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Voir la version complète : Verdun, lieu de mémoire musulman


morjane
21/02/2006, 14h02
Lors de la première guerre mondiale, des soldats musulmans sont morts sur le sol français. Les morts musulmans étaient les grands oubliés de l’histoire, il y avait une chapelle catholique et un mémorial israélite, et enfin un mémorial dédié aux combattants musulmans doit être dressé et sera inauguré au mois de juin par le président Chirac.

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A une centaine de mètres de l'ossuaire de Douaumont, des engins de chantier préparent l'érection du futur mémorial dédié aux combattants musulmans morts pendant la guerre de 14-18. Les démineurs du 13e régiment de Génie du Valdahon ont achevé début février le déminage de la zone : 219 munitions, bombes, obus ou grenades ont été déterrées et neutralisées dans ce petit périmètre. Les ossements d'un soldat ont également été tirés de l'oubli.


Même si l'Elysée refuse encore de le confirmer, le mémorial doit être inauguré en juin par Jacques Chirac, et ce à l'occasion du quatre-vingt-dixième anniversaire de la bataille de Verdun, dont les cérémonies ont débuté mardi 21 février. Le monument consistera en un vaste déambulatoire de 25 mètres sur 19 avec des arcades et des créneaux d'allure mauresque. Il renfermera en son centre une koubba (coupole) en pierre de Meuse.

L'édifice côtoiera la chapelle catholique et le mémorial israélite, déjà présents sur le lieu de mémoire. Cette reconnaissance tardive du sacrifice des soldats musulmans n'est pas anodine. Elle survient alors que la France s'interroge sur la place de l'islam dans sa société.

Pour Dalil Boubakeur, président du Conseil français du culte musulman (CFCM) et recteur de la Grande Mosquée de Paris, la symbolique de 1916 est forte : "C'est là que l'islam de France est né, assure-t-il. Il a pris racine dans les plaines labourées de Verdun, Douaumont, Fleury où les tirailleurs algériens, tunisiens, sénégalais, les tabors marocains ont défendu dans les tourments la France. Aujourd'hui, alors que des jeunes Français se posent des questions sur leur identité, il est important de dire que leurs parents ont participé à la défense du pays."

La genèse du mémorial remonte aux lendemains de l'Armistice. Il offre une curieuse résonance avec le débat actuel sur la laïcité et le communautarisme, sur la mémoire éclatée ou collective. A cette époque, les feux de la querelle sur la séparation des Eglises et de l'Etat sont à peine éteints. Ils se rallument quand, dès 1918, l'évêque de Verdun lance l'idée de rassembler dans un lieu les centaines de milliers de morts français de la bataille.

On s'interroge alors sur la forme à donner à cet hommage : religieuse ou laïque ? "Le débat entre mémoire assimilationniste et mémoire confessionnelle va se prolonger entre 1920 et 1925", explique Serge Barcellini, professeur d'histoire, qui anime à l'Institut d'études politiques de Paris un séminaire sur les politiques de mémoire. De 1920 à 1932, est finalement construit un ossuaire à l'architecture indéterminée, oeuvre oecuménique dédiée à recueillir sans discernement les restes de 130 000 soldats anonymes.

Mais on songe déjà à y intégrer des édifices consacrés aux cultes catholique, protestant, juif et musulman. A l'époque, personne ne conteste la légitimité nationale de cette dernière religion, trempée dans le sang. Des milliers de musulmans sont morts à Verdun, leurs corps mêlés aux centaines de milliers de victimes françaises et allemandes de cette bataille. Les troupes coloniales ont été appelées au milieu de 1916 pour épauler les unités épuisées. Elles joueront un rôle décisif, dans la reprise de Douaumont notamment.

En hommage à ce sacrifice, est ménagé dans la nécropole un carré musulman qui rassemble symboliquement 592 tombes. L'identification de la religion s'est faite souvent au jugé, notamment pour les nombreux morts inconnus qui se trouvent enterrés là. Le projet de construction d'une mosquée est même étudié jusqu'en 1926 puis abandonné, faute de financement. A la place naîtra en 1922 la Grande Mosquée de Paris, où une stèle rappelle les morts de 14-18. L'islam avait ainsi mérité son strapontin dans la France de l'entre-deux-guerres.

En 1932, une chapelle financée par des fonds privés est inaugurée à l'intérieur de l'ossuaire de Douaumont. Le ministre de l'intérieur interroge en 1934 un préfet de la Meuse bien embarrassé sur l'absence criante des autres cultes.

Dans ces mêmes années 1930, l'antisémitisme se répand dans le pays. L'idée que les juifs étaient restés cachés en 14-18 se met à circuler. En 1938, les anciens combattants de cette confession inaugurent un mémorial israélite. " Le monument était une réponse à cette montée de l'antisémitisme", explique M. Barcellini. Verdun toujours, comme un brevet d'appartenance à la Nation.

Les musulmans restent sans cette estampille civique. Mais, avec la décolonisation des années 1950 et 1960, ils se rappellent à la mémoire des Français. La question de leur place dans la communauté nationale rebondit sur celle de leur représentation à Verdun. "Le souvenir des troupes de la Grande France semble devenir le dernier recours face à l'irréparable", explique M. Barcellini. "Nous n'avons rien pour rendre hommage à nos frères d'armes de religion islamique", s'insurge à l'époque un ancien combattant. "Le culte religieux rendu semble accaparé par le culte catholique, constate un autre. Comme si l'ossuaire n'abritait pas également les ossements de musulmans d'Afrique du Nord et du Sénégal, de juifs, de bouddhistes et de libres penseurs." En 1959 est inaugurée en contrebas de Douaumont une modeste stèle "Aux soldats musulmans morts pour la France". Et, en 1966, le général de Gaulle, lui-même blessé à Verdun, invite les quatre cultes aux cérémonies du cinquantenaire, en une volonté de sceller l'unité nationale de la France postcoloniale dans le souvenir de ce combat commun.

Dans les années 1980, un nouveau débat s'impose, cette fois sur l'intégration républicaine des jeunes issus de la deuxième génération. Il tente là encore de se tremper dans l'histoire. En 1988, à propos des troupes coloniales, l'association France Plus demande "que soit édifié, à Verdun, un monument véritablement digne (de leur) sacrifice et qu'un hommage soit rendu à la mémoire de ces Africains morts pour la France". Cette revendication n'aboutira qu'au déplacement de l'ancienne stèle musulmane vers un emplacement plus visible...

En 2002, Dalil Boubakeur s'ouvre à Jacques Chirac, qui vient d'être réélu, de son souhait d'un mausolée plus digne. Le président de la République donne son aval et transmet la doléance au ministère des anciens combattants. Ce dernier conduira le projet actuel, d'un coût de 370 000 euros. Jusqu'à présent, l'annonce de la construction de ce monument n'a pas suscité de polémique.


Par Le Monde

menara
21/02/2006, 15h22
Que leurs ames reposent en paix Amine.

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