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Voir la version complète : Dyscalculie: près de 2 millions d'adultes français nuls en maths


morjane
02/03/2010, 17h27
En France, près de deux millions d'adultes, soit trois fois plus que d'enfants, éprouvent de profonds problèmes de calcul, selon une récente étude du professeur de psychologie de Nancy Jean-Paul Fischer, qui qualifie la dyscalculie de maladie du siècle.

Le chercheur de l"université Nancy 2, auteur de l'étude pour l"INSEE, est toutefois prudent sur l'existence d'une origine fonctionnelle de cette maladie alors que de nombreux neurologues sont convaincus que cette pathologie est provoquée par des troubles du fonctionnement cérébral.

"La dyscalculie se définit par deux critères: d'abord avoir des difficultés dans le raisonnement numérique, ou dans la lecture des nombres avec quelques zéros; ensuite, être significativement meilleur en français, avoir des difficultés spécifiquement en maths", explique le chercheur, dont le sujet d'étude constitue une première.

Sur un échantillon de plus de 10.000 personnes, âgées de 18 à 65 ans, 2,95% réunissent les deux critères."On leur demande par exemple la différence de température entre -5°C et 15°C: 20% répondent 10°C", note Jean-Paul Fischer. De même, la lecture de "200037" sera erronée pour un tiers des sondés qui répondront "deux mille trente sept".

L'étude met en lumière l'importante différence entre le taux d'enfants susceptibles d'être dyscalculiques et celui concernant les adultes, qui passe du simple au triple.

"J'avais fait des observations il y a quelques années sur la base des évaluations nationales réalisées auprès des CE2 et des 6e, et j'avais trouvé de l'ordre de 1% d'élèves potentiellement dyscalculiques" contre près de 3% des adultes, explique Jean-Paul Fischer.

Selon l'universitaire, cette différence s'explique par "le fait que l'école impose des activités numériques plusieurs heures par semaine, notamment en maths et en physique, alors que les adultes sont libres de leur choix s'ils n'ont aucun goût pour ça".

Surtout, la société actuelle permettrait plus facilement qu'autrefois d'éviter l'épreuve du calcul mental: l'affichage du prix au kilo des produits dans les supermarchés, la déclaration d'impôts préremplie ou la généralisation des calculettes font que "sans que cela se voie trop, on peut vivre presque normalement", observe Jean-Paul Fischer. "Mais si les gens calculaient un peu plus, il y aurait moins de crédits revolving à 22% d'intérêts", déplore-t-il.

La disparition progressive des chèques ainsi que le développement des codes liant les chiffres par deux renforcent les difficultés à lire les nombres, notamment ceux "avec beaucoup de zéros", constate en outre l'universitaire."C'est pour cela que le taux est plus fort chez les adultes que chez les enfants. Et si ma théorie est bonne, alors la différence entre les deux groupes augmentera, car la société incite à ça", prédit le psychologue.

Une position contestée par de nombreux neurologues: "La dyscalculie, ça existe", défend ainsi Laurent Cohen, professeur de neurologie à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris."

Depuis quelques années, c'est devenu clair: la dyscalculie est liée à des anomalies subtiles du développement cérébral, avec des prédispositions génétiques", explique le neurologue, qui remarque qu?"il y avait dans le passé les mêmes controverses avec les autres troubles du comportement", la dyslexie, l'autisme ou les troubles du langage.

Les deux chercheurs s'entendent néanmoins pour affirmer que des soins sont possibles, "à condition que le dépistage se fasse assez tôt pour que des stratégies de rééducation avec des psychologues et des orthophonistes se mettent en place", détaille Laurent Cohen.

Par AFP

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