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Bachi
19/03/2010, 14h43
Il aura fallu toute la force de persuasion des deux représentants algériens, le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci et le ministre délégué chargé des affaires maghrébines et africaines Abdelkader Messahel, pour faire avancer des discussions menées à bâtons rompus durant toute la journée d'avant-hier entre les ministres des Affaires étrangères de sept pays sahélo-sahariens. Et, une fois, n'est pas coutume, une réunion de ce niveau est parvenue à un strict minimum malgré les tiraillements entre les ministres présents. Ceci est d'autant plus important que les sept pays que sont l'Algérie, le Mali, le Niger, la Mauritanie, la Libye, le Tchad et le Burkina Faso ont tout de même cassé un tabou : celui de discuter, entre eux d'abord, du problème de la sécurité dans leur région. L'entame des travaux tenus à l'hôtel Sheraton d'Alger a constitué un avant-goût de ce qu'a été une réunion, arrachée au forceps par l'Algérie après une succession d'évènements, tout aussi tragiques que problématiques. Il s'agit essentiellement de l'intrusion de groupes terroristes dans cette région, extrêmement vaste et difficile à surveiller. Le propos de Abdelkader Messahel, qui a animé une conférence de presse à l'issue des travaux, sont également révélateurs de l'esprit qui a caractérisé cette réunion. En allant donc à l'essentiel, à savoir passer à l'action dans l'immédiat et sans attendre, l'Algérie a réussi ce qui semble être un véritable exploit de faire retourner une situation qui ne lui était pas du tout favorable.Avant lui, le ministre de la Défense du Niger (représentant de la junte qui s'est emparée du pouvoir à Niamey), Mamadou Hussein, avait laissé filtrer, dans une courte confession à une consœur de la radio nationale, des bribes d'informations. Il s'agit essentiellement des âpres discussions autour de la position malienne. Cette dernière a, pour rappel, commis le péché originel de libérer quatre terroristes en contrepartie de la libération, par El Qaïda au Maghreb, d'un ressortissant français détenu durant plusieurs mois. Mais l'essentiel des déclarations du ministre nigérien est incontestablement cette référence à la précieuse aide de l'Algérie à des pays largement défavorisés pour pouvoir faire face à un phénomène terroriste de plus en plus encombrant.

L'apport de l'Algérie est avant tout économique, à en croire le représentant du Niger. Ce que confirmera, tard dans la soirée de mardi dernier, Abdelkader Messahel. Mais les promesses de Medelci, et même du président de la République, qui a reçu une bonne partie des ministres présents, est sans doute plus important qu'un simple soutien financier. Alger aurait promis des aides militaires plus conséquentes. D'autant que de plus en plus de pays occidentaux viennent proposer leurs services au nom de la lutte contre le terrorisme. Car, on imagine bien qu'en plus de l'Africom, le projet de l'ancien président américain, d'autres «propositions» aussi indécentes que celle faite à Bamako de libérer des terroristes, vont se greffer. Les Européens, à commencer par les Français, voudraient, bien entendu, profiter de la vulnérabilité des pays, dont certains, à l'image du Niger, sont déjà plongés dans des crises humanitaires et alimentaires, pour s'y incruster. L'on parle, d'ores et déjà, de commandos européens qui viendront «lutter contre le terrorisme». Pas en Algérie bien sûr, mais au Mali. Le démenti du ministre algérien n'y changera pas grand-chose à la rumeur. Même si, il faut le préciser, l'essentiel a été fait en l'espace de douze heures de rudes discussions : la sécurité dans le Sahel est avant tout l'affaire des pays de la région. Quant au reste, il faudra probablement attendre les prochaines réunions pour se prononcer.

A. B
La Tribune

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