Miloud et le chantre actuel Hadj Mohamed Ghaffour. Les jeunes Nédromis fiers du legs inestimable que leur ont laissé leurs aînés se sont attachés à perpétuer cette merveilleuse musique universellement appréciée.

Ainsi, en 1973, selon le président de l’association El Mouahidia pour la sauvegarde du patrimoine culturel et historique de Nédroma et de sa région, Azzeddine Midoum, un groupe d’une trentaine de jeunes collégiens du CEM Addou Rabah, sur l’initiative de leur directeur, Ouissi Abderrahmane, eut l’idée de créer une section de musique andalouse et d’activités sportives au niveau du CEM. Sous l’impulsion du professeur de sciences naturelles Ameur Abdelfettah, ils créèrent une troupe musicale qui allait progresser à grands pas dans le domaine de l’art musical traditionnel.

Sur le terrain... en musique

Le répertoire de la troupe n’a cessé de s’enrichir et la beauté des chansons qu’elle interprétait d’émouvoir les cœurs des Nédromis (jeunes et adultes). C’est alors qu’a germé dans l’esprit de quelques-uns, selon toujours M. Midoum, l’idée de création d’une association pour la sauvegarde de ce riche patrimoine.

C’est ainsi que fut fondée l’association El Mouahidia de sauvegarde du patrimoine culturel et historique de Nédroma et de sa région. L’association fut fondée d’abord sous le nom de Amel El Mouahidia par le jeune Azzeddine Midoum et une quinzaine de compagnons. Elle obtient son agrément le 23 mars 1985. La jeune troupe musicale fut, bien entendu, rattachée à l’association où elle continua de se perfectionner et d’élargir son répertoire. Elle se produisit pour la première fois sur la chaîne de la télévision nationale à l’émission enfantine El hadiqa Essahira (le jardin enchanté) où elle exécuta alors une nouba dans le mode «raml el maya».

A partir de ce moment, la troupe se spécialisa dans la musique andalouse traditionnelle, les genres haouzi et madih. Elle joua un rôle efficace dans la conservation d’une partie, si petite soit-elle, du patrimoine séculaire de Nedroma. Elle a vécu au cours de cette période qui a duré près de quatre ans, des journées et des moments d’activités intenses. Elle a participé à diverses manifestations culturelles, à de nombreux festivals, tant au niveau local que régional, national et international, qui lui ont permis d’obtenir des prix et des récompenses.

Des objectifs et des projets

De 1976 à 1978, la troupe suspend provisoirement ses activités suite au départ, pour raisons personnelles, de son mentor, le professeur Abdelfettah Ameur. L’été 1978, les élèves formés par ce dernier reprennent et poursuivent leurs activités en créant un orchestre dirigé successivement par Nourreddine Ameur, pendant un court temps, puis Mohammed Ghaffour dit Hammi et enfin Djamel Berri, membre fondateur et ancien vice-président de l’association qui lui doit beaucoup.

En effet, M. Berri a déployé beaucoup d’efforts pour que l’association s’épanouisse dans le domaine de la sauvegarde du patrimoine de la musique traditionnelle de Nedroma. M. Berri Djamel passait son temps à fouiner et chercher de nouvelles noubas et qassidas de madih et autres, et à les inculquer aux éléments de la troupe musicale, avec l’aide de Azzeddine Midoum.Le répertoire était très riche. Il comprenait plusieurs noubas (El H’cine, Sika, Rasd eddil, Mazmoume, etc.) et qassidas dans le genre hawzi et chaabi. Les principales sources étaient les œuvres poétiques des cheikhs Kaddour Benachour, enmsaïeb, Bensehla, Remaoun ennadromi, Saïd el Mandassi, etc. A noter que la plupart des noubas sont léguées par l’illustre maître de la musique andalouse Si Driss Ben Rahal et cheikh Kaddour Benachour.

Malgré les difficultés rencontrées, la troupe a pu participer en 1979 au Festival national de la musique traditionnelle à Tlemcen. En 1983, elle représenta la wilaya de Tlemcen au Festival de la musique populaire à Blida où le premier prix lui fut décerné. En 1984, elle participa au Festival national du chant religieux à Alger ainsi qu’à la caravane culturelle, organisée par le ministère de la Jeunesse et des Sports au profit des émigrés en France, ce qui lui a valu le titre de meilleure formation en Algérie. Quant à l’association, parmi ses objectifs, selon Azzeddine Midoum, figurent, entre autres, la recherche, le recensement, la mise en valeur et la conservation des vestiges historiques et naturels de la ville de Nedroma et de sa région, la mise en évidence du patrimoine culturel et sa sauvegarde en l’enregistrant et en le faisant connaître pour la promotion et le développement du tourisme, la valorisation et la préservation des métiers traditionnels.

Procurer une aide aux artisans de la ville et sa région pour préserver leur métier, la protection des manuscrits, textes et documents anciens ayant un cachet culturel, historique et civilisationnel par des travaux de reproduction, de photographie et de reprographie, ainsi que faire connaître l’histoire de la ville de Nédroma et de sa région ainsi que de faire connaître ses intellectuels illustres et présenter leurs travaux lors de colloques, conférences, tables-rondes et échanges avec les associations ayant les mêmes objectifs.

Au -delà des frontières

Cette association est composée de plusieurs groupes de travail, notamment ceux chargés de la sauvegarde du patrimoine historique, de la sauvegarde du patrimoine culturel. Il y a également la section musicale ainsi que les commissions de la formation et de la recherche dans le domaine musical (andalou, haouzi) ainsi que de la sauvegarde du patrimoine artistique de la ville de Nedroma et de sa région.

Cette association, faut-il le rappeler, a participé dans de nombreuses manifestations, notamment aux Festivals nationaux de la musique andalouse à Tlemcen de 1979 à 2005, du malouf à Constantine (1985, 1986, 1987, 1998, 2000, 2001 et 2006), et des arts traditionnels à Médéa, avec l’obtention du premier prix pour l’exposition des métiers traditionnels. L’association participera également au 2e Festival international de la jeunesse méditerranéenne à Annaba et au Festival mondial de la jeunesse à Pyong Yang, en Corée du Nord, avec son orchestre de musique traditionnelle…

Cette association a également organisé à l’université d’Oran le 5e colloque international sur l’histoire de Nedroma et sa région sous le thème «Le patrimoine culturel et scientifique». Par ailleurs, et selon toujours son président, l’association a mis en œuvre et géré deux projets d’envergure, financés conjointement par l’association et par l’Union européenne. Un troisième projet entièrement financé par le ministère de la Jeunesse et des Sports sera aussi pris en charge par cette association. Le 1er projet, intitulé «création d’une maison du patrimoine», a été réalisé en 15 mois (2004-2005) et a permis à l’association d’acquérir une vieille maison qui a été restaurée et équipée pour permettre aux jeunes de s’adonner à des activités culturelles et artistiques.

La maison du patrimoine abrite une bibliothèque qui met plus de 10 000 ouvrages à la disposition des élèves, collégiens et tudiants. La maison peut héberger les jeunes étudiants et chercheurs qui viennent de loin pour effectuer des travaux de recherche sur le patrimoine et l’association met à leur disposition toute la documentation dans ce domaine

Le deuxième projet financé par le ministère de la Jeunesse et des Sports a permis à l’association d’enrichir la bibliothèque, de financer l’achat de matériel de musique et surtout d’organiser le 5e colloque «Patrimoine culturel et scientifique de Nedroma et sa région» qui s’est déroulé à Oran en 2006. Le troisième projet, quant à lui, est intitulé «Préservation du patrimoine matériel et immatériel de Nedroma et de sa région».

Par Amira Bensabeur, La Tribune

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